Récit du voyage-croisière en Russie du 1er au 12 Septembre 2019

Écrit par Constantin LIANOS le . Publié dans Culture

Récit du voyage en Russie du 1er au 12 Septembre 2019

Lien du film de la cérémonie au cimetière russe et au Monuments aux Morts de Normandie-Niemen

flechetourné par l'équipe russe  (à voir absolument ! mettez le son et grand écran lecture directe)

CathedraledelaDormitionIaroslavl 

Un voyage extraordinaire

Esquisse Elisabeth Lalle Moscou

Esquisse d'Elisabeth LALLE faite à main levée le 2 Septembre 2019 à Moscou

   Le présent compte rendu constitue un «récit documenté» du voyage en Russie - croisière de «Moscou à Saint-Pétersbourg», organisé par le Lieutenant-colonel Constantin LIANOS, Président de l’Association nationale des Anciens combattants de la Légion étrangère du 1er au 12 septembre 2019.

LE « MS CRUCELAKE » ET LES FLEUVES

Le MS Crucelake, beau navire fluvial, nous a hébergé et transporté du premier jour de notre arrivée à Moscou à la nuit de notre retour depuis Saint-Pétersbourg.

MS CRUCELAKE

Il s’agit d’un navire fluvial de 130 m de longueur et 17 m de largeur, pour un tirant d’eau de seulement de 3 m, lui permettant de naviguer sur la Moskova, la Volga et dans les canaux reliant ces fleuves, et bien sûr de passer les écluses, sans encombre.

Son équipage, placé sous le commandement du capitaine Andrey Semachev durant cette croisière, compte une quarantaine de personnels de bord et de marins dont les plus jeunes n’ont pas 20 ans !

Le navire, de conception ancienne des années 80 accueille entre 250 et 320 passagers dans des cabines de différents standing, mais aux dimensions et au confort modestes. De belles salles à manger vitrées permettent aux passagers de se retrouver pour les repas tout en admirant le paysage, et la vie à bord est agrémentée pas l’accès aux deux bars du bord, à une salle de théâtre, conférence, cinéma et animations diverses.

Le navire offre également des coursives dégagées et aérées, permettant de profiter paisiblement du paysage des rives des fleuves et canaux, ainsi qu’un pont arrière et une plate-forme avant panoramiques, qui offrent la possibilité de prendre l’air, d’admirer pratiquement tous azimuts la Nature encore sauvage en bien des endroits de notre périple, également de goûter à cette atmosphère de sérénité que dégagent les fleuves majestueux que nous suivons.

Carte Russie

LE TRAJET DE LA CROISIÈRE

La croisière, partie de Moscou le 2 septembre 2019, empruntera donc la Moskova, puis le « canal de Moscou » pour rejoindre la Volga, via le réservoir d’Ouglitch. Il faudra dans un premier temps descendre d’une cinquantaine de mètres d’altitude et pour cela le navire passera six écluses « descendantes » en perdant environ 8 m à chacune d’entre elles, puis reprendre une trentaine de mètres en deux écluses « montantes » pour atteindre la « mer de Rybinsk », ou réservoir de Rybinsk, en fait un immense lac d’eau douce de 4.600 km2 (à peine plus petit que les Bouches-du-Rhône !).

Ecluses Russie

Le passage des écluses, toujours impressionnant …

Là, le navire descendra le cours de la Volga jusqu’à Iaroslav pour une visite de la ville… et accessoirement pour le plein de carburant du navire, puis remontera le cours de la Volga pour retrouver la mer de Rybinsk et poursuivre la croisière vers le nord.

Nous quitterons la mer de Rybinsk par le nord, sur un affluent de la Volga, la rivière Sheksna, située une quinzaine de mètres plus bas qui nous mènera à Goritsy et au Lac Beloïe ou Lac Blanc, un « petit » lac de tout de même 1.600 km2, environ 45 km de largeur …

Ensuite, nous rejoindrons par le canal de la Division des Eaux le lac Onega, au nord duquel nous atteindrons l’île de Kiji, au-delà du 60ème parallèle.

Cette île sera le point le plus au nord atteint durant ce voyage (Latitude 60° 02’ 24’’ Nord)

Le lac Onega s’étend là encore à perte de vue, long de 250 km du nord au sud, et large de 90 km dans ses plus grandes dimensions, pour un peu moins de 10.000 km2, qui le situe dans les vingt plus grands lacs de la planète. Et il faudra pour naviguer sur le lac Onega reprendre de l’altitude, environ 80 m en six écluses « montantes ».

La fin de la croisière empruntera la rivière Svir, exutoire du lac Onega, qui après un parcours d’environ 220 km nous emmènera vers le lac Ladoga, le plus grand que nous aurons traversé et également le plus grand d’Europe avec une superficie de 17.700 km2 (deux fois la superficie de la Corse, pour fixer les idées …), avec plus de six cents îles et îlots… à l’extrême sud-est duquel se trouve la Neva, émissaire du lac Ladoga qui coule sur 75 km environ vers le golfe de Finlande pour se jeter en mer Baltique à Saint-Pétersbourg. Et pour atteindre le niveau de la mer Baltique depuis le lac de Ladoga, il faudra encore passer deux écluses « descendantes » et perdre une bonne vingtaine de mètres.

Arrivé à Saint-Pétersbourg le 9 septembre au matin, le navire aura parcouru environ 850 km depuis Moscou.

Schema Russie

QUELQUES DONNÉES DE GÉOGRAPHIE

La Russie reste un pays fascinant sous de multiples aspects, à commencer par sa géographie.

Actuellement, l’État le plus vaste du monde par sa superficie de 17 millions de km2 – soit plus de trente fois la superficie de la France métropolitaine ! – s'allonge d'ouest en est sur 9.000 km, du nord au sud sur 3.000 km et s’étend sur 11 fuseaux horaires, plus de 11% des terres émergées de la planète. 

Ce pays occupe un quart de la surface de l’Europe et les trois quarts de la surface de l’Asie. En outre, un tiers environ de son territoire se trouve au-delà du cercle polaire. Ces caractéristiques en font un pays au climat continental sec et froid compte tenu de sa position moyenne très au nord, avec les neuf dixièmes du pays au-delà du 50ème parallèle (au nord d’Amiens en France pour situer) : dans sa plus grande partie, les températures moyennes de janvier s’affichent autour de −20 °C, avec en général six mois de gel consécutifs.

Geo Russie

Carte physique de la Russie (source Internet)

Traditionnellement, on considère la « Russie européenne » et la « Russie asiatique » séparées par la chaîne de l’Oural, qui s’étire sur 2.000 km du nord au sud et culmine à moins de 2.000 m.

A l’ouest de la chaîne de l’Oural, la plaine de Russie, altitude moyenne 180 m, à l’est de l’Oural, la plaine de Sibérie occidentale, puis en poursuivant vers l’est le plateau de la Sibérie centrale, et vers l’extrême est les régions montagneuses et l’océan Pacifique, les mers de Béring et d’Okhotsk, au nord l’Océan glacial Arctique.

Le relief de la Russie est peu marqué excepté au sud du territoire et à l’est de la Sibérie, quoique les montagnes en occupent près du tiers. Mais dans l’ensemble, il offre d'immenses étendues planes. L'Oural' est le seul massif montagneux qui ne soit pas situé sur les marges du pays, mais son relief est particulièrement doux avec des cols situés à quelques centaines de mètres d'altitude. La Sibérie centrale constitue un vaste plateau parcouru par de grands fleuves qui coulent vers le nord.

Les principaux massifs montagneux se situent sur la bordure Sud de la Russie européenne (Caucase, Mont Elbrouz 5.642 m, point culminant de la Russie … et de l’Europe) ou dans les régions désertiques de la Sibérie orientale, la plus étendue.

Quoique les précipitations sur les grandes plaines au climat continental soient en général inférieures à celles des régions européennes atlantiques, les plus grands fleuves et lacs d’Europe se trouvent en Russie : la Volga et les lacs Ladoga et Onega. Cette situation résulte de l’étendue des bassins fluviaux qui collectent les eaux sur des superficies immenses (1,4 millions de km2, presque trois fois la superficie de la France rien que pour le bassin fluvial de la Volga …).

 Les terres arables ne constituent qu'une faible partie du territoire (évaluée à moins de 10%) du fait du froid, de l'aridité relative et de la qualité des sols. La majeure partie est constituée au nord des sols nus de la toundra (12 à 15% de la superficie totale) et plus au sud des forêts de la taïga (45% de la superficie totale).

Du fait de sa structure et de ses caractéristiques géographiques, la population de la Russie d’environ 147 millions d’habitants en 2019 se répartit aux trois quarts en Russie occidentale et pour le reste en Sibérie. En outre, cette population peut être considérée comme en déclin eu égard au taux de fécondité de 1,75 enfant par femme (à titre de comparaison, 1,96 pour la France, 1,8 pour les Etats-Unis, 1,65 pour la Finlande, 1,5 pour l’Allemagne, … mais 3,1 pour Israël ou 6,1 enfants par femme pour le Niger).

En dépit des différentes « saignées » – guerres civiles, famines, déportations, guerres mondiales – cette population a crû entre la fin du XIXème et du XXème siècles, puis a marqué à partir des années 1990 un déclin que certains rapprochent de l’effondrement politique de l’URSS, avec une baisse brutale constatée de la natalité.

Comme presque partout dans le monde, la population rurale diminue au profit de grandes concentrations urbaines, et la Russie n’échappe pas à cette tendance.

La plupart des grandes villes se trouvent à l’ouest du pays avec une densité de population de l’ordre de 27 habitants au km2, alors que la Sibérie se caractérise par une densité de population de l’ordre de 3 habitants au km2, pratiquement un désert, 40 millions d’habitants tout de même, mais répartis sur 13 millions de km2 !

Ainsi, les grandes villes de la Russie occidentale concentrent ou drainent la population : Moscou entre 15 et 20 millions d’habitants, Saint-Pétersbourg (ex-Leningrad) avec 5 ou 6 millions d’habitants, Nijni-Novgorod avec 1,27 million d’habitants, Samara avec 1,17 million d’habitants, Volgograd (ex-Stalingrad) 1,12 million, etc.

Fin 1991, l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) s’effondre politiquement et se délite pour laisser place à une quinzaine d’États indépendants, dont la fédération de Russie.

La Russie – avec l’enclave de Kaliningrad à l’extrême ouest – compte les trois quarts du territoire de l’ancienne URSS, plus de la moitié de sa population, des deux tiers de son industrie et la moitié de sa production agricole. En partant de l’ouest de la Russie et en tournant dans le sens des aiguilles d’une montre, le pays compte désormais environ 20.000 km de frontières terrestres avec les États suivants : l’Ukraine (Kiev), la Biélorussie (Minsk) – la Lituanie (Vilnius) et la Pologne (Varsovie) avec l’enclave de Kaliningrad en Prusse orientale – la Lettonie (Riga), l’Estonie (Talin), la Finlande (Helsinki), la Norvège (Oslo), la Corée du Nord (Pyongyang), la Chine (Pékin), la Mongolie (Oulan-Bator), l'Azerbaïdjan (Bakou) et la Géorgie (Tbilissi) … et près de 40.000 km de frontières maritimes !

Ce pays avec son immense territoire dispose de richesses naturelles considérables dont une partie seulement est exploitée : ainsi entre autres exemples, la Russie s’impose comme le premier producteur de gaz naturel au monde. Et cette situation « privilégiée » ne peut que susciter des convoitises, aiguisées par l’effondrement de l’URSS et la puissance du système capitaliste pour le moment. Deux zones font l’objet d’une attention particulière.

Mer CaspienneLes pays riverains, Russie, Kazakhstan, Turkménistan, Iran et Azerbaïdjan, ont fini par signer une convention (en août 2018) pour donner à la mer Caspienne un statut dont elle était privée depuis la fin de l'Union soviétique : la Caspienne bénéficiera jusqu’à nouvel ordre d'un «statut légal spécial» qui ne la définit ni comme une mer, ni comme un lac, lesquels ont des législations bien établies en droit international.

L'accord est censé préserver la plus grande partie de la Caspienne en tant que « zone commune », mais les fonds marins et les ressources sous-marines entre les cinq pays ont été partagées.

Les mers du grand Nord (Mer de Barents, Mer de Kara, Mer de Laptev, Mer de Sibérie orientale, Mer des Tchouktches, Mer de Béring, etc.) font également l’objet de grands projets. A l’occasion du Forum Arctique à Saint-Pétersbourg (en avril 2019), la Russie a présenté un programme très ambitieux de développement de ports et d’infrastructures le long de la nouvCarte politique Russieelle « route maritime du Nord »

Cette région polaire présente plus que jamais un caractère stratégique, riche de ressources naturelles mais aussi écologiquement fragile et jusqu’ici relativement préservée, rendue plus accessible par le changement climatique en cours (ré
chauffement deux fois plus rapide au pôle Nord qu’ailleurs).

