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Les actualités de
Monsieur Légionnaire

La Ciotat … Il était une fois 600 ans d’histoire

Ce soir nous n’avons pas appris l’histoire de La Ciotat

Nous l’avons vécue

Ce jeudi 20 août 2026, Le Théâtre de la mer de La Ciotat emplit joyeusement ses gradins, sous un ciel méditerranéen de toute beauté. Il est 18 H 30, ciotadens et touristes longent les anciens ateliers des chantiers navals, contournent une impressionnante ancre de marine qui se souvient, en les voyant passer, des 3262 salariés de NORMED, la Société des Chantiers du Nord et de la Méditerranée, rayonnante dans les années 1982. 

Ce soir, c’est théâtre. Pour ne pas dire « Au théâtre ce soir » !

À l’affiche : La Ciotat … Il était une fois … 600 ans d’histoire.
Le spectacle est signé ……... Mireille Benedetti.
Les décors sont de … ……….Mireille Benedetti,
Les costumes sont de … ….. Mireille Benedetti,
Les dialogues sont de … …. Mireille Benedetti,
La mise en scène est de …   Mireille Benedetti.
Et la magnifique Troupe de la Bastide Marin !

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Je ne vous le fais pas dire : Mireille, une véritable femme orchestre !

Et quel orchestre !

Par delà la scène et les gradins, la mer qu’on voit danser a également revêtu son plus bel habit. Un bleu digne du pinceau de Georges Briata.

Je connaissais Mireille pour avoir partagé, à La Ciotat, un déjeuner et un après midi chez Alain et Annie  Cousin, Alain officier de la marine marchande, accompagnant Mireille dans l’aventure «  Il était une fois … ». Déjeuner également en compagnie de Michel Goury, notre archéologue sous-marin, historien et écrivain bien connu. Tous deux notamment acteurs de l’Association, le premier jouant le capitaine Chataud, le second l’intendant Tiran dans le précédent spectacle  Il était une fois … sur la peste de 1720.

Attention : le brigadier vient de frapper ses coups sonores sur les planches de la scène ; le spectacle commence.

X

Nous quittons le pinceau de Georges Briata pour celui d’Ambrogio Lorenzetti.  Nous sommes plongés d’emblée au sein du Moyen-Âge. Lorenzetti a peint dans son XIV°  siècle les scènes de la vie et les marchés paysans de son temps. Nous y sommes. Nous y sommes et La Ciotat ne va pas tarder à naitre comme commune indépendante. 

Les comédiens envahissent la scène, de tous côtés. C’est une effervescence d’animation, de joie, de gaité et de couleurs. Et d’un coup les animaux surgissent : l’âne gris que chevauche une petite fille, les oies blanches au cou tout étonné de se retrouver ainsi sous les projecteurs, les chèvres, les moutons en tenue de théâtre avec leur laine toute bouclée, un agneau et les poules gloussant de plaisir. Un véritable tableau. Ambrogio, ressort ta palette.

L’ambiance est donnée. 

Connaissons-nous l’histoire de La Ciotat ?

Certainement pas. Nous ne pourrons plus le dire. Ce soir, nous ne l’avons pas apprise, nous l’avons vécue.  Avec la centaine d’acteurs et d’actrices bénévoles qui donnent âme à La Ciotat, cette commune qui, en 1429, acquiert son indépendance en se séparant de Ceyreste. Naturellement La Ciotat existe bien  avant ce XV° siècle. Dès l’Antiquité nous y connaissons un comptoir maritime et commercial. Si je vous dis que les Phéniciens ont fréquenté ces eaux, je sens de loin les sourcils de Gabriel Chakra se soulever de plaisir. Le port est un abri naturel grâce à ce fameux Bec de l’Aigle. On ne peut le franchir si le vent est contraire à votre voile. Mais La Ciotat est là, port sûr et profond.

« Mireille,  ton spectacle commence par la quête d’indépendance de la cité »

- « Au XV° siècle les grands amateurs génois s’installent en notre port et commercent avec l’Orient tout en se défendant contre les attaques et razzias barbaresques.  Il faut surveiller partout : côté mer, côté terre. Sur le haut des collines se hissent des feux de surveillance. Ceyreste qui couvre alors le territoire de La Ciotat se voit contester par les ciotadens reprochant des défenses insuffisantes. Et les voilà demander à l’Abbaye de Saint-Victor leur autonomie ! Guillaume du Lac, abbé en ces nobles années, officialise la séparation : La Ciotat est née ». 

