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Monsieur Légionnaire

HISTOIRE DE PANGOLINO, LE PANGOLIN CONTE POUR ENFANTS

HISTOIRE DE PANGOLINO, LE PANGOLIN

CONTE POUR ENFANTS

  Jean Lary de Fortuné

La fête battait son plein. Famille, amis, voisins et connaissances étaient réunis autour du jeune Pangolino dont on célébrait les 20 ans. Vingt ans et toutes ses écailles. Dans le monde des Pangolins la majorité s’acquiert à son vingtième printemps. Et c’était, ce soir là, le cas pour Pangolino.

La joie était extrême. Auprès de lui, sa mère, la belle Pangolina avait, pour la circonstance, revêtu sa plus seyante robe de soirée d’un bleu ciel vaporeux. Un collier de saphirs, digne de faire bleuir d’envie un maharajah des Indes, ornait son cou si élégant, si fin et qui avait conservé cette souplesse, cette fragilité, cette grâce, en un mot cette beauté de ses jeunes années de pangoline. La couleur bleue est censée être une couleur froide. Pourtant, de la pointe dansante de son pinceau, le grand Georges Briata en avait fait une couleur claire, chantante, rayonnante. Et ce soir, au cou de Pangolina le bleu de ses saphirs brillait de ses plus briatesques splendeurs. Il est vrai que les femmes pangolines  sont réputées pour le charme incomparable de cette courbure divine, de ce lien, de cette attache toute de pureté qui, comme un pont céleste, unit la tête à l’ensemble du corps. Une courbure gourmande de l’offrande d’un baiser. 

Un voile naturel d’écailles mais d’écailles si légères, si translucides, si aériennes recouvrait en partie, mais en partie seulement, l’arrondi raphaélique de ses épaules. Pangolina savait sa beauté. Elle la connaissait. Elle la cultivait. Elle s’en amusait. Elle aimait voir les mâles pangolins à ses pieds. Elle avait cette conscience innée que sa beauté était reconnue. Elle n’entrait jamais en premier dans un salon, une réunion, une assemblée. Elle savait qu’il se fallait faire attendre. La beauté a besoin d’impatience, celle des autres. La sienne était toute d’espérance. Attendre ! Quelle plus belle espérance que celle d’attendre.

Son époux, le sieur Pangolunesco, était naturellement le plus fidèle de ses admirateurs. Qui sur terre ne connaissait Pangolunesco ? Ses actions multidirectionnelles dans le monde des Finances, de la Santé, de la lutte contre la pauvreté, dans la défense de l’enfance, dans la promotion de l’Art et de la Culture en faisaient le Pangolin incontournable. Tout ce qui se réalisait l’était peu ou prou avec Pangolunesco. Tout ce qui ne se réalisait pas était soit ignoré, soit refusé par lui.

Avec un tel père et une telle mère, Pangolino était le pangolin le plus recherché par toutes les pangolines de la planète. Il faut reconnaître qu’il possédait les plus grandes qualités physiques et morales que l’on puisse espérer. Il avait hérité de sa mère la profondeur océanique de ses yeux, une sorte de lumière intérieure qui jaillissait de son regard quand il le posait sur vous. Il devenait alors presque impossible de détacher ses yeux de ce flux océanique. Un tel flux vous balayait littéralement ; vous aviez beau vouloir fermer les paupières pour reprendre pied sur la réalité, un reflux de bleu briatesque vous inondait. Impossible de lutter. Vous étiez plongés dans une vague colorée. Et ce bleu avait, comme vous l’avez compris, des sonorités de « bleus ». Votre âme était dans l’eau, dans l’eau bleue de ses yeux. Vous surfiez sur un nuage, sur une vague, sur un sentiment, sur un monde autre, que certains nomment Amour. Tel était Pangolin.

Pangolin, dans la jeunesse de ses nouveaux vingt ans, attirait. Il attirait comme l’aimant attire la limaille. Toutes les pangolines en avaient les écailles bruissantes. Chez certaines les écailles prenaient une coloration rubirolanescente d’émotion ; d’autres, au contraire, devenaient rose payantesque. 

Monsieur Pangolunesco, Hercule, Hector, Hentropas Pangolunesco, dit triple « H », fit tinter son verre de Saké sur les écailles de son bras gauche. Plus qu’un son en sortit, un parfum suave, presque enivrant. Il en est ainsi dans le monde  pangolinesque. Les sons ont des odeurs et les odeurs possèdent des sons. Les pangolins ont été pourvus par Dame Nature d’un appendice nasal propre à rivaliser avec celui d’un certain humain que vous nommez, je crois, Cyrano. Ou Sire Ano ? Ou encore peut-être Sire Ano-Nasal ? Je ne sais ? Il faudrait demander à Thomas.

  • « Thomas ? Quel Thomas ? »

Thomas Sertillanges, bien sûr. Celui qui connaît tout des nez, en particulier sur celui de Cyrano ! L’autre Thomas, celui des Évangiles, a eu besoin de mettre la main dans les plaies du Christ  pour finir par croire ; le nôtre, Thomas Sertillanges, n’a pas eu besoin de tâter du nez de Cyrano pour en connaître la hauteur, la longueur, la profondeur, la grandeur et l’excellence, la splendeur. C’est cela, la foi ! Et il faut être bien nez pour la conserver.

Mais revenons à notre cher président Pangolunesco. À peine eut-il fait tinter ses écailles odoriférantes qu’un silence couvrit le grand salon. On n’entendait plus battre l’ombre d’une aile de chauve-souris. 

  • « Ma chère Pangolina, 

Mon cher Fils,

Mes très chers amis,

Mesdames et messieurs,

Pangolins et Pangolines bien aimés,

Combien suis-je fier, ce soir, doublement fier :

Fier de fêter les 20 ans de mon fils Pangolino.

Fier de fêter ses 20 ans en votre compagnie.

Le pangolin ne vaut que parce qu’il est un pangolin de compagnie. Seuls, nous ne sommes rien ; mais ensemble nous pouvons révolutionner le monde. Je vous remercie d’être venus si nombreux pour assurer Pangolino de votre amitié, Pangolino auquel je passe immédiatement la parole ».

Un tonnerre d’applaudissements salua le mot du président. Les murs du salon semblèrent trembler sous le claquement des milliers d’écailles réunies pour la circonstance. Pangolina eut quelque peine à retenir une larme qui aurait dénaturé l’harmonie de son maquillage. Elle se contenta pour marquer son émotion de faire tinter quelques saphirs de son collier et aussitôt s’en échappa un parfum bleuté du plus bel effet.

Pangolino s’avança. Beau comme un dieu, mais avec cette timidité qui rend un dieu humain, proche et palpable. Combien de pangolines auraient alors vraiment désiré pouvoir le palper autrement que du regard ! 

  • « Cher père, Ma très chère mère,

Mes frères et mes sœurs,

Mes chers amis depuis toujours,

Je vous remercie d’être là, mais j’ai une grande nouvelle à vous annoncer. J’ai décidé de quitter Wuhan, notre ville où je suis né. Je ne peux plus vivre ici. Ce monde n’est plus le mien. Nous, peuple Pangolin, sommes poursuivis, pourchassés, honnis et incompris. J’ai besoin d’autres horizons. Je vais partir. Partir mais non vous abandonner. J’ai décidé de m’installer en Europe. J’ai choisi la France et en France une ville qui semble me plaire : Marseille !

(À suivre, si Pandémie permet)

Propos receuillis par Constantin LIANOS

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