La route maritime du Nord, encore incertaine avec une glaciation toujours significative à ce jour, longe les côtes septentrionales de la Sibérie et rejoint le détroit de Béring. La Russie entend bien en profiter pour exploiter ses énormes richesses locales en pétrole et en gaz, le système économique russe étant fondé sur sa rente pétrolière, avec des ressources d’hydrocarbures, exploitées dans le sud-ouest de son territoire depuis l’ère soviétique qui se tarissent petit à petit ou du moins perdent en rendement. La route du Nord permettrait notamment de raccourcir les liaisons avec l’Extrême-Orient dans des proportions très prometteuses, mais au prix d’une vraie menace sur l’écologie et la préservation de la zone …

En termes de géostratégie, la Russie et la Biélorussie ont fondé en 1991 la Communauté des États indépendants (CEI) qui rassemble aujourd’hui l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizstan, la Moldavie, l’Ouzbékistan, ex-républiques soviétiques, la Géorgie ayant quitté le CEI en 2008 à la suite de la guerre d’Ossétie du Sud, de même que l’Ukraine en 2018 après sa révolution en 2014 et « l’annexion » ou le « rattachement » de la Crimée à la Russie. Cependant, la CEI se trouve dépourvue de personnalité juridique et n’est donc pas reconnue comme une organisation internationale, au sens juridique, encore moins comme une organisation de défense.

Frontiere Russie

Carte politique de la Russie (source Internet)

La Russie reste néanmoins une grande puissance à l’échelle mondiale, membre permanente du Conseil de Sécurité (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie) de l’Organisation des Nations-Unies. 

Outre l’antagonisme idéologique historique entre le système socialiste russe – actuellement en transition accélérée vers l’économie de marché – et le modèle capitaliste libéral américain, outre la compétition en termes de leadership avec la Chine voisine et les États-Unis, la Russie doit faire face à nombre de « menaces » potentielles ou avérées, de l’intérieur avec les divers mouvements séparatistes ou indépendantistes au sein même de la Russie actuelle, également de l’extérieur avec les rivalités, voire les différends territoriaux aussi bien à l'Ouest, qu’en Asie Mineure, au Japon, en Mongolie ou en Chine.

En particulier, la Russie veille à conserver au sud-ouest du pays un accès à la Méditerranée, au nord-ouest un accès à l'océan Atlantique, et doit régler à l'est les litiges territoriaux avec le Japon, anticiper au nord les tensions grandissantes liées aux richesses de l’Arctique et à l’ouverture probable de routes maritimes nouvelles si le réchauffement climatique se poursuit. De plus, la Russie doit faire face à l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et au déploiement de bases de cette organisation en Europe – dans les ex-pays de l’Est européen – et plus généralement à la « ceinture » des bases américaines issues de la politique de « containment » de la Guerre froide et installées en Asie du sud-est, dans les océans Indien et Pacifique.

Larmée russe actuelle, formée en 1992 après la dissolution de l’URSS, succède à l’Armée rouge qui fut l'Armée soviétique de 1922 à 1991 ; elle reste une armée de premier plan à l’échelle mondiale.  Actuellement forte de plus d’un million d’hommes d’active et de de plus de deux millions d’hommes de réserve, la Russie s’affiche comme une grande puissance militaire, de surcroît puissance nucléaire majeure, officiellement reconnue comme telle par le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Elle a hérité de l’armement et de l’équipement de l’armée soviétique située sur le territoire russe, ainsi que de la totalité de l’arsenal nucléaire soviétique qui lui a été transféré par la Biélorussie, le Kazakhstan et l’Ukraine.

Ces éléments géopolitiques expliquent en partie la ferveur patriotique des Russes, la place, voire l’omniprésence des militaires dans la société. Le Président Vladimir Poutine est lui-même un ancien du KGB et par ailleurs, les Russes – Soviétiques à l’époque – sont ceux qui ont payé le plus lourd tribut en victimes – au moins 25 millions – et subi d’immenses destructions sur leur sol au cours de la Grande guerre patriotique (1941-1945).  

Ceci explique sans doute également l’importance accordée par les Russes à la cérémonie à laquelle notre groupe a participé à Moscou à l’occasion de ce voyage, en hommage aux disparus russes et français du « Régiment Normandie-Niémen » qui s’illustra entre 1943 et 1945 en terre russe.

La Russie est aujourd’hui une République fédérale. Le chef de l’État, président de la République, est élu au suffrage universel direct pour un mandat de 6 ans renouvelable en principe une seule fois consécutive, et en principe à l’issue d’élections libres ...

Selon la Constitution du pays, la fédération de Russie est composée de Républiques, de territoires, de régions, de villes d'importance fédérale, d'une région autonome et de districts autonomes, sujets égaux en droits, de la fédération de Russie.

ArmesLe pouvoir législatif est représenté par l'Assemblée fédérale composée de :

La « Douma » – ou chambre basse du parlement russe – assemblée de 450 « députés » élus au suffrage universel direct pour 5 ans ;

Le Conseil de la Fédération – ou chambre haute du parlement russe – formé de 170 « sénateurs » représentants les 85 collectivités locales (oblasts), ou Sujets de la Fédération, à raison de deux délégués chacun au Conseil de la Fédération.

La question de la démocratie posée par les Occidentaux n’appelle pas de réponse simple et définitive. Les institutions telles qu’elles existent aujourd’hui en Russie présentent les apparences sinon les caractéristiques d’un État de droit, mais il est difficile d’en évaluer le fonctionnement « démocratique » dans un contexte où le système de promotion des élites et d'accès aux médias a été largement contrôlé pendant des décennies. Ainsi la Russie ne serait ni une démocratie, ni une dictature, mais un régime situé entre ces deux « extrêmes ».

Toutefois, au cours de discussions informelles, de l’avis des différentes personnes qui ont été nos guides lors des étapes successives de ce voyage et qui nous ont présenté leur pays– non sans une certaine fierté – la vie politique en Russie aujourd’hui apparaîtrait « presque » aussi libre qu’en Occident ! … où, selon eux, la prétendue démocratie vire de plus en plus à l’ochlocratie !

REPÈRES HISTORIQUES SIMPLIFIÉS

La « Rus’ de Kiev » (à partir du IXème siècle)

Le premier Etat organisé à s’être formé dans les régions aujourd’hui occupées par la Russie occidentale, la Biélorussie et l’Ukraine, fut la Principauté de Kiev à la fin du IXème siècle. Elle fut fondée par des Vikings venus de Scandinavie et les tribus slaves autochtones furent progressivement conquises et « assimilées ». Les princes de Kiev développèrent le commerce entre la Mer Baltique au nord et la Mer Noire au sud, la principale voie de communication à cette époque étant le fleuve Dniepr. Le territoire occupé s’accroît et atteint son apogée sous le règne de Vladimir, qui, converti au christianisme orthodoxe, deviendra après une lutte fratricide le « Grand-prince de toute la Russie kiévienne » à la fin du Xème siècle. A la mort de Vladimir, les partages successoraux de la Principauté conduiront à une désagrégation du territoire en une quinzaine de principautés, dont la grande-principauté de Moscou vers la fin du XIIIème siècle. Tous ces princes ont la propriété de la terre et sont bientôt entourés d’une noblesse ou quasi-féodalité, les boyards. 

L’ensemble de cette région, anciennement nommée la « Rus’ de Kiev », subit des invasions de toutes parts, à l’ouest par les Chevaliers Teutoniques revenus de Terre Sainte qui cherchent à étendre leur territoire depuis la Prusse orientale actuelle, à l’est par les nomades Tataro-Mongols venus d’Extrême-Orient. Si les Chevaliers teutoniques sont contenus à l’ouest, les principautés seront conquises les unes après les autres et leurs populations massacrées ou réduite à l’esclavage par les Mongols. Ceux-ci n’occuperont pas les territoires dévastés mais feront des princes russes des vassaux de l’Etat qu’ils fonderont au sud de la Volga, connu sous le nom de la « Horde d’or », laquelle régnera trois siècles durant. Les Mongols tatars ont profondément marqué la Russie, ethniquement avec l'installation de peuples turcophones, culturellement avec l'islamisation des peuples de l'Est de Moscou, militairement avec l’apport de la cavalerie légère.

La Principauté de Moscovie et la dynastie des Riourikides (852-1598)

 Du XIIIème au XVIème siècle, l’une de ces principautés, la Moscovie, annexera progressivement toutes les autres pour devenir la Russie. Le prince Dimitri Ier de Russie vainc une première fois les Mongols à la bataille de Koulikovo – ou bataille du « champ des bécasses » – sur le fleuve Don en 1380, et cette victoire est considéré symbolique de l'unification des terres russes, point de départ de l'unification de la Nation russe. Toutefois, l'unification se heurte aux rivalités et à la tradition de partage des territoires entre les différents fils du prince et la guerre civile éclate entre 1425 et 1453. Et c’est Ivan III qui libère finalement la Moscovie du joug des Mongols, puis absorbe les principales principautés russes encore indépendantes dont les principautés de Novgorod (1478) et de Tver (1485), respectivement à l’est et au nord-ouest de Moscou. Il prend le titre de « souverain de toute la Rus' », et reconstitue tout l'héritage de Vladimir. Sous le règne d’Ivan III, puis de son fils Vassili III, la Principauté de Moscovie poursuit l'extension territoriale en annexant la cité-État de Pskov, puis la Principauté de Riazan ainsi que Smolensk au début du XVIème siècle.

IvanIvan IV Vassiliévitch, surnommé Ivan le Terrible (1530-1584), premier prince à se faire désigner sous le titre de tsar, perd l’accès à la mer Baltique face à une coalition constituée de l’Empire suédois, de la Pologne et la Lituanie, mais parachève ses conquêtes intérieures en s’emparant des principaux khanats encore sous domination mongole. Ivan le Terrible se considère alors comme « l'héritier » de Vladimir, bien qu'il ne possède plus la ville de Kiev alors aux mains des Lituaniens. A cette époque commence la colonisation de l’est du vaste bassin de la Volga et de l’Oural par les paysans russes, les Cosaques, qui s’installent aux marges de la Russie d’alors et s’organisent en « armée » : ils sont à la fois des pionniers de la « conquête de l’Est » et des gardes-frontières.

            Ivan le Terrible

Cette dernière étape du développement de la Moscovie unifiée, commencée au XVIème siècle s'achèvera au XVIIème siècle avec la fin de la dynastie des Riourikides, depuis Riourik qui régna à partir de 862 à la mort du tsar Fédor Ier, mort en 1598. S’ensuit une période une période d'une quinzaine d'années, au début du XVIIème siècle, pendant lesquelles les intrigues et les rivalités des prétendants au trône se déchaînent, suscitant les convoitises étrangères et mettant en péril l'existence même de l'État russe : c’est le « Temps des troubles », qui s'étend de la fin du règne de Fédor Ier, dernier représentant de la dynastie des Riourikides en 1598 à l'avènement de Michel Ier Romanov en 1613, fondateur de la dynastie des Romanov, dont les descendants ont régné jusqu'à la révolution de 1917.

La dynastie des Romanov (1613-1917)

Dans cette nouvelle dynastie, plusieurs brillants souverains vont accroître la taille de l’Empire russe aux XVIIème et XVIIIème siècles avec l’aide des Cosaques vers l’est, et de Pierre Ier au nord – plus connu sous le nom de Pierre le Grand (1682–1725) – qui au prix d’une longue guerre avec la Suède obtiendra un accès à la mer Baltique.

Il décide alors en 1703 de faire construire une nouvelle ville, Saint-Pétersbourg, qui deviendra en 1712 la capitale de la Russie, « tournée vers l’Europe », puis de la Russie impériale.

Il développera également une puissante industrie, notamment dans la métallurgie, à l’appui de l’effort de DynastiedesRomanovguerre. Dans la lignée des descendants de Pierre le Grand, c’est sous le règne de Catherine II de Russie (1762-1796), une « autocrate » éclairée, que l’empire s’étendra encore vers le sud avec la conquête de la Crimée et des steppes situées au bord de la Mer Noire, au détriment de l’empire ottoman.  Ainsi, les actuelles Ukraine et Biélorussie – la Russie Blanche – sont devenues des territoires russes. L’empire s’agrandit encore vers l’ouest avec les partages de la Pologne, et durant toute cette période, vers l’est, les Cosaques investissent toute la Sibérie et atteignent l’Océan Pacifique en 1640, le détroit de Béring et l’Alaska un siècle plus tard.