« Et reçoit à la Renaissance une visite inattendue et parfaitement royale ».

- « Tu veux parler de Henri IV.  Qui savait que Henri IV était venu dans notre bonne ville ?

«Avait-il dans ses malles et cuisines une succulente poule au pot ? Mais peut-être n’est-il pas arrivé un dimanche ! » 

- « Pour la poule au pot, je ne peux rien affirmer. En revanche le Roi venait car des ligueurs présents à Ceyreste agitaient dangereusement  le pays. Et il passa la nuit chez nous ».

« Sait-on où le Roi dormit ? »

- «  À la Bastide Marin ! C’est l’occasion de l’évocation d’un rendez-vous galant »

« Bien en accord avec le surnom donné à la victime de Ravaillac ! Mireille, parle-nous de cette Bastide. »

- « Notre Bastide Marin ! Notre superbe siège »

« Tu peux même dire maintenant notre siège royal ! »

- «  Cette bastide était à l’abandon. Son nom de Marin provient de la famille des Marini venue de Gènes à La Ciotat. Nous avons engagé sa restauration qui se poursuit toujours d’ailleurs ». 

« J’étais présent pour l’inauguration ».

- «  Nous y effectuons nos répétitions, nos réunions. Nous entreposons nos costumes ; plus de 5000 pièces ! Tous confectionnés par nos soins ».

« Tous plus beaux les uns que les autres. Avec des changements à l’évocation de chaque époque. Lorsque tous les acteurs sont sur scène, la beauté des costumes, leur variété, leurs nuances de couleurs constituent de véritables tableaux rehaussés par le jeu des lumières, la position, les mouvements des personnages. Tous ces costumes participent à la création d’une atmosphère et rythment l’action dans les danses et les chants. Les costumes habillent magistralement ton spectacle ».           

- «  Dans un spectacle il faut réunir tout cela. De la beauté, de la joie, du drame, des rires, de l’émotion… La mise en scène se doit de mettre en avant ces différents éléments ».

« Le troisième acte s’ouvre sur la peste de Marseille »

- «  La peste de 1720 qui a ravagé Marseille  a épargné La Ciotat. Ce sont les femmes qui ont sauvé la cité. En s’élevant, en particulier, contre l’entrée des soldats du Roi en provenance de la ville pestiférée ».

Les 80 artistes défilent en procession derrière la statue de Saint Roch. Saint Roch, le saint protecteur contre le fléau, punition divine contre les péchés des hommes. 

-  «  Le 16 août, poursuit Mireille Benedetti, était traditionnellement la fête de la ville de La Ciotat. Le jour était férié mais on avait totalement oublié Saint Roch. Les nombreux oratoires à son nom qui parsemaient les rues de la ville et les chemins des campagnes avaient été détruits et avec leur disparition la mémoire du saint avait aussi disparu. Tout s’était éteint. Cette destruction n’avait rien d’antireligieux mais, simplement,  la nécessité d’élargir les voies et les chemins les rayait de la carte. Or, un jour, en entrant dans la Bastide Marin, je découvre dans une niche une statue de Saint Roch. Ce fut pour moi une révélation. Nous avons réhabilité Saint Roch. J’ai fait sculpter une statue du saint homme qui fut promenée en ville lors du premier festival ».

«   Et ainsi, avec toute ton équipe, tu retrouves l’histoire oubliée de ta ville ».

« Il s’agit de retrouver le fil rouge de cette histoire, de notre histoire. C’est une œuvre de transmission ». 

«  Henri IV n’est pas la seule tête couronnée à s’être rendue à La Ciotat ? »

- « L’empereur Napoléon III  a été un de nos hôtes prestigieux. On l’ignorait également. L’empereur vint accompagné de l’impératrice pour assister au lancement d’un navire baptisé naturellement Eugénie ».

