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Il faut rendre à l’OM son âme marseillaise

Il faut rendre à l’OM son âme marseillaise

Marseille est bel et bien la capitale française du football. Leonardo, dirigeant du Paris St Germain, a vu juste, même s’il a dû affronter ensuite la colère des supporters parisiens sur les réseaux sociaux. L’OM est, en effet, la seule équipe française capable de remplir son stade à chaque match et d’attirer régulièrement 60 000 spectateurs.

Une équipe de l’OM qui déchaînait les foules parce qu’elle allait au charbon .OM 71 72

Notre photo : la magnifique équipe de 71-72
Avec debout de gauche à droite : Jules Zvunka, kula, Carnus, Hodoul, Lopez, Novi.
Accroupis de gauche à droite : Magnusson, Bonnel, Gress, Skoblar et Couecou.

Les Lensois et les Stéphanois ont beau expliquer que leurs cités ne comptent que 32 000 et 175 000 habitants et que la proportion de leurs fans au regard de leur population est infiniment supérieure à celle de Marseille, ville de 868 000 habitants, cet argument est fallacieux. Car ce qu’il faut prendre en compte, n’en déplaise à France-Football, c’est la densité de l’agglomération lensoise (505 000 habitants) et de l’agglomération stéphanoise (380 000 habitants). La comparaison avec Marseille est déjà moins spectaculaire.

La vérité, c’est que Marseille respire le football, elle vit intensément le foot dans tous ses quartiers. Il faut voir les cascades de matches le week-end dans des stades bondés où les parents viennent encourager leur progéniture. Leur ferveur pour l’OM est égale à leur passion pour Marseille.

Voilà pourquoi l’actuel président de l’OM a bien fait de conclure des accords de partenariat avec de nombreux clubs de quartier afin qu’ils puissent servir de pépinières de recrutement à l’OM. Hélas, ce que Jacques-Henri Eyraud a bien réussi avec les clubs locaux, il l’a raté au sein même de l’institution avec les salariés marseillais de l’OM dont la plupart ont été priés de changer d’air précisément parce qu’ils sont Marseillais.

Cette discrimination est inadmissible. Jacques-Henri Eyraud estime, dans une vidéo, qu’être marseillais est un handicap pour un manager car il aura tendance à donner libre cours à sa passion pour l’OM au détriment du cap général fixé par l’actionnaire. Or, pour diriger l’OM, il faut d’abord épouser Marseille. Souvenez-vous des présidents qui ont jalonné l’histoire du club : Louis-Bernard Dancausse, Paul Le Cesne, Saby Zaraya, Jean-Marie-Luciani, Marcel Leclerc, René Gallian, Fernand Méric, Jean Carrieu, Bernard Tapie, Pape Diouf : ils venaient tous d’horizons différents et, cependant,  ils ont compris instinctivement que Marseille n’est pas une ville comme les autres, mais une enclave de Méditerranée hasardeusement rattachée à la France.

               Marseille est une nation

Basile Boli l’a saisi depuis belle lurette : Marseille n’est pas une ville, c’est un pays, mieux une nation, avec ses frontières (les collines), sa langue et le sentiment inouï d’une communauté de destin. Au fil des ans, l’OM est devenu l’équipe nationale d’un pays qui s’appelle Marseille. L’un des meilleurs dirigeants qu’il m’ait été donné de connaître était Jean-Pierre Bernès qui a payé très cher sa passion dévorante pour l’OM mais a fort bien réussi sa reconversion comme agent de joueurs et d’entraîneur. Lui aussi avait compris l’osmose essentielle entre l’OM et la ville.

 Jacques-Henri Eyraud commet, me semble-t-il, la même erreur que Vincent Labrune avant lui : celle de considérer l’OM comme une entreprise, une plateforme économique, alors que c’est avant tout le symbole identitaire d’un peuple marseillais qui, comme à Naples, est peut-être plus « peuple » qu’ailleurs.