Pierre le Grand puis Catherine II font venir un grand nombre d’artisans, de savants et d’artistes « occidentaux » pour industrialiser et moderniser le pays, ouvrir des établissements d’enseignement et de diffusion du savoir, développer l’activité artistique. Ces étrangers sont pour l’essentiel des Allemands, Italiens et Français. La noblesse russe « s’occidentalise » ainsi, en particulier sous l’influence de la philosophie allemande et de la langue française.

La Russie devient une grande puissance européenne, impliquée dans les principaux conflits qui déchirent l’Europe des XVIIIème et XIXème siècles, notamment la guerre de Sept Ans, considérée comme une première guerre de dimension mondiale, et naturellement les guerres napoléoniennes.

Alexandre Ier participe à deux des 7 coalitions (3ème et 4ème) contre Napoléon Ier, et après de lourdes défaites (Austerlitz, Eylau, Friedland), signe les traités de Tilsit, puis reprend les hostilités à la tête de la 6ème coalition après la retraite de Russie (Bérézina, Leipzig) et participe à la dernière (Waterloo). En 1812, Napoléon occupe le Kremlin quelques semaines, mais en 1813-1814, après la retraite de Russie, les armées des coalisés, dont les Russes, occupent la France et entrent dans Paris : les Suédois, qui participent à la coalition, sont sous les ordres du prince héritier de Suède, qui n’est autre que l’ex-maréchal français Bernadotte, époux de … la marseillaise Désirée Clary ! … mais ils n’entrent pas sur le territoire français.

L’empire russe et Alexandre Ier en particulier joueront un rôle majeur dans l’époque post-napoléonienne, notamment au congrès de Vienne en 1814, où les représentants diplomatiques des grandes puissances européennes sont réunis pour rédiger et signer les conditions de la paix, déterminer les frontières et tenter d'établir un nouvel ordre « pacifique » en Europe. En 1815, la Sainte Alliance rassemble les monarchies européennes victorieuses de l'Empire napoléonien, héritier de la France révolutionnaire, dans le but de maintenir la paix et de se protéger mutuellement d'éventuelles révolutions sur le modèle français.

Les prémisses d’une révolution

L’Empire russe poursuit, sous le règne d’Alexandre Ier et de ses successeurs, son expansion dans le Caucase, vers les bouches du Danube puis vers l’Asie centrale (Kazakhstan, Ouzbékistan actuels, etc.). Mais dans le même temps, la société russe connaît de rudes épreuves : de nombreuses jacqueries contre l’aristocratie terrienne endettée, et attachée de ce fait au système du servage, ont lieu durant cette période si bien que l’industrie connaît un développement mitigé par rapport à celles de l’Angleterre ou de l’Allemagne. Des réformes structurelles sont ordonnées par le tsar Alexandre II, avec comme mesure « phare » l'abolition du servage en 1861, qui prévoit l’attribution à l’ancien serf d’une terre au prix d’un endettement à long terme vis-à-vis de l’État, et l’introduction d’une justice théoriquement indépendante du pouvoir grâce à l’institution de procédures d’accusation et de défense, mais qui ne répondent pas suffisamment aux attentes de justice du peuple. Dans cette période, les anarchistes russes organisent des complots qui aboutiront à l’assassinat du tsar Alexandre II en 1881, auquel succèdent Alexandre III puis le tsar Nicolas II. Les affaires européennes sont alors très compliquées et la Russie continue d’accroître son aire d’influence, et finit par se heurter vers l’est à l’impérialisme japonais : elle entre en conflit armé avec le Japon.

La Révolution de 1905

La guerre russo-japonaise se termine par une défaite totale de la Russie lors de la bataille navale dans le détroit de Tsushima entre la Corée et le Japon en 1905. Cette défaite militaire affaiblit le pouvoir et le prestige du tsar et contribue ainsi au soulèvement généralisé de la population contre le régime impérial. Le tsar est sauvé par la loyauté de l’Armée, mais le rapport des forces entre la population et le régime impérial évolue vers la grève générale. La célèbre mutinerie du cuirassé Potemkine, mise au cinéma par Eisenstein en reste le symbole le plus connu. La Première guerre mondiale entraînera la Russie dans des opérations militaires contre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie, puis en Pologne où les troupes russes seront sévèrement battues. Le coût de la guerre, les pertes humaines, la défaite et la défiance vis-à-vis du tsar viendront s’ajouter aux frustrations et rancœurs accumulées depuis la révolution de 1905 et conduiront le tsar Nicolas II à l’abdication, malgré « l’aide » que lui apporte le fameux Raspoutine, sorte de mage dont le rôle et l’influence restent obscurs.

La Révolution de 1917 et l’avènement de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques

Le Parti ouvrier social-démocrate de Russie, sous la direction de Lénine, comportait en 1903 deux factions bien distinctes, les bolcheviks majoritaires au sein de ce parti, devenu ensuite parti indépendant en 1912, et les mencheviks, minoritaires.

Les bolcheviks menés par Lénine prônaient l'organisation d'un parti de cadres, formé de révolutionnaires professionnels, par opposition à la conception des mencheviks autour de Martov, se réclamant lui aussi du marxisme et qui préconisaient un parti de masse, où l'adhésion était ouverte au plus grand nombre. En 1914, la Russie entre en guerre contre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie pour venir en aide à la Serbie, son alliée ; l’Empire russe déclenche une offensive en Pologne orientale mais connaît une série de défaites sévères, si bien que les troupes russes doivent abandonner la Pologne. Dès le début de 1917 éclatent des mouvements sociaux, suscités par le poids de la guerre sur l’économie, les pertes aggravées par une stratégie défensive inefficace sur le front, l’instabilité des dirigeants et la défiance vis-à-vis du tsar. Les conditions de la révolution se mettent progressivement en place. Les opérations militaires, aux prix de grands sacrifices, mobilisent toutes les ressources du pays et malgré l'insuffisance de l'armement, la faiblesse du commandement et les désastres militaires qui se soldent par des pertes considérables, ce n'est pas le front russe qui s'effondre : c'est l'arrière et la société civile qui ne tiennent plus. Dans des conditions de guerre, la désorganisation des transports perturbe le ravitaillement du front et de l'arrière, notamment dans les centres urbains où l'afflux des réfugiés accroît la précarité de l'approvisionnement, alors que les campagnes sont touchées par la mobilisation massive d'hommes pour l'Armée et plus encore par les réquisitions de vivres. Mais le régime prérévolutionnaire n'est pas capable de gouverner en temps de guerre. Aussi, partout dans l'Empire s'organisent des comités qui prennent en charge la gestion du quotidien que le pouvoir qui s'estompe, de plus en plus désorganisé, n’est plus en mesure d’assurer. De fait, pour la Russie et son souverain Nicolas II, cette évolution constitue à ce moment « charnière » une chance, un répit, qui peut-être aurait permis de reprendre en main la situation prérévolutionnaire. En réalité, la société fait l'apprentissage d'un système « démocratique », mais ni le tsar, ni les partis politiques ne vont profiter de cette révolution non encore aboutie ; les protestations au sein de la Douma et les mouvements ouvriers s'intensifient dans la capitale, Petrograd (Saint-Pétersbourg), et les premiers tracts bolcheviks qui invitent l'Armée à renverser le gouvernement sont distribués.

Le Tsar est contraint d’abdiquer : c’est la première révolution, celle de Février 1917. La Russie est dirigée par un gouvernement provisoire présidé par Alexandre Kerenski et ne deviendra une république qu’en septembre de la même année. Ce gouvernement poursuit la guerre tout en essayant de procéder aux réformes attendues par le peuple ; mais la poursuite de la guerre est mal acceptée, et l’impopularité de cette décision est exploitée par le parti des bolcheviks, qui, à Petrograd (Saint-Pétersbourg), alors capitale de la Russie, finit en octobre 1917, par renverser par les armes le gouvernement provisoire sur les mots d’ordre de « la paix immédiate » et « la terre aux paysans ».

C’est la seconde révolution, la révolution d’Octobre : les bolcheviks prennent le pouvoir dans le cadre de la République socialiste fédérative soviétique de Russie, en octobre 1917, au nom des soviets, dont celui de Petrograd (les soviets sont des conseils d'ouvriers, de ruraux et de soldats acquis aux idées progressistes dans l'Empire russe).

En 1918, le Parti bolchevique est renommé Parti communiste, qui deviendra le « Parti communiste de l'Union soviétique (bolchevik) » après l’instauration de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) à partir de 1922 et jusqu’en 1952, date à laquelle la référence au bolchevisme sera « oubliée » et le parti prendra le nom de « Parti communiste de l'Union soviétique », sous l’acronyme PCUS, bien évidemment sans rapport avec les Etats-Unis pour le US de « United States ». 

NB : Le calendrier julien retarde de 13 jours sur le calendrier grégorien, adopté en Russie (sauf par l’Eglise orthodoxe) le 1er octobre 1918 ; la révolution de Février a donc eu lieu en mars 1917, et la révolution d’Octobre en novembre 1917, mais on a conservé les dates historiques.

Une fois la paix signée avec les Allemands – à Brest-Litovsk, en Biélorussie actuelle – au prix d’importantes concessions territoriales, la paix militaire laisse place à la guerre civile qui va opposer, trois années durant, républicains ou monarchistes soutenus par les puissances d’Europe occidentale, les « Russes blancs », aux bolcheviks, les « Rouges ». Ce sont finalement les bolcheviks qui prendront le dessus et qui instaureront l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) en décembre 1922, dont la Russie devient une des Républiques. Les autorités poursuivent l’industrialisation, déjà bien entamée avant 1914 : selon la phrase de Lénine, « le communisme, c'est le gouvernement des Soviets plus l’électrification de tout le pays ».

Nicolas II, la dynastie des Romanov, la fin du régime impérial

NicolasIILe peuple attend de la part de Nicolas II des mesures concrètes pour sauver l’Empire, rétablir l’ordre et connaître une situation économique moins catastrophique. Mais ni l’aristocratie ni la bourgeoisie n’ont pris réellement la mesure de la situation.

Le mois de février 1917 sera fatal au régime tsariste. Sur fond de crise économique et devant une situation de désordre et de contestation, Nicolas II ordonne le 25 février de faire cesser par la force les désordres à Petrograd, sans négociations et sans concessions à la population. Deux jours plus tard, la garnison de 150.000 hommes rejoint le mouvement des insurgés et l'État-major fait pression sur le tsar pour que, à la surprise générale, celui-ci abdique afin… de sauver l'indépendance du pays et assurer la sauvegarde de la dynastie !

Après avoir été lâché ou trahi par ses principaux soutiens, Nicolas II finit par abdiquer en faveur de son fils Alexis, le jeune tsarévitch âgé de douze ans mais malade et trop fragile, puis de son frère Michel Alexandrovitch, grand-duc de Russie, membre de la dynastie des Romanov, héritier présomptif du trône de 1899 à 1904, pendant la période où son frère le tsar Nicolas II n'avait pas encore eu d'héritier mâle.

Général de division de l'armée impériale de Russie pendant la Première Guerre mondiale, Michel Alexandrovitch aura été tsar 24 heures durant, du 15 au 16 mars 1917, sous le nom de Michel II. Il préfère renoncer au trône, le soviet de Petrograd qui venait d'être formé s'opposant fortement à cette accession au pouvoir et souhaitant en réalité la fin du régime impérial et la proclamation d’une république.

Cet événement marque effectivement la fin du régime impérial en Russie, et la fin de la dynastie des Romanov.

Nicolas II et sa famille seront exilés à Tobolsk (en Sibérie occidentale) fin juillet 1917 puis à Ekaterinbourg dans l’Oural où il sera assassiné sans procès – contrairement à Louis XVI en France – le 15 juillet 1918 par Iourovski, un révolutionnaire et une douzaine de ses hommes de mains. Nicolas II, sa femme, son fils, ses quatre filles, le médecin de la famille, une femme de chambre, un valet et le cuisinier de la famille furent détroussés, volés, puis abattus, massacrés et jetés dans un puits de mine à proximité, dans des conditions FamilleNicolasIIdignes d’un crime crapuleux.

Les corps de la famille impériale ont été retrouvés et exhumés en 1990, et le 17 juillet 1998, Nicolas II est inhumé avec sa famille – sauf les deux corps non retrouvés, brûlés à l’époque des faits – dans la cathédrale

Pierre-et-Paul à Saint-Pétersbourg, soixante-dix ans jour pour jour après sa disparition tragique.