« La mise en scène, comme les dialogues et le jeu des acteurs sont à nouveau magnifiques. J’allais dire … impériaux ! Mais comment, Mireille, découvres-tu tous ces épisodes oubliés ? ».

- « J’ai la passion de l’Histoire depuis que je suis toute jeune.  Mes études au Conservatoire d’Art dramatique à Marseille ont fortifié ce goût d’enfance. À 21 ans, directrice adjointe d’un village de vacances, puis directrice d’un centre culturel à Marseille en 1985. J’étais déjà marié et mère de deux enfants. Ce goût de l’Histoire se doublait d’une passion pour le théâtre : à l’âge de 8 ans, je mettais déjà en scène de petits spectacles à Marseille où je suis née (ndlr : à Saint-Louis, près de la Viste) et à Sigonce, dans les Alpes, près de Forcalquier où je passais mes vacances. Je réunissais au pied de la montagne de Lure les gamins du village pour des spectacles et des chansons de Sheila ! »

« Vocation précoce! »

- « Mais qui ne m’a jamais quitté. Mes études en sciences économiques et psychologie à Aix-en-Provence m’ont aidée dans mes fonctions de direction et de gestion d’équipements culturels. Une date importante a été la célébration du bicentenaire de la révolution française. Elle a déclenché mon goût pour les spectacles historiques. En 1993 je crée mon organisme de formation, j’y enseigne les Arts et les Traditions populaires. Avec mes élèves j’approfondis l’histoire de La Ciotat. Et les découvertes s’ensuivent

À la même époque je fais une rencontre décisive : celle  d’Edmond Morin ».      

-  « Edmond Morin, du Blé de l’Espérance ? »

-  « Exactement. Edmond Morin, l’inventeur de  la Banette. Ce pain qui va relancer les boulangeries. On l’appelait d’ailleurs Papy Banette.  Avec Maguy Roubaud on prépare le Blé de l’Espérance. J’entre au conseil d’administration et c’est précisément en recherchant l’histoire du blé que je découvre ce blé envoyé en 1720 à La Ciotat par le pape. En 1996 je crée Il était une fois … La Ciotat. Une sacrée aventure !  Mais j’ai coutume de dire : Quand la cause est juste, on trouve toujours de bonnes âmes ».

-       « Et les bonnes âmes se sont multipliées comme les grains du blé de l’Espérance ! »

-       «  Oui, nous sommes toutes et tous des bénévoles. Les bénévoles ne jouent pas leur rôle ; ils le vivent ! Cela est admirable. Ce sont les premiers à être enthousiastes, émus, ou éclatants de rire ». 

-       « L’émotion est palpable à l’évocation de la guerre »

-       «  Cet épisode dure 14 minutes. Chaque scène mériterait à elle seule un spectacle. J’ai travaillé la seconde Guerre mondiale à La Ciotat dès 2002. Dans les archives et en recueillant les témoignages des anciens aujourd’hui disparus. C’est leur voix à eux. Leur propre voix que je retranscris.  Il n’y a plus aujourd’hui de mémoire vivante ».

 X  

La nuit tombe lentement sur La Ciotat. Du bord opposé à l’ancien chantier naval les lumières de la ville s’allument, lentement, discrètement … pour ne pas troubler la représentation ! La tour du musée s’épanouit, lumineuse comme une fleur, et semble pencher un peu son clocher vers l’autre rive pour mieux voir la scène en face et jouir du spectacle. Rien d’étonnant : le musée recèle tant d’histoires aussi de la ville ! Ne me contrediront ni Jean-Louis Conil, président des Amis du Vieux La Ciotat et du musée, ni Bruno Terrin dont la grande histoire familiale est tellement liée à ces lieux. J’ai encore en mémoire l’exposition que consacra le musée aux œuvres de Jean Brun. Et comment ne pas songer à l’incroyable maquette du Grand Saint-Antoine de Guy Seguin !  …

               X                           

-       «  Tu évoques le docteur Rosenfeld, un juif polonais arrêté, déporté, exécuté ».