Cet attachement viscéral des Marseillais à leur club a été capté au passage par des supporters emblématiques comme Bengous ou René Malleville, les chouchous des médias pour leur franc-parler et leur chauvinisme assumé. Pourtant René Malleville est né à Carcassonne, il a passé une partie de son enfance au Maroc avant de s’installer à Marseille et de devenir, tour à tour, chauffeur de bus, dirigeant syndical, bistrotier à la Joliette, élu socialiste et…inconditionnel de « l’Ouhèmeu »...

Le stade dit « vélodrome », c’est le cœur battant de Marseille, le creuset identitaire d’une ville où se mêlent des « tifosi » de toutes les origines et de toutes les provenances. On commence dans les virages, puis on finit à Jean-Bouin. Le « Vélodrome » est un lieu mythique, propice aux rêves des enfants et des adultes. Seuls les présidents et dirigeants qui ont assimilé cette symbiose fusionnelle entre Marseille, ville nation, et l’OM, équipe nationale, ont réussi à faire gagner l’OM. Les autres, ceux qui raillent en privé l’accent marseillais et privilégient les critères économiques passent à côté de leur mission première qui consiste à sanctifier Marseille à travers l’OM.

Aujourd’hui, l’OM est beaucoup plus qu’une entreprise, c’est désormais une équipe nationale plus populaire que l’équipe de France. Non, cher lecteur, je n’exagère pas. Depuis mai 1993, date de la victoire en finale de la coupe d’Europe contre le glorieux Milan-AC de Baresi, Maldini et Van Basten, depuis cette fameuse tête victorieuse de Basile Boli à Munich, l’OM est devenu la capitale incontestée du football français et nul ne saurait prétendre diriger l’OM en se mettant ses supporters à dos.

A la décharge de Jacques-Henri Eyraud, force est de reconnaître que la cabale des revanchards a toujours existé à l’OM. De tous temps. Lorsque le président Eyraud met en cause dans « l’Equipe » les « coalitions baroques de bandes désorganisées qui fondent sur l’OM », il dit la vérité. Le plus souvent, estime-t-il, ce sont d’anciens salariés licenciés, des dirigeants à la retraite qui pensent que l’OM leur appartient toujours, des supporters ultras exclus du stade, des prestataires écartés, des politiques en mal de notoriété, d’anciens joueurs frustrés de ne pas avoir obtenu de contrats avec le club, liste à laquelle s’ajoutent parfois des journalistes ou des hommes du milieu soucieux de régler leurs comptes.

    Droit au but et droit au zut

Le plus surprenant, c’est l’origine des supporters actuels de l’OM. Ils arrivent de partout, même de New York, Singapour et Osaka. Faites une promenade autour du stade les soirs de match. Vous y verrez des voitures immatriculées 62, 38, 07, 10, 05, 44, 28, 92, 75, 43, et naturellement des 13, des 84, des 83 et des 06 : les inamovibles. Mais je suis persuadé que les supporters « estrangers » sont en train de devenir majoritaires, la preuve en est qu’il existe même un club de supporters de l’OM à Vichy !

Il faudra vous y faire amis Marseillais, l’OM aura de plus en plus l’accent pointu. On s’en rend compte lorsqu’on écoute les interviews de supporters venus quémander un autographe ou un selfie à la Commanderie, ce sont des personnes qui viennent du nord de la France.

Les sociologues comme Christian Bromberger évoquent à ce sujet un « processus civilisateur » visant à un contrôle de plus en plus poussé des affrontements violents et des passions partisanes. Le constat est pertinent. Le stade demeure un exutoire idéal de toutes les frustrations. C’est là que se débrident sans chichis les émotions collectives. Je me souviens du match OM-Milan au stade vélodrome au cours duquel Chris Waddle, à demi-KO, a marqué un but d’anthologie d’une frappe à ras de terre qui a soulevé le stade comme un cratère fulminant. Une liesse comparable à celle du match France-Portugal à Marseille lorsque Tigana et Platini ont plié le match en fin de prolongation en enflammant Marseille.