L’époque moderne, post Première guerre mondiale jusqu’à nos jours

L’époque moderne nous est en général plus familière, avec l’avènement de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) fin 1922 sous Lénine, la Seconde guerre mondiale et le début de la Guerre froide avec Staline.

Viennent ensuite une série de dirigeants et hommes politiques de moindres envergures : Nikita Khrouchtchev (1953-1964), Léonid Brejnev (1964-1982), Iouri Andropov (1982-1984), Konstantin Tchernenko (1984-1985) et Mikhaïl Gorbatchev (1985-1991).

Mikhaïl Gorbatchev restera évidemment à la postérité dans la mesure où son nom est attaché à la chute du Mur de Berlin, symbolique, à l’effondrement de l’URSS, du « bloc Soviétique » et la disparition du Pacte de Varsovie, à la fin d’un monde « bipolaire », la fin du communisme et l’avènement d’une époque nouvelle dominée par l’Amérique et l’idéologie capitaliste libérale.

Viennent ensuite Boris Eltsine puis Vladimir Poutine, actuel chef de l’Etat russe. Mais dans cette fresque, deux personnages remarquables – au plan historique – émergent dans la première moitié du XXème siècle : Lénine (1870-1924) et Staline (1898, 1952), dans l’ordre chronologique.

 LelineLenine, de son vrai nom Vladimir Oulianov, fut un des plus « grands » révolutionnaires de la Russie à la fin du règne des tsars, théoricien politique puis homme d’Etat russe.

Vladimir Ilitch Lénine (1870-1924)

Il est né en 1870 et a vécu 54 ans. Membre du Parti ouvrier social-démocrate de Russie, une organisation politique marxiste révolutionnaire russe fondée à la fin du XIXème siècle, il en deviendra l’un des principaux dirigeants à la tête du courant bolchevik, le courant dominant après la scission de ce parti en deux factions. Après 1917 et l'effondrement du tsarismeles bolcheviks s'emparent finalement du pouvoir en Russie. Lénine fonde en 1919 l'Internationale communiste et provoque à nouveau une scission, cette fois-ci à l'échelle mondiale, parmi les courants se réclamant du socialisme, pour donner naissance au mouvement communiste. 

La prise du pouvoir par Lénine donne naissance à la Russie soviétique, premier « régime communiste » de l'histoire, autour de laquelle se constitue ensuite l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), union au sein de laquelle il instaure le régime du « parti unique ». Il a pour ambition de propager ses idées en URSS et dans le monde entier.

En 1923, Lénine est malade et sera écarté du pouvoir. Il meurt en 1924 et laisse après lui une œuvre écrite considérable, qui après sa mort sera synthétisée au sein d'un corpus doctrinal baptisé « léninisme ».  La lutte pour sa succession verra émerger un autre homme politique remarquable, au sens de l’Histoire, Staline.

Pour rester simple, le communisme peut se définir comme un ensemble de doctrines politiques issues pour la plupart du marxisme, visant à l'instauration d’une forme d'organisation sociale sans classes sociales, sans « État » et sans monnaie, où idéalement les biens matériels seraient partagés en fonction des besoins de chacun. Cette vision de la société s’oppose évidemment au capitalisme, système politique et économique fondé sur la propriété privée, notamment des moyens de production, le libre échange économique, la libre concurrence et la libre exploitation de la force de travail au profit d’intérêts privés.

Immédiatement après la mort de Lénine, le Politburo ordonne que son corps soit mis dans la glace, en attendant de trouver le meilleur moyen de le conserver. Le corps sera finalement embaumé et exposé publiquement dans un mausolée sur la Place Rouge à Moscou, dont une esquisse est présentée ci-après.

Le Mausolée de Lénine, Place Rouge (esquisse Elisabeth Lalle, membre ANACLE )

 Joseph Staline, d’origine géorgienne, république du sud de l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), est un révolutionnaire bolchevick et homme d’Etat qui a dirigé l’URSS de la fin des années 1920 jusqu’à sa mort en 1953. Les historiens attribuent généralement à Staline un régime de dictature absolue durant ses années de pouvoir et la responsabilité directe ou indirecte de la mort de plusieurs millions de personnes, éliminées ou déportées dans des camps de travail forcé.                           Staline

Sa carrière politique débute au sein du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR), auquel il adhère en 1898 et pour lequel il milite.

Joseph Staline (1878-1953)

Son influence se confirme pendant la guerre civile russe, période durant laquelle son ascension politique le mène en 1922 au poste de secrétaire général du Comité central du Parti communiste. Mais c’est surtout après la disparition de Lénine que Staline entreprend la conquête du pouvoir, en manœuvrant habilement de sorte que ses rivaux et opposants soient évincés un à un des instances dirigeantes, avec l’aide de l’appareil policier. Il s’agit essentiellement du Commissariat du peuple aux Affaires intérieures (NKVD), dans les faits une police politique au service du pouvoir et du goulag, l’organisme central gérant les camps de travail forcé. Les méthodes employées par cette police politique, dissimulations, manipulations, propagande, procès truqués, terreur, avec le soutien ou une « neutralité bienveillante » de la classe dirigeante, ainsi que la personnalité de Joseph Staline transforment l’Etat russe en un Etat totalitaire, une dictature centrée sur le culte du dirigeant.

Au plan économique et social, le régime procède à la nationalisation intégrale des terres et la liquidation des « ennemis du peuple », notamment les « koulaks » – les fermiers possédants exploitant le peuple – ainsi qu’à l’industrialisation du pays à marche forcée, dans un système économique centralisé et planifié laissant peu de marge à l’échelon local, avec un succès mitigé.

Aux plans diplomatique et militaire, dans la montée des tensions précédant la Deuxième guerre mondiale, Staline se montre un négociateur et un chef politique et militaire hors pair, de stature internationale. En 1936, après la remilitarisation de la Rhénanie par Hitler, le rétablissement de la conscription obligatoire en Allemagne en violation du Traité de Versailles de 1919, après « l’Anchluss » en 1938, puis l’annexion des Sudètes, les services secrets russes savent que le tour de l’URSS viendra inéluctablement. C’est alors que Staline se « rapproche » d’Hitler pour signer le fameux « Pacte germano-soviétique ». Mais contrairement à ce qui est souvent affirmé, il ne s’agit pas d’une alliance entre dictateurs, entre l’URSS et le régime nazi, d’une proximité idéologique entre régimes extrêmes pour une domination et un partage du monde, mais d’un « accord » de bon sens. Pour Staline, il s’agit de gagner du temps, car aux premiers jours de la Seconde guerre mondiale, le régime soviétique n’est pas militairement prêt à affronter l’Allemagne nazie à l’apogée de sa puissance. Pour Hitler, qui dans ses plans d’extension territoriale du IIIème Reich souhaite dans toute la mesure du possible éviter d’avoir à mener la guerre sur deux fronts, Ouest et Est simultanément, il faut obtenir que les soviétiques n’entrent pas dans le conflit, au moins dans un premier temps.

Staline, bien renseigné, a vu la faiblesse de la France et de l’Angleterre à l’occasion des accords de Munich – auxquels d’ailleurs il ne fut pas convié – et sait bien que dans la théorie nazie, le Reich a prévu une extension à l’Est : il ne s’agit même pas d’un secret puisque Hitler a affirmé son dessein dans Mein Kampf : « Nous devons […] tourner notre regard vers les terres de l’Est. […] C’est l’épée qui donnera le sol à la charrue allemande » y est-il annoncé. C’est le fameux « lebensraum ».

Le pacte germano-soviétique est officiellement signé une semaine avant ce qui est considéré comme le début des hostilités en Europe – l’entrée en guerre de la France et de l’Angleterre en septembre 1939 – mais ne constitue pas vraiment une surprise.

En dépit de ce pacte, l’opération Barbarossa d’invasion de l’URSS par les armées d’Hitler débutera le 21 juin 1941, un an jour pour jour après la défaite française et la signature de l’armistice par Pétain le 22 juin 1940, donc avec un front ouest en principe stabilisé. Après des débuts prometteurs, les armées allemandes – au total près de 4 millions d’hommes, sans compter un armement moderne et des moyens matériels considérables – échoueront, à Leningrad, à Moscou et notamment à Stalingrad fin 1942, puis à Koursk à l’été 1943, autant de revers et de défaites qui constitueront le tournant majeur de la Seconde guerre mondiale.

Staline a su manœuvrer, au prix de grands sacrifices humains, civils et militaires avec largement plus de vingt millions de victimes, pour épuiser l’envahisseur : de 1941 à 1945, 80 % des pertes de la Wehrmacht sont subies sur le front russe. Et par là même, faciliteront la conception et le déroulement des opérations ultérieures de débarquement de Normandie et de Provence à l’été 1944. Et pour finir, les soviétiques et Staline se présenteront finalement en position de force à la fin du conflit, notamment dans les négociations à Yalta avant la fin des hostilités en mai 1945.

Après la Grande guerre patriotique (1941-1945), telle que la Seconde guerre mondiale fut nommée par le peuple russe et l’Armée rouge, Staline confortera l’emprise soviétique sur les pays de l’Est, notamment avec le « coup de Prague » en 1948, et fait accéder son pays à « l’arme atomique » en 1949, rétablissant l’équilibre après les bombardements nucléaires américains d’Hiroshima et Nagasaki d’août 1945, et installe l’URSS dans la Guerre froide, la compétition militaire, technologique, idéologique et culturelle avec les Etats-Unis.

Le « Petit Père des peuples » meurt en mars 1953, à l’âge de 75 ans.

Par son poids politique et militaire, Joseph Staline a contribué à faire de l'URSS la seconde puissance mondiale et a joué un rôle considérable dans la diffusion du communisme. Il est également l'auteur de textes exposant ses conceptions du marxisme et du léninisme, qui ont concouru à fixer l'orthodoxie marxiste-léniniste.

1 Septembre 2019  MARSEILLE / MOSCOU   Meteo+ 27°C

Présentation

En ce premier dimanche du mois de septembre 2019, par une belle matinée ensoleillée d’automne, les voyageurs venant essentiellement de Marseille et ses environs, mais également de Paris et même du Liban, se retrouvent petit à petit dans l’aérogare de Marseille-Provence, au départ des vols internationaux : destination Moscou, via Francfort en Allemagne.

Tous sont membres de l’Association Nationale des Anciens Combattants de la Légion Etrangère (ANACLE) ou des amis de l’Association, et le groupe est finalement constitué de 47 personnes dont le Lieutenant-colonel Constantin Lianos, l’organisateur de ce voyage en liaison avec l’agence VM Voyages, l’ambassade de Russie … et même l’ambassade de France à Moscou pour une partie du programme, par ailleurs plutôt dense.

Les règles de sécurité actuelles exigent des voyageurs de se présenter aux formalités d’embarquement trois longues heures à l’avance pour les voyages internationaux, soit à 8h20 précisément en ce dimanche matin, de sorte qu’il y aura plus d’attente que de vol pour joindre nos destinations, Francfort puis Moscou.

Le voyage

Le vol opéré par la compagnie Lufthansa affiche dès le départ de Marseille un retard d’un peu moins d’une heure, ce qui met l’attente à près de quatre heures dans l’aérogare. Même dans la zone internationale, après que nous nous sommes livrés aux formalités d’embarquement, aux sketchs des fouilles de personnes et de bagages à mains censées permettre de détecter d’éventuels terroristes, l’attente paraît bien longue … Et pour finir, l’accès à l’avion – un Airbus A321 – s’opère dans un désordre relatif qui ne correspond pas à la réputation, manifestement surfaite, de l’organisation et de la qualité allemandes !

Lorsque nous arrivons à Francfort après 1h50 de vol et 20 minutes de roulage de l’avion sur cet immense aéroport de Francfort-sur-le-Main, le hub de la compagnie allemande, c’est en bus que nous gagnerons l’aérogare, bien loin de l’aire de stationnement de l’avion.

Commence alors une nouvelle attente pour cette escale, à nouveau augmentée d’un retard de plus d’une heure, qui nous laissent largement le temps de gagner la porte d’embarquement pour Moscou. Celle-ci se trouve à peu près au même endroit que celui du débarquement en provenance de Marseille, si bien que nous parcourons à pieds un interminable dédale de couloirs, escalators et tapis roulant … qui nous ramènent à l’endroit où nous avons débarqué et pris le bus ! Et pour corser un peu le parcours, les panneaux d’affichage de l’aéroport donnent des indications ambiguës sur la porte à laquelle il faut se rendre pour Moscou, si bien que quelques-uns d’entre nous peineront à se retrouver. Décidément, l’organisation allemande n’est plus à la hauteur de sa réputation d’antan.

