Académie des Sciences, Lettres et Arts de Marseille 1726 – 2026
Message de mes 300 ans
(Non authentifié)
Chères et chers amis,
Chers lecteurs d’aujourd’hui,
De demain peut-être,
Et futurs académiciens aussi,
Il me fallut du temps pour arriver à naitre,
Un brigand d’échevin, fort indigne de l’être,
Avait autorisé son navire et ses rats
À bercer, pour son bien, leurs puces dans nos draps.
Nous avons dû attendre l’an mil sept cent vingt six
En piaffant d’impatience pour que le Roi nous hisse
Enfin à ce statut digne et d’Académie.
Naitre dans les tourments donne encore plus de prix.
Nous étions quelques-uns, peu nombreux, il est vrai,
Dans une ville morte prête à ressusciter.
Nous lui avons donné ses titres de noblesse :
Les Lettres, puis les Arts et les Sciences qui tressent
La trame du savoir, les fibres de l’esprit.
Ainsi Marseille acquit sa jeune académie.
Il nous fallait briller et nous avons brillé,
Et l’amour de la ville à nos cœurs chevillé.
Il nous fallait briller, mais sans avoir de toit ;
Être sans domicile n’est pas de bon aloi.
La marine du Roi nous ouvrit son hôtel.
Que le nom de Malouet nous devienne éternel.
La Révolution décréta notre mort !
Le couteau nous trancha comme il trancha le corps
Et la tête du Roi. Nous voilà supprimée,
Balayée aux oublis au nom d’égalité.
Être académicien devenait insultant.
Ainsi varient les temps, ainsi tournent les vents.
Le Consulat naissant répara cette offense,
Nous eûmes à nouveau droit de cité en France.
Sous le nom de Lycée. Qu’importe le baptême,
Il suffit d’exister. Finis les anathèmes.
Et depuis trois cents ans, tout compte fait je vis.
J’ai retrouvé mon nom : celui d’Académie.
Je salue mes Anciens, oubliés de l’Histoire
Dont quelques grands écrits conservent la mémoire.
L’Académie, pour nous, déesse intemporelle,
Avait les yeux ouverts sur les beautés d’antan
Qu’il fallait protéger de nos immenses ailes.
Vous les avez rognées en vous aliénant.
Qu’êtes-vous devenue, nouvelle académie ?
Où sont donc vos lumières éteintes dans la nuit ?
Votre langue se tait comme devenue morte.
Est-on encore vivant quand on vit de la sorte ?
Exprimez vos avis, approuvez, contestez,
Écrivez, car toujours se taire est lâcheté.
Vivez, je vous exhorte, osez dire « Je suis ».
N’est-ce pas la raison d’être une académie ?
Marseille, le 6 juin 2026
Reçu par Jean-Noël Beverini
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