Cette appropriation progressive de l’identité marseillaise par des Français venus des six coins de l’hexagone va plus loin que le simple partage d’un engouement sportif. C’est le signe d’une inversion de centralité. La capitale réelle et populaire de la France, ce n’est plus Paris, c’est Marseille. Tous les Français qui se sentent en panne identitaire viennent à Marseille pour recouvrer un sentiment d’appartenance nationale et de fierté identitaire. Marseille, c’est leur planche de salut national. Leur Graal patriotique. Ils intègrent inconsciemment un refus de Paris, c’est-à-dire une répulsion instinctive pour l’arrogance administrative et jacobine.  Paris, c’est le siège de toutes les contraintes bureaucratiques, Marseille c’est celui de toutes les libertés. Avec la mer et la Bonne-Mère en prime.

    Un conseil des sages marseillais

Cet enthousiasme délirant que suscite l’OM partout laisse parfois pantois, surtout quand on voit évoluer certains éléments assez dilettantes à l’entraînement ou en match. L’entraîneur pourrait utilement leur coller derrière les mollets des puces « Foot-Bar » qui mesurent désormais en direct l’intensité de leurs efforts, le nombre de kilomètres qu’ils parcourent, leur explosivité, leur ténacité, leur résistance aux efforts répétés. Là, il n’y a plus de planqués. Ceux qui ne se lèvent pas l’âme en match et à l’entraînement peuvent être écartés sans coup férir.

Où êtes-vous glorieux interprètes de la devise « Droit au But » ? Comment les joueurs actuels ont-ils pu sombrer ainsi sur la scène européenne sans se révolter une seconde ? Même Eric Di Méco, excellent commentateur à la télé, a parlé d’absence de dignité et de conscience professionnelle. Aujourd’hui, c’est le « droit au zut » qui semble avoir supplanté le droit au but, avec les boudeurs de banc et les sorties capricieuses de divas de pacotille !

Jacques-Henri Eyraud manifeste un courage et une résistance dignes d’éloges face à l’adversité locale, mais il pourrait utilement s’entourer d’un conseil des sages composé de Marseillais qui ont marqué de leur empreinte la légende de l’OM : je pense à Eric Di Méco, mais aussi à Jean-Pierre Papin, qui s’entraînait deux fois plus que ses camarades, Bernard Casoni, Josip Skoblar, Jean Tigana, Manuel Amoros, Jean-Christophe Marquet et Christophe Galtier, le Marseillais qui s’est exilé à St Etienne et Lille pour y réussir brillamment. Le président pourrait aussi collaborer avec des dirigeants marseillais qui ont réussi chacun dans leur domaine, par exemple Paul Leccia, Rodolphe Saadé, Raymond Vidil, Jean Martin-Dondoz, Francis Papazian, Jean-Baptiste Jaussaud, Fred Jeanjean et bien d’autres encore…

Renouer avec l’âme de Marseille, c’est former un groupe de joueurs ayant un mental d’acier, une volonté farouche de gagner, fût-ce en s’arrachant les « cojones » et en broutant l’herbe, comme jadis Novi, Gress, Bonnel, Couecou, Bosquier, Brotons, Dib, Kula, Dogliani, Leclercq ou Hatchi. C’est aussi instaurer un nouveau mode de rémunération qui nous épargnerait les salaires de mercenaires versés à des joueurs qui font banquette et sont royalement payés comme Mitroglou ou Strootman. On peut imaginer des salaires modulables en fonction des affluences ou assortis de primes substantielles en cas de victoire seulement. On peut imaginer des consultations populaires des abonnés sur Internet pour qu’ils aient eux aussi voix au chapitre. L’époque des quêteurs d’aubaines financières est révolue. Place aux Marseillais natifs de Marseille.

Comme le dit l’irréductible Jurgen Klopp, entraîneur de Liverpool, qui injecte son énergie vitale à chacun de ses joueurs : « pour réussir dans le football, c’est simple, on vous donne un citron et il faut le transformer en limonade ! » C’est seulement à ce prix que les Olympiens marseillais sauront qu’ils ne marcheront plus jamais seuls !

José D’Arrigo

Rédacteur en Chef du « Méridional », membre à vie de l'ANACLE

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