Maigre consolation, nous avons le temps de prendre un casse-croûte en guise de déjeuner, et certains se sont risqués à goûter la célèbre saucisse de Francfort au bistrot de l’aérogare. Evidemment, il ne fallait pas s’attendre à de la haute gastronomie dans un snack d’aérogare, mais la déception fut bien plus grande encore que ce que l’on pouvait imaginer, au point que les plus délicats ont renoncé à terminer leur saucisse … 

Enfin vient l’heure de l’embarquement, à nouveau dans un Airbus A321 de Lufthansa, à destination de Moscou Domodedovo – l’un des cinq ou six aéroports moscovites – que nous atteindrons après plus de deux heures de vol sans encombre, à presque minuit en heure locale (heure de Paris +1).

Aeroport Moscou

Aéroport Domodedovo, Moscou (source Internet)

Nous sommes à Moscou Domodedovo. Il est minuit passé heure locale … et nous sommes donc dans le jour 2 de notre voyage.

Le premier contact avec la police et la douane de l’aéroport donne une idée de la froideur de l’administration russe. Passées les formalités de débarquement, la récupération et l’identification des bagages de soute, le groupe finit par se rassembler dans le hall de sortie de l’immense aérogare, non sans quelques difficultés car la fatigue commence à se faire sentir. Et c’est là que nous faisons connaissance de Katia, notre guide pour ce séjour en Russie.

Katia parle un français « courant » ; elle s’exprime de manière claire et compréhensible, avec même un certain sens de l’humour … et explique sans rire qu’il nous faut rouler encore une heure au moins en bus dans la mégalopole avant d’atteindre l’embarcadère où le MS Crucelake a accosté.

Elle tente par ailleurs de commencer à nous donner quelques indications sur le programme de ce jour et de la suite, mais dans le bus, les conversations et les éclats de voix s’estompent rapidement. La fatigue prend le dessus au bout d’une « journée » de voyage commencé la veille au petit matin, soit il y a 18 ou 19 heures …

Pour beaucoup, endormis par la fatigue et le ronronnement du moteur de notre bus, le réveil intervient alors qu’il est environ 1h30 locale : il faut à présent faire un dernier effort en cette très longue journée, identifier ses bagages afin que les marins de l’équipage portent les valises jusque devant les cabines et percevoir les clés de ces cabines. Dans un désordre bien gaulois, chacun tente à l’accueil du navire d’obtenir sa clé pour se retirer aussi vite que possible et aller se reposer. Car le départ pour la visite de Moscou est fixé à 8h45 en ce jour 2 et le temps de s’installer et se glisser dans les couchettes, il est déjà 2h30 … ce qui fera une nuit de sommeil de tout au plus de cinq heures de temps. 

MOSCOU CENTRE 

55°45’15’’ NORD – 37° 37’ 13’’ EST

2 Septembre 2019   LA PLACE ROUGE ET LE KREMLIN   Meteo  + 26°C

Armuarie RussieLes armoiries de la Russie sont originaires de l'ancien empire, restaurées après la chute de l'URSS. La couleur rouge du blason symbolise la Grande Russie, ancien nom du pays utilisé par les Russes pour le distinguer de la Petite Russie, l’Ukraine et de la Russie Blanche, la Biélorussie. Les deux têtes couronnées de l'aigle représentent l'Empire russe qui s'étend sur deux continents, l'Europe à l’ouest et l'Asie à l’est, et l’aigle bicéphale, repris de l’empire byzantin symbolise l’Eglise orthodoxe dont le Saint-Synode est situé à Moscou. Le sceptre et la sphère dorée dans ses serres représentent respectivement le pouvoir du tsar et de l'église orthodoxe russe. Et au centre, l'aigle tient un petit bouclier de Saint-Georges, patron des Slaves.

Ancien blason Russie

Le plus ancien blason de Russie connu, datant de la fin du XIVème siècle, représentait un chevalier en armes figurant sur le sceau d'un prince de Moscou de l’époque, auquel Ivan III aurait ajouté le dragon symbolisant les hordes païennes tatares chassées par les chrétiens de Russie, et ce blason devint plus tard le symbole des Armes de la ville de Moscou. C’est le bouclier de Saint-Georges, patron des Slaves que l’on retrouve sur les armoiries de la Grande Russie

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Après une nuit courte, voire très courte, le réveil a été un peu brutal ce matin du 2 septembre. Le temps de s’accommoder du faible espace offert par les cabines, du « cabinet de toilettes » minimal … et nous nous rendons à la salle à manger du navire. Nous nous installons, un peu au hasard ou par affinités pour ceux qui se connaissent déjà, aux tables réservées pour le groupe, et ces « tables » resteront inchangées durant toute la croisière.

Le temps s’annonce ensoleillé et plutôt doux pour cette journée de visite de la ville de Moscou. A travers les larges baies vitrées de la salle à manger du navire, dans laquelle nous prenons le petit déjeuner, nous découvrons le débarcadère et le fleuve – la Moskova – très large et majestueux en ce lieu de stationnement, avant de rejoindre le bus sur le quai, non sans s’être équipé préalablement du radio-émetteur et des écouteurs indispensables pour suivre les explications des guides.

Avec quelques minutes de retard par rapport à l’horaire fixé, le bus quitte l’embarcadère pour le centre de la ville, c’est-à-dire les abords du Kremlin et de la Place Rouge.

Katia et sa collègue Tatiana, une autre guide qui s’est jointe à notre groupe, nous donnent quelques informations sur le trajet. Nous découvrons tout d’abord une ville qui s’étale généreusement sur les rives de la Moskova et présente de beaux panoramas dans toutes les directions.

EmbouteillagesNous découvrons aussi une circulation automobile très dense, des autoroutes urbaines saturées, des temps de déplacement conséquents encore plus contraignants qu’en région parisienne ou marseillaise ! … étonnant pour un pays anciennement communiste ! De plus, la plupart des véhicules sont de grosses cylindrées allemandes ou japonaises rutilantes, sans parler des très nombreux autocars tant la ville semble visitée par des touristes venus du monde entier.

Les embouteillages monstres, Moscou 2019

La ville de Moscou, bâtie sur la Moskova, est aujourd’hui la capitale de la Russie. Ville chargée d’histoire, elle se caractérise d’abord par son centre historique, le Kremlin – résidence du Président et complexe abritant les trésors des Tsars dans l'Armurerie – ainsi que par la célèbre Place Rouge.

A notre arrivée sur la Place Rouge, c’est Tatiana qui assurera la conduite du groupe et la découverte du centre-ville pour cette journée. La jeune femme d’une quarantaine d’années parle un français quasi « parfait » et nous guidera à travers le quartier central de Moscou, qui visiblement lui est familier. Le dialogue s’instaure rapidement et elle nous fera profiter de sa connaissance approfondie de la Russie, de son histoire, de ses institutions, de Moscou, mais aussi de l’histoire de France … en nous donnant toutes sortes d’explications sur l’extraordinaire richesse culturelle de ce centre-ville, une ville qu’elle aime et qu’elle aime faire découvrir, avec un brin de fierté.

Dans la conversation, elle nous livrera également sa perception de la société russe en qualité de citoyenne de ce pays, de la vie quotidienne en Russie pour « le peuple ».

Nous commencerons par la célèbre Place Rouge. Celle-ci jouxte la muraille de la forteresse du Kremlin et constitue depuis le XVème siècle une vaste esplanade rectangulaire dégagée, aujourd’hui bordée au sud-ouest par le Kremlin, au nord-est par le magasin Goum, au sud-est, c’est-à-dire vers la Moskova, par la basilique de Basile-le-Bienheureux et au nord-ouest par le Musée d’Histoire et les portes de la Résurrection, récemment reconstruites.

Place Rouge Moscou

La Place Rouge marque le centre-ville historique et géographique de Moscou. Le nom de cette célèbre place ne vient ni de la couleur des briques rouge constituant la muraille de la forteresse du Kremlin, ni de la couleur généralement associée au Parti communiste ...

Il s’agit en fait d’une traduction « approximative » du nom russe de cette place, « KrasnayaPlochtchad », Krasny ou Krasnaya signifiant en russe ancien à la fois « rouge » et « beau », fonction du contexte. Une traduction plus fidèle eût donc été sans doute « Belle Place » au lieu de « Place Rouge », mais la signification de ce mot ancien dans le sens de « beau » est tombée en désuétude, si bien qu’il reste le sens de « rouge », d’où le nom de « Place Rouge » en français, « Red Square » en anglais.

Mais l’appellation de « Place Rouge » est peut-être également liée au nom ancien de « Pojar Plochtchad » qu’elle a porté jusqu’au XVIIème siècle, c’est-à-dire « place de l’incendie » – associée donc à la couleur rouge – en référence au fait que la création de cette place résulte d’un des nombreux incendies qui ont ravagé Moscou – en l’occurrence celui de 1493, à la suite duquel Ivan III décida de faire détruire les constructions de bois jusqu’ici situées à cet endroit, afin de prévenir tout nouvel incendie, comme l’illustre le tableau suivant.

Aujourd’hui, la Place Rouge est une place entièrement piétonne, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1990.

Place rouge XVII

La place Rouge au XVIIème siècle, Moscou (source Internet)

C’est ainsi que cet espace est devenu une esplanade de près de 5 hectares libérée de toute construction et de toute circulation automobile – hors les grands événements comme la parade militaire du 9 mai – aujourd’hui en plein centre-ville de Moscou, place connue dans le monde entier.

Cependant, la visite va commencer par une vraie déception touristique : c’est qu’en ce matin du 2 septembre 2019, la Place Rouge en principe ouverte au public et qui offre une perspective extraordinaire quelle que soit la direction dans laquelle le visiteur regarde, se trouve encombrée d’immenses structures et gradins en phase de démontage, à la suite d’une fête ou d’un spectacle des jours précédents, et elle est… interdite au public, si bien que nous sommes privés de la vue d’ensemble. Au demeurant, il semble que la Place accueille toutes sortes d’événements, des plus solennels avec les défilés militaires aux plus légers comme des concerts et jeux divers, etc.

Nous aurons toutefois la possibilité d’approcher la cathédrale Saint-Basile, toute aussi célèbre que la place elle-même, et d’apercevoir le mausolée de Lénine, monument à la fois historique et symbolique de la Russie soviétique.

Notre guide compensera l’impossibilité d’accéder à ces monuments par des explications fournies sur leur histoire.

Du reste, dans notre agenda de visite de Moscou où nous séjournerons – si l’on peut dire – moins de 48 heures, il n’eût pas été possible de visiter sereinement tous ces monuments, pas même les principaux.

Les deux photos suivantes montrent ce que nous aurions pu voir si la place avait été normalement dégagée …

Place Rouge

La Place Rouge, Moscou (source Internet)

Place Rouge Moscou2

La Place Rouge, Moscou (source Internet)

Enfin, nous avons pu admirer la cathédrale Saint-Basile-le-Bien-Heureux, ci-après photographiée par notre ptoto-reporter du groupe, Bernard Meyran.

Saint Basile le Bien Heureux Moscou

Saint-Basile-le-Bien-Heureux, Moscou    

La cathédrale aujourd’hui nommée Saint-Basile-le-Bien-Heureux, ou simplement Saint-Basile se trouve sur la Place Rouge, à son extrémité sud-est, dominant la Moskova. Elle constitue à la fois l’un des plus beaux monuments de l’art orthodoxe et un symbole de Moscou et de la Russie en général.

Mimi Constantin Robert 1217

Cette cathédrale, initialement de l'Intercession de la Vierge, a été édifiée à partir de 1555 sous le règne du tsar Ivan le Terrible – dans un premier ouvrage en bois qui subit de nombreuses modifications par la suite – pour remercier la Vierge de la prise de la ville de Kazanen en 1552, mais surtout première annexion par l’État moscovite d'une région peuplée de non-Russes à l’époque.

Kazan, 700 km à l’est de Moscou, est aujourd’hui la capitale de la République du Tatarstan de la fédération de Russie.

Dès l’origine, la cathédrale devait être entourée de sept chapelles consacrées chacune au saint dont la fête correspondait aux événements les plus marquants du siège de Kazan. Dans les évolutions des constructions ultérieures, notamment la construction en brique, il y aurait eu jusqu’à une vingtaine de chapelles autour de l’édifice initial et c’est à partir de la fin du XVIIème siècle que d’importants travaux ont introduit les décors en fer et les tuiles peintes, tels qu’on peut les voir aujourd’hui.

L'église de l'Intercession est aujourd'hui connue sous le nom de Basile-le-Bienheureux, un Fol-en-Christ qui vécut à Moscou au XVème et XVIème siècles, véritable personnage historique dont la légende dit qu’il déambulait toute l'année dévêtu – il figure toujours nu sur les icônes – sans domicile et portant des chaînes, vivant d’aumônes et stigmatisant le mensonge et l'hypocrisie de son temps : il aurait même été un des rares hommes que craignait Ivan le Terrible ! Basile fut inhumé à côté de l'église de l'Intercession à sa mort en 1551. Une chapelle fut édifiée par la suite sur sa tombe où venaient prier tous ceux qui sollicitaient la protection du défunt. Avec le temps, devenu un Saint de l’église orthodoxe russe, sa gloire et sa sainteté ont fini par éclipser le souvenir de la prise de Kazan et l'église de l'Intercession a été de plus en plus désignée sous le nom de Basile-le-Bienheureux.

La légende stipule que cet ensemble de coupoles et clochers colorés, chef d’œuvre de l’architecture orthodoxe fut si réussi que le tsar Ivan le Terrible aurait ordonné de faire crever les yeux aux architectes de la cathédrale afin qu’ils ne puissent pas reproduire si belle œuvre ailleurs !

Nous avons continué la visite du centre Moscou par le centre commercial Goum, équivalents des grands magasins historiques des Galeries Lafayette à Paris ou des plus grands « mall » aux Etats-Unis …

Centre commercial Moscou

Centre commercial Goum, Moscou

Le Goum, acronyme de « Magasin d’Etat universel » désigne le centre commercial sans doute le plus célèbre de Moscou, anciennement réservé à l’aristocratie puis à la « nomenklatura » soviétique, désormais ouvert à tous les Russes « nouveaux riches » et aux touristes du monde entier.

Les nombreuses boutiques et les marchés qui se tenaient traditionnellement dans la partie haute de la Place Rouge depuis XVIIème siècle ont laissé place à la fin du XIXème siècle à un ensemble architectural durable construit sous le règne du tsar Alexandre III. Ce palais de marbre et de granite recouvert d’une imposante verrière permettant un éclairage « naturel » de jour a longtemps été considéré comme l’un des plus grands et plus luxueux centres commerciaux du monde.

la Révolution de 1917, ce centre commercial a été nationalisé puis transformé en bâtiments administratifs. Il n’a retrouvé sa fonction commerciale sous le nom de « Goussoudarstevniy Ouniversalniy Magazin » ou « Magasin d’Etat universel » que dans les années 1950, organisé en deux zones bien distinctes, l’une abondamment approvisionnée pour les membres de la très fermée « nomenklatura » et l’autre pour la population plus ordinaire essentiellement moscovite, peu achalandée et connaissant des queues légendaires.

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Ce n’est qu’après la fin de l’époque soviétique, dans les années 1990, que le centre commercial a été privatisé et réhabilité. Il abrite aujourd’hui les boutiques de luxe de grandes marques mondialement établies, comme on peut en trouver à Paris, Londres ou Washington.

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Le Goum, aujourd’hui vitrine de la société de consommation « à l’occidentale » dans ce qu’elle a de plus excessif et de plus arrogant ne présente d’intérêt que pour l’architecture du bâtiment et la richesse de sa décoration.

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Et la rue Nikolskaya, anciennement rue d’affaires de Moscou, à présent une des rues les plus commerçantes et « branchées » comme il s’en trouve dans toutes les grandes capitales.

Quartier Kitai gorod

La rue Nikolskaya - Quartier du Kitaï-gorod, Moscou

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La rue Nikolskaya, entièrement piétonne aujourd’hui, commence juste à la Place Rouge et pénètre le quartier du Kitaï-gorod. Au XVIIème siècle, de nombreux nobles locaux avaient leurs maisons dans cette rue et ont fini par y établir leurs affaires si bien que dans la deuxième moitié du XIXème siècle, la rue Nikolskaya était devenue célèbre pour accueillir une partie importante des affaires de Moscou. Elle abritait les bureaux de différentes entreprises, mais également une activité culturelle intense, dont la création du Théâtre d'art de Moscou et l’installation d’une célèbre librairie avec la bibliothèque réputée la plus grande de Moscou.

Marie Jose Elisabeth 1903

Ch E MICHEL 1906

Les temps ont bien changé et aujourd'hui la rue Nikolskaya évoque surtout une activité festive, liée aux bars, aux magasins, à la vie nocturne et à l'amusement. Lors de la Coupe du Monde de football 2018, la rue Nikolskaya est devenue une zone de supporters « non officielle » (fan zone), notamment après une victoire de l’équipe russe lors des premiers matchs et les supporters du monde ont commencé à visiter la rue Nikolskaya, célébrant la victoire des équipes qu'ils soutenaient, dansant, chantant, buvant beaucoup, prenant des photos avec les gens du pays, et passant leur temps à Moscou.

Nous aurons noté au passage combien le centre-ville est propre et la population semble disciplinée : pas de poubelles sur les trottoirs, pas un papier gras par terre ni de cannettes, pas de mégots de cigarettes, pas un tag sur les édifices publics, pas de mendiants apparents, des piétons relativement disciplinés, etc. Voilà qui nous change de Marseille ou Paris ! Mais bien sûr, nous n’avons vu que le centre du centre de cette immense mégapole et rien n’indique que les quartiers un peu plus périphériques ou les banlieues, moins touristiques et moins huppées, connaissent pareil « ordre » et sentiment de sécurité.

Palais Kremlin

Le Palais d’Etat du Kremlin, Moscou

Visite du Kremlin, Moscou

Le mot « kremlin », adapté de la langue russe, signifie simplement forteresse urbaine. Il existe donc plusieurs « kremlins » dans la Fédération de Russie. Mais le « Kremlin » désigne précisément la forteresse de Moscou, connue dans le monde entier, et par métonymie le « pouvoir russe », expression surtout utilisée dans les médias.

Aujourd’hui, le Kremlin abrite à la fois la résidence officielle du Président de la Fédération de Russie, le lieu de travail du Président et de ses plus proches collaborateurs, le centre politique et diplomatique de la Fédération de Russie, les centres de décisions. Il remplissait sensiblement les mêmes fonctions au profit du pouvoir soviétique dans l’ère précédente et accueillait notamment le Soviet suprême de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques.

Mitoyen de la Place Rouge, le Kremlin édifié sur une colline domine la Moskova et occupait ainsi une place « stratégique » dans le passé.

Selon les archéologues, si l’occupation humaine des lieux remonte à la préhistoire, les premières traces de fortifications de la ville naissante dateraient du XIème siècle et le nom de cette bourgade, Moscou, serait apparu au XIIème siècle alors qu’elle s’agrandissait sout le règne du Grand-duc de Kiev.

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La forteresse a connu une histoire mouvementée entre le XIIème et le XVème siècle, attaquée, incendiée, détruite et chaque fois rebâtie, agrandie et fortifiée à maintes reprises. A l’origine, la forteresse était sans doute constituée d'un talus de terre d’une dizaine de mètre de hauteur surmonté d'une palissade de trois mètres … en bois, le matériau de construction le plus abondant dans cette plaine de Russie. Au XIVème siècle, la forteresse est reconstruite en pierres calcaires blanche sous le règne de Dimitri Donskoï alors Grand Prince de Moscou, fils d’Ivan II.

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La nouvelle forteresse en pierre, qui compte alors cinq tours, résiste aux attaques menées par le Grand-duc de Lituanie et fait la preuve de son utilité militaire, mais cède aux troupes d’un « khan », le chef de la Horde d’or, l’empire turco-mongol des descendants de Gengis Khan. Un tremblement de terre survenu vers 1450 achèvera la destruction et la ruine du kremlin de pierres blanche, qui sera à nouveau reconstruit, mais en briques rouge vers la fin du XVèmesiècle sous la direction d'architectes italiens. A cette époque, les principautés de Russie sont unifiées sous l’autorité du Grand Prince Ivan III qui devient également Grand Prince de toutes les Russies.

Militairement, la muraille de la forteresse d’une longueur d’environ 2.500 m, d’une épaisseur variant de 3,5 à 6,5 m, d’une hauteur oscillant de 5 à 20 m en fonction de la configuration du terrain et comportant plus d’un millier de merlons, dessine alors un espace de forme triangulaire d’une surface d’environ 28 hectares, réputée imprenable. En outre, la muraille comporte une vingtaine de tours équipées de meurtrières et mâchicoulis, dont trois imposantes tours rondes aux angles de la forteresse. Cinq d'entre-elles possèdent une porte monumentale permettant l'accès à l'intérieur de l'enceinte.

Néanmoins, la forteresse sera prise et occupée par deux fois au moins : durant le Temps des troubles – période qui précède l’avènement de la dynastie des Romanov au début du XVIIème siècle – dans les guerres russo-polonaises, puis lors de la campagne de Russie menée par Napoléon Ier en 1812. Après la bataille de la Moskova (Borodino, 7 sept. 1812), les troupes françaises entreront dans Moscou et y séjourneront quelques semaines. Le maréchal français Mortier sera nommé gouverneur du Kremlin par Napoléon Ier et recevra l’ordre, au reflux vers l’ouest de la Grande Armée mi-octobre 1812, de détruire la forteresse, le Palais des tsars et les bâtiments publics … ordre qui ne sera que partiellement exécuté, pour de multiples raisons dont … la météorologie !

Dans la suite du XIXème siècle, notamment sous le règne de Nicolas Ier, d’importantes reconstructions et restaurations ont été entreprises. En fait, le Kremlin n’avait déjà plus de fonction réellement militaire depuis le milieu du XVIIèmesiècle, devenu progressivement à partir de cette époque une résidence d’apparat, un lieu de pouvoir et de diplomatie plus qu’une place forte. L’enceinte dans sa configuration actuelle abrite nombre de bâtiments progressivement constuits et qui forment un ensemble extraordinaire, comportant bâtiments officiels, bâtiments administratifs, palais divers, arsenal, églises, cathédrales, musées, etc.

Cathedrale Annonciation Moscou

Cathédrale de l’Annonciation, les icônes, le Kremlin, Moscou

Cathedrale Annonciation icones Moscou

Cathédrale de l’Annonciation, les icônes, le Kremlin, Moscou

Après cette visite « éclair » du Kremlin, notre groupe rassemblé au complet non sans quelques tribulations vers 14h30, a fini par se diriger vers un restaurant du centre pour le déjeuner.

C’est en bus que nous nous sommes rapprochés du restaurant, rue Arbat, aujourd’hui l'une des rues les plus touristiques de Moscou, avec ses divertissements et ses boutiques de souvenirs, mais la rue étant désormais dédiée aux piétons, il a fallu marcher un bon moment avant d’atteindre le « restaurant ». Couchés très tard, levés assez tôt, après avoir déambulé toute la matinée sur la Place Rouge et dans l’enceinte du Kremlin, les quelques centaines de mètres à parcourir depuis l’endroit où le bus a déposé le groupe pour atteindre le restaurant ont paru bien longues à la plupart d’entre nous. La grogne n’a d’ailleurs pas tardé à se manifester ici ou là si bien que nous sommes finalement entrés au « Rock Bar », visiblement une taverne « branchée » de cette rue vivante. On ne saura jamais si tel était bien le restaurant initialement prévu ou s’il fut choisi en urgence devant la révolte qui grondait dans la troupe … mais il n’avait en tous cas rien de russe, sinon peut-être son personnel, ni dans sa décoration ni dans ses menus, plutôt un mélange d’influence américaine et de fanatiques de rock d’un goût quelque peu … « surprenant » ! 

Après déjeuner, le détour par les Monts des Moineaux s’imposait avant le retour au navire. Situés sur la rive droite de la Moskova, ces monts supportent les principaux bâtiments de l’Université d’État de Moscou et un belvédère, lieux de visite convenu des touristes. Ces « monts » autrefois appelés Monts Lénine jusqu’à la fin du XXème siècle, culminent à environ 220 m d’altitude, dominent le cours du fleuve et offrent ainsi une vue panoramique sur toute la ville de Moscou, dont on mesure mieux l’immense étendue. Et les gratte-ciel de Moscou n’ont rien à envier aux capitales occidentales et rappellent les quartiers de la Défense à Paris ou de Manhattan à New-York.

Vue Moscou

Vue depuis les Monts des Moineaux, Moscou 2019

De retour au navire, ceux qui le souhaitaient se sont préparés pour une visite de Moscou « de nuit » prévue après le dîner, d’autre bien fatigués par une journée certes touristique mais très dense ont préféré se reposer.

MOSCOU DE NUIT – LE MÉTRO

La soirée à Moscou fut partagée en deux « séquences » : la visite du métro et celle du centre-ville, avec ses illuminations nocturnes.

Nous ne pouvons visiter le centre de Moscou sans descendre dans le métro, principal moyen de transport en commun du centre-ville. De plus, le métro de Moscou, de réputation mondiale, passe pour l’un des plus beaux métropolitains du monde, ce que confirme sans ambiguïté la visite. Les stations – du moins celles du cœur de la ville que nous avons empruntées – se présentent à la fois sobrement dans leur apparence première et richement décorées une fois atteints les quais, avec un sens impressionnant des perspectives et de véritables œuvres d’art en ornements.

Tout d’abord, un éclairage mesuré des stations et galeries ainsi qu’une plus grande sobriété d’ensemble nous change radicalement de nos habitudes : ici, dans les galeries du métro, point d’affiches publicitaires agressives à chaque pan de mur matraquant le voyageur, ni de tags malvenus, point non plus de papiers gras et autres souillures de la saleté ordinaire du métro parisien, point de clochards vautrés dans les galeries parcourues, … presque une impression de quiétude. Surprenant ! Mais il vrai qu’il s’agissait des plus belles stations, situées en plein centre… et que nous sommes à Moscou. 

Rien n’indique cependant que les stations plus périphériques offrent les mêmes caractéristiques.

Entree Metro Moscou

Descente dans les galeries du métro, Moscou jusqu'à 100 mètres de profandeur

Le réseau du métro parisien se compose de 16 lignes, d’environ 300 stations pour 220 km de voies, et transporte annuellement environ 1,6 milliard de voyageurs.

A titre de comparaison, le métro de Moscou offre un réseau de 12 lignes, pour environ 230 stations et 365 km de voies, et transporte annuellement environ 2,4 milliards de passagers.

Les stations ont un décor soigné qui en font des joyaux architecturaux de la ville.

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Galerie du métro, Moscou    

   Galerie Metro Moscou1          

Galerie du métro, Moscou

Station Metro Moscou

Station du métro, Moscou

L'idée d'un métro à Moscou séduisait déjà le tsar Alexandre II à la fin du XIXème siècle. Le premier véritable projet de métro à Moscou date de 1901 – à l’époque où le métro parisien entre déjà en service – mais sera retardé, le tram assurant la desserte du centre de la ville de manière satisfaisante. Cependant, devant l’augmentation du nombre des usagers des transports en commun, la décision de construire un réseau métropolitain est prise en 1931, et la première ligne entre en service en 1935.

Pendant la Deuxième guerre mondiale, le métropolitain de Moscou sera utilisé comme abri lors des bombardements, et des rames seront retirées du service afin d’offrir une plus grande capacité d’accueil de la population. En outre, la destruction des installations du métro est envisagée en cas de prise de la ville par les Allemands. Et plus tard avec la Guerre froide, les stations du centre seront encore plus enterrées en profondeur, susceptibles de servir d’abri en cas de bombardement nucléaire de la ville … ce qui explique ces escaliers impressionnants qui descendent profondément sous terre, tout comme à … Washington.

Station galerie Metro Moscou

Spécificité du métro de Moscou, les voyageurs peuvent déterminer la direction du train selon les annonces vocales, même sans comprendre le russe. Sur les lignes radiales, les annonces vocales d’une voix masculine indiquent que la rame se déplace vers le centre, tandis qu’une voix féminine notifie un déplacement vers la périphérie.

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Et sur la ligne circulaire, la voix masculine signale un déplacement dans le sens des aiguilles d’une montre, la voix féminine un déplacement dans le sens contraire. Astucieux ! … De plus, avec l’essor du tourisme, la transcription latine du cyrilliquede la signalétique du réseau – cartes, horaires et indications diverses – permet depuis 2015 aux passagers « latins » de mieux s'orienter.

Station du métro, Moscou

La visite se poursuit par la traversée en bus du centre-ville de Moscou, et cette promenade valait le déplacement. Car la ville se pare de ses lumières dont elle ne se montre vraiment pas avare. C’est une féerie d’illuminations de toutes sortes qui permet la mise en valeur des monuments du quartier central et les berges de la Moskova. 

Metro Moscou 2 Septembre 2019

En outre, le visiteur attentif remarque les étoiles rouges placées au sommet de certains des monuments du Kremlin. 

Kremlin nuit 2019

Le Kremlin de nuit, Moscou (source Internet)

Les étoiles rouges sur les tours du Kremlin, symboles de la puissance soviétique ont remplacé les aigles impériaux sur les plus hautes tours du Kremlin dans les années 1930. Après la Révolution russe de 1917 et le déménagement du gouvernement soviétique de Petrograd – aujourd’hui Saint-Pétersbourg – il avait été décidé par les plus hautes autorités, Lénine lui-même, d’effacer les symboles du régime impérial et de remplacer les aigles impériaux par les étoiles rouge frappées de la faucille et du marteau, symbole de la toute puissante Union des Républiques Socialistes Soviétiques.

Quelques difficultés techniques ont cependant compliqué cette transformation. Les aigles ont bien été démontés en 1935, et les étoiles installées à leur place, mais trop lourdes à l’origine – une tonne chacune – pour le sommet des tours destinées à les accueillir. Deux ans plus tard, elles ont été remplacées par des étoiles en verre spécial, contenant un dispositif redondé de production de lumière, modernisé depuis, de sorte que ces étoiles ne se sont jamais éteintes depuis leur installation… excepté durant la deuxième guerre mondiale afin qu’elles n’offrent pas de points de repère facile à l’aviation allemande.

Vers 1h30 en ce 3 septembre 2019, retour à l’embarcadère pour une nuit de repos, après une journée bien remplie ! … avec en perspective une cérémonie mémorielle pour le lendemain, en fait pour ce même 3 septembre.

3 Septembre 2019     MOSCOU    Meteo   + 26°C

CIMETIÈRE MILITAIRE RUSSE

Cette longue matinée du jour 3 à Moscou sera placée sous le signe de l’Histoire et de la Mémoire, avec un hommage rendu aux aviateurs du Régiment Normandie-Niemen, le groupe de Chasse franco-russe qui combattit durant la Deuxième guerre mondiale sur le front de l’Est entre 1943 et 1945.

Lien du film réalisé par nos amis russes

Et ce fut un moment « fort » ...

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Nous quittons l’embarcadère en bus, assez tôt, vers 8h45 en ce jour 3, pour essayer d’éviter l’heure de pointe et les embouteillages monstres que connaît la ville de Moscou, direction une petite place urbaine du quartier moscovite de Lefortovo, agrémentée d’un jardin public.

A notre arrivée, les Russes nous attendent pour une cérémonie émouvante devant le principal monument aux Morts dédiés aux disparus du Normandie-Niemen. Cette cérémonie sobre n’a pas de caractère vraiment officiel, bien qu’elle ait été organisée avec le préfet d’arrondissement de la ville et le concours de l’ambassade de France à Moscou en la personne son attachée de l’air. 

Aussi, cette petite cérémonie s’accommode d’un protocole simplifié : il s’agit avant tout de se souvenir et de célébrer l’amitié franco-russe née des opérations menées en commun contre l’Allemagne nazie sur le front de l’Est durant de la Deuxième guerre mondiale, entre 1943 et 1945, et que la Russie aime tant à rappeler, alors qu’en France cet épisode reste assez peu connu.

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L’accueil est particulièrement chaleureux et chacun des membres de notre groupe se voit remettre une rose rouge et un petit présent offert par la préfecture : nous serons ensuite invités à déposer ces fleurs sur les quelques tombes des soldats du Régiment Normandie-Niémen situées dans ce parc verdoyant et ensoleillé en cette matinée de fin d’été, avant la dépose des gerbes.

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Un groupe de jeunes russes étudiant la langue française – essentiellement des jeunes femmes mises à l’honneur – participe à cette cérémonie et s’associe au moment de recueillement consacré à ceux du Normandie-Niémen qui ont laissé leur vie dans cette guerre, puis s’associe également à l’apéritif qui a suivi, permettant quelques échanges, en particulier avec les femmes de notre groupe. C’est que les femmes prennent de plus en plus d’importance …

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Le Lieutenant-colonel Fleur TARDIF de la Mission Militaire de l'Ambassade de France à Moscou

Mais nous fêtons également les vivants, ou plutôt les survivants, ceux qui ont échappé à la mort dans les combats et qui n’ont pas encore quitté cette vie, avec des rescapés russes du Normandie-Niémen : ils avaient vingt ans en 1943 et arborent fièrement aujourd’hui sur leur veston des « placards de médailles », aussi impressionnants que leur âge. Nous les saluerons très respectueusement et les remercieront de leur présence, marque de l’amitié qui a uni Russes et Français de toutes origines dans les tourments de la guerre.

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Après la remise d’une rose sur les quelques tombes situées dans ce jardin par chacun des participants à notre voyage, le moment le plus solennel reste incontestablement le dépôt des gerbes et bouquets, les hymnes nationaux russe et français, la sonnerie aux morts et la minute de silence en mémoire des disparus de ce Régiment illustre de la Seconde guerre mondiale.

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Devant le monuments aux Morts de Normandie-Niemen - Krasnokursantsky Square, quartier de Lefortovo Moscou Russie

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Investiture de Fleur TARDIF 2032

Une fois les gerbes déposées, les échanges d’insignes et médaillons terminés et les discours des uns et des autres achevés – notamment la prise de parole du préfet francophile qui extériorise sans retenue dans sa langue natale son admiration pour les Français – nous sommes invités à un « apéritif » ukrainien dans une auberge typique pour fêter l’événement. Et il y aura encore un échange de cadeaux avant de « lever » les toasts aux uns et aux autres, et notamment à l’amitié franco-russe, comme le veut la tradition dans ce pays attachant.

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La gargote ne paie pas de mine vue de l’extérieur, mais l’intérieur donne un aperçu de la cuisine et de l’art de vivre ukrainien …

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Là encore, l’accueil s’avère très chaleureux : le personnel en tenue folklorique se montre attentif en même temps qu’impressionné par cette réunion franco-russe, arrosée de vodka comme il se doit, et même généreusement arrosée ! … au point que notre préfet, autorité municipale déjà très prolixe dans la première partie de la cérémonie a multiplié les toasts et les compliments à l’attention des Français dans un enthousiasme généreux et communicatif. 

Sans doute la vodka a-t-elle désinhibé l’édile, et on ne l’arrêtait plus … mais de manière tellement sympathique que tout cela s’est terminé un peu tard, eu égard au programme prévu, dans une telle bonne humeur qu’on ne pouvait lui en vouloir ! …

Quartier de Lefortove, Moscou 03.09.2019 

RÉGIMENT NORMANDIE-NIÉMEN 1942-1945

Vers 13h30, fin des festivités et retour à l’embarcadère où le navire nous attend pour le départ à proprement parler de la croisière.

Après une heure de trajet dans une ville toujours aussi embouteillée, le groupe est de retour au navire pour le déjeuner.

A la fin du repas pris à bord, notre navire appareille et s’élance sur le fleuve, très large à cet endroit. Il est 16h et nous quittons Moscou pour entamer un long voyage, dont la première étape sera Ouglitch, une petite ville sur les bords de la Volga, située à environ une journée de navigation de Moscou.

Pour terminer l’après-midi, le soleil déclinant, nous pouvons aller prendre l’air sur les différents ponts du navire et goûter le calme d’une croisière fluviale.

Vers 18h, Monseigneur Jean-Pierre Ellul réunit ses fidèles pour une messe à bord, dans le salon théâtre du navire. La salle a été sobrement équipée et décorée pour cette messe, un moment de quiétude et de recueillement dans ce monde agité.

18 h 00 : Messe à bord

Messe a bord 20190903 4017

 Mgr JP ELLUL 4531

Et vers 19h, le Commandant du navire et son équipage offrent une petite réception en l’honneur des différents groupes de touristes à bord, sur le pont arrière du navire, à la tombée de la nuit.

Jean et Constantin LIANOS

Soiree du commandant

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ANACLE RUSSE 2019 4081

Dès que nous nous sommes éloignés de Moscou, c’est dans un calme et une Nature exceptionnelle des plaines de la Volga que nous voyageons : la lumière d’automne déclinant et la douceur de la température en ce mois de septembre offrent un repos et un sentiment de quiétude bien agréable, qu’il faut savoir apprécier en dehors des activités du bord prévues pour les touristes.

Marie Jeannette 2334

Logo Air     LE RÉGIMENT NORMANDIE-NIÉMEN LogoNN

Une page glorieuse de l’histoire de l’aviation militaire

BREF HISTORIQUE DU NORMANDIE-NIÉMEN

L’opération Barbarossa, c’est-à-dire l’invasion de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques par les armées du IIIème Reich a commencé le 22 juin 1941, un an exactement après l’armistice signé entre la France et l’Allemagne nazie. Début 1942, les armées du Reich ont investi profondément le territoire de l’URSS : des unités de la Wehrmacht encerclent la ville de Leningrad au nord, d’autres atteignent la périphérie de Moscou au centre, et d’autres encore progressent rapidement vers les champs pétrolifères du Caucase au Sud-Est et plus tard vers Stalingrad (aujourd’hui Volgograd) qui sera le théâtre d’une des batailles décisives de ce conflit mondial.

C’est à cette époque que le Général de Gaulle, qui se place d’ores et déjà dans la perspective de la victoire des Alliés à venir, envisage d’assurer une présence française sur le front de l’Est. Les forces terrestres de la France libre stationnées en Afrique du Nord ne sont pas disponibles, et il décide alors d’envoyer une escadrille de chasse, dont la constitution ne fut pas sans écueil : réticence des Anglais pour libérer des pilotes français de la France libre ayant rejoint la Royal Air Force, méfiance du côté soviétique face à cette proposition « inattendue », difficultés à rassembler pilotes et mécaniciens pour former un groupe cohérent, etc. Enfin, le 1er septembre 1942, le Groupe de chasse n°3 baptisé « Normandie » est officialisé à Rayak au Liban, alors sous mandat français et sous contrôle des Forces françaises libres, par le Général de Gaulle en personne.

Regiment Normandie Niemen

Mai qui étaient ces hommes ? Français libres, tous volontaires, il ne se sont pas engagés par idéologie aux côtés des Soviétiques, mais pour venger la défaite de 1940, ce que Marcel Lefèvre, un héros disparu du Normandie-Niémen, résume ainsi : « Nous sommes partis de France humiliés, nous y reviendrons en vainqueurs ». Lui n’est pas revenu

Constitué à Rayak, le Groupe « Normandie » est composé de pilotes venant d’Angleterre, et d’autres issus du Groupe de chasse n°2 Alsace, ayant participé à la campagne de Lybie : il comporte à l’origine 14 pilotes, 42 mécaniciens, un interprète et le personnel des services généraux, tous français issus de tous les milieux. C’est le 28 novembre 1942 que ce groupe va s’envoler vers Ivanovo, base d’entraînement soviétique située à 250 km au nord-est de Moscou

NN1Au cours de trois campagnes successives, 1943, 1944 et 1945, ils vont affronter la dure réalité du front de l’Est :  un pays inconnu, le froid, les conditions de vie spartiates, les combats sans merci, etc.

L’entraînement, sous la conduite du Commandant Jean Tuslane, va commencer sur le Yak, un appareil de la chasse soviétique, rapide, rustique, très maniable qui sera décliné en trois principales versions, le Yak1, le Yak 9 et le Yak 3, adaptés à ce théâtre.

Le 23 mars 1943, c’est le baptême du feu. D’abord utilisés en protection des appareils de bombardement soviétiques, les pilotes français vont rapidement être engagés en « chasse libre », et le 5 avril 1943, ce sont les 2 premières victoires. La crédibilité des pilotes français auprès des Russes va désormais se conforter de jour en jour. Le 13 avril, les premières victimes : trois pilotes sont déjà portés disparus, dont Bizien. Ayant gardé malencontreusement ses papiers d’identité sur lui, la Gestapo en France déportera toute sa famille … Le 17 juillet 1943, le Commandant Jean Tuslane disparaît à son tour : il semble que son corps retrouvé repose au cimetière des étrangers de Moscou sous le nom de « pilote français inconnu ». 

C'est le Commandant Pierre Pouyade arrivé en juin 1943 qui prend le commandement du groupe : sur les 14 premiers pilotes arrivés en Russie, seuls 5 sont encore en vie à la fin de la première campagne : ils ont remporté 72 victoires.

La deuxième campagne couvrira la période de mai à décembre 1944. Divers épisodes dramatiques émailleront cette campagne : en particulier, le 5 juin 1944, veille du débarquement en Normandie, Marcel Lefèvre, le plus « normand » du groupe, enfant des Andelys (Eure), disparaît à l’atterrissage, avion en feu.

Nouveau drame le 15 juillet 1944 : victime d’une fuite de carburant, le lieutenant Maurice de Seynes regagne précipitamment le terrainNN2 de Doubrovka d’où il a décollé quelques minutes plus tôt. Aveuglé par les vapeurs d’essence et les fumées qui envahissent son cockpit, il tente vainement à plusieurs reprises de se poser. Il reçoit l’ordre de sauter. De Seynes refuse car il ne veut pas abandonner à une mort certaine son mécanicien Vladimir Bielozoub qu’il a embarqué à l’arrière de son avion, comme cela se faisait couramment pour les courts trajets d’un terrain à l’autre. Et Bielozoub, dans la soute à bagages, n’a pas de parachute, faute de place ... Après plusieurs tentatives de poser infructueuses, le Yak 9 s’écrase et explose, tuant ses deux occupants.

L’aristocrate parisien et le paysan de la Volga ont été enterrés l’un à côté de l’autre à Doubrovka, qui a donné son nom à une station du métro de Moscou. Le sacrifice de Maurice de Seynes et Vladimir Bielozoub a un retentissement énorme en URSS et va entrer dans les livres d’Histoire comme symbole de l’amitié indéfectible entre la France et la Russie. Une légende est née ...

Ce même mois, Staline attribue au Régiment le titre de « Niémen » pour sa participation au franchissement du fleuve Niémen, dans la NN3course désormais engagée vers l’Ouest, avec l’entrée en Prusse orientale et la bataille de Konigsberg, port stratégique sur la Baltique et ville symbolique, ancienne capitale des chevaliers teutoniques. Le Régiment devient alors le « Normandie-Niémen » et son emblème arbore à présent un éclair blanc horizontal sous les lions de Normandie.

Le Normandie-Niémen sera conduit par le Commandant Delfino au cours de la dernière campagne, particulièrement meurtrière.

Le 9 mai 1945, c’est l’armistice en Russie, et le 20 juin, les 40 Yak offerts par Staline aux pilotes du Régiment en reconnaissance de leur action sur le front de l’Est se posent au Bourget en France, accueillis par une foule enthousiaste. C’est la fin de l’épopée du Normandie-Niémen.

Parmi les unités aériennes, le groupe de chasse « Normandie-Niémen » a obtenu le plYak3NNus grand nombre de victoires au cours de la Deuxième guerre mondiale (273 homologuées), et sur les 96 pilotes engagés au total, 42 ne reverront pas le ciel de France. 21 pilotes ont été faits Compagnons de la Libération et 4 ont reçu, distinction suprême, l’étoile d’or « Héros de l’Union Soviétique ». 

                                                                                                                                                 Yak3 Normandie-Niémen 

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Carte des opérations du Normandie-Niémen 1943-1945 (source Internet)

Dans un déplacement du front de l’Est vers l’Ouest, le Niémen, un fleuve précédant l’entrée en Prusse orientale, tout un symbole en ce printemps 1945

L'époque de ce régiment est marquée à jamais dans la mémoire des Russes, sans doute un peu moins dans celle des Français, en témoigne le recensement de plus de 140 établissements scolaires portant le nom de Normandie-Niémen en Russie. Aux Andelys (Eure), ville d’origine de Marcel Lefèvre, l’un des héros morts en Russie, fut créé en 1992 le « Mémorial Normandie-Niémen », transféré depuis 2010 au Musée de l’Air et de l’Espace du Bourget faute de moyens, et toujours animé par des bénévoles pour transmettre la mémoire de ces héros.

En France, l’épopée du Normandie-Niémen et l’Histoire dont elle est issue sont nettement moins connue, les manuels scolaires relatant essentiellement les exploits des « héros » américains sur les plages de Normandie ! … oubliant que le débarquement en Normandie fut en grande partie rendu possible par l’épuisement des Armées allemandes sur les fronts de l’Est et « accessoirement » le sacrifice de millions de Russes.

flechebleueTémoignage de Jacques de Saint-Phalle (1917-2010), un des pilotes du Normandie Niémen survivant, ancien d’Air France, décédé en 2010 :

flechehttps://www.youtube.com/watch?v=xUDap-cfELk

Le Yak 3, avion russe légendaire

Yak3NN Avion legendaire

NN3Yak3 Normandie-Niémen, avec la cocarde sur la casserole d’hélice pour indiquer aux aviateurs allemands que le pilote est français

Le Yak3 est un avion de chasse monoplace soviétique de la Seconde Guerre mondiale.

Dessiné dans les bureaux d’études de l’ingénieur Yakovlev, il a été expressément conçu pour le combat contre les chasseurs à basse et moyenne altitude, entre 2.500 et 3.000 mètres, avec une maniabilité et une vitesse supérieures aux appareils allemands et alliés contemporains, pour une masse bien inférieure, ce qui lui valut le surnom de « Moustique ». De conception « rustique », sa structure avait été allégée à outrance et son moteur optimisé pour fournir sa puissance maximale en-dessous de 5.000 m.

Le Yak-3 fut engagé à partir de juillet 1943 et acquit rapidement un ascendant sur la chasse allemande, des instructions conseillant aux pilotes de la Luftwaffe d’éviter le combat avec des chasseurs Yak3, reconnaissables par rapport aux autres versions en l’absence du radiateur d’huile sous le moteur. Parmi les unités qui l’utilisèrent, le Régiment de chasse de Varsovie et le Régiment de chasse Normandie-Niemen qui en fut équipé jusqu’au début des années 1950, avec les exemplaires offerts par Staline aux pilotes français et ramenés en France en juillet 1945. Yak3 monoplace

flechebleueYAK3, chasseur monoplace

         Cokpit du Yak3, équipement sommaire

Le Sergent-chef (h) André Peyronie, dernier survivant du « Normandie-Niemen », est décédé le 10 déc. 2019 dans sa 100èmeannée, à Anse (Rhône). Chevalier de la Légion d’honneur, médaillé militaire et officier de l’ordre national du Mérite, il était décoré de l’ordre russe Alexandre Nevski. Fils de mineur, engagé volontaire dans l’Armée de l’air en février 1939, à 20 ans, il décide de rejoindre le général de Gaulle en faisant sienne la devise « la loi suprême, c’est la libération de la Patrie ». Homme de courage et d’abnégation, devenu mécanicien avion à Ivanovo, il n’a jamais oublié les 42 pilotes du Normandie-Niemen tués au combat, qu’il vient de rejoindre.

4 Septembre 2019   OUGLITCH Meteo   + 22°

De la réunion de groupe après le petit déjeunerr, au cours de laquelle les guides vont nous expliquer le programme de la visite, il faut essentiellement retenir que l’escale durera moins trois heures. Et vers 11h30, l’équipage convoque les passagers au briefing de sécurité, obligatoire même sur un fleuve a priori tranquille. Arrivée à Ouglitch vers 15h, peu après le déjeuner à bord.

OUGLITCH

Arrivée à Ouglitch

L'arrivée à Ouglitch donne cette belle perspective sur l’architecture locale. A gauche de la photo, l’église Prince-Dimitri-sur-le-Sang-Versé, à droite, la cathédrale de la Transfiguration du Sauveur.

Ouglitch photo AACLE 3744Cette église est construite sur les bords escarpés de la Volga, à l'endroit même où le prince Dimitri Ivanovitch, dernier représentant de la dynastie des Riourikides, fut vraisemblablement assassiné – retrouvé mort des suites de blessures à l’arme blanche – ou en tous cas disparu dans des conditions « mystérieuses » : né en 1582, Dimitri se serait tué « accidentellement » avec un couteau au cours d'une crise d'épilepsie en mai 1591. Dimitri fut par la suite canonisé, et cette église, sur le lieu de sa disparition, fut nommée église Saint-Dimitri-sur-le-Sang-Versé, d’où cette couleur rouge pour les murs extérieurs.

L’église Prince-Dimitri-sur-le-Sang-Versé

eglise Prince Dimitri sur le Sang Verse

Histoire ou légende ? Ivan IV le Terrible fut l’un des derniers tsars de la dynastie des Riourikides. Il régna pendant plus de cinquante ans à partir de 1533, et eut au moins six épouses officielles et … beaucoup d’enfants, dit-on, dont Féodor et Dimitri.

Ouglitch 3746

A sa mort en 1584, son troisième fils Féodor Ier, demi-frère aîné de Dimitri, dernier fils issu du sixième ou septième mariage d’Ivan IV, devient « naturellement » tsar de Russie. Mais l’histoire raconte que Féodor Ier n’est pas très intelligent – voire même un peu simplet et très pieux – et par suite incapable de gouverner. Comme son père Ivan IV le savait, il avait mis en place un conseil de boyards – les nobles féodaux de cette époque – dans la perspective de sa succession. Boris Godounov, beau-frère de Fédor Ier, est l’un de ces boyards mais n'a pas été inclus dans