-       «  C’était le propriétaire de la Bastide Marin. Sa fille est encore vivante. Elle m’a donné les archives familiales et m’a raconté cette histoire. Elle pleurait. Elle pleurait ! Étudiant en médecine, le jeune Josab (joseph) Rosenfeld rencontre France MARIN. De leur mariage nait une petite fille. En 1942 le médecin n’a plus le droit d’exercer, la législation le lui interdit. Séjournant à Marseille il soigne les maquisards avec des médicaments récupérés à l’hôpital.. Arrêté, déporté à Drancy, il écrit à sa femme. Nous lisons sa dernière lettre. Une fausse carte d’identité est délivrée à la petite fille pour la sauver ».

-       « Et tout cela est strictement vrai ? ».

-       «  Vrai jusqu’à la dernière lettre ».

-       «  Cet acte est certainement un des moments les plus émouvants, avec l’ensemble des acteurs qui se présente devant le public porteur d’un grande silhouette sombre d’homme qui les cache »

-       «  L’idée des silhouettes, évocation muette de tous ces disparus, m’est venue en voyant au bord des routes l’annonce des morts par accidents de la circulation. Je tenais  là ma scène ».

-       «  Impressionnante aussi de force et d’émotion cette journée du 19 août 1944 au soir où les résistants déclenchent le soulèvement de la ville contre l’occupant »

-       «  Là encore ce moment était complètement tombé dans l’oubli. Ce résistant, qui fut nommé ensuite maire provisoire, s’appelait Jean-Claude Baugnies de Saint-Marceau. Il était engagé dans le réseau Buckmaster Sur le point d’être arrêté, il saute du premier étage de sa Bastide pour s’échapper et s’enfuir dans un train de marchandises.

- « Aucune Place, aucune rue de La Ciotat n’honorait ce maire résistant. Aujourd’hui une salle des fêtes porte son nom ».  

« Moment de respiration après toute la tension de ces épisodes : les congés payés, la vie au cabanon, le bord de l’eau. On danse, on chante ; le public applaudit et entonne les anciens refrains. Un incroyable danseur virevolte sur scène. Avant la dernière évocation, impressionnante de force : celle des chantiers navals »

-       «  La mémoire du chantier naval est encore douloureuse dans l’histoire de la ville. Un traumatisme. J’ai longtemps hésité à réaliser ces 9 minutes. Neuf minutes éprouvantes. Cet ouvrier (ndlr : magnifique de vérité, comme tous d’ailleurs) qui ne rentre pas chez lui pour rester nuit et jour sur le chantier menacé de fermeture, et lui de licenciement, qui défend son emploi et sa ville, qui ne voit plus ni sa femme, ni sa fille …

« Et ce final où tous arborent les drapeaux tricolores et cette immense banderole La Ciotat vivra ».

Émotion garantie Tous les spectateurs d’un même mouvement se lèvent de leur chaise. Et un seul cri s’échappe des poitrines : « Mireille, Mireille, Mireille … ! »

« Que dire d’autre, chère Mireille ? Une captation du spectacle a été réalisée avec sept caméras. Tous ceux qui n’ont pu assister aux deux représentations des 20 et 21 août pourront ainsi découvrir cette œuvre magistrale. J’espère que ce projet se concrétisera au plus vite. Le mot Merci est trop court pour exprimer l’enthousiasme, la gratitude et la reconnaissance de tous les spectateurs envers toi-même, chaque acteur et actrice de cette merveilleuse troupe et tous les participants qui, s’ils sont en coulisse, sont tout aussi indispensables à cette splendide réussite. (ndlr : avec une centaine d’actrices, acteurs, personnels de  régie, costumières, éclairagistes … l’effectif de la troupe avoisine celui d’une Frégate multi-missions (FREMM) de la marine nationale !).

Ce fut un grand moment, un grand moment de théâtre, un grand moment historique et musical, un grand moment d’amitié. Comme me l’a déclaré une amie que tu connais : « Tu es la grande Mireille de La Ciotat ».

 La Bastide Marin vit et vivra. Vive la Bastide Marin ! 

Marseille, le 3 septembre 2026
Jean-Noël Beverini

Texte et photos © Jean-Noël BEVERINI  et Monsieur-Légionnaire

Apparu en premier sur https://monsieur-legionnaire.org le 3 septembre 2026

Appeared first in https://monsieur-legionnaire.org  September 3th 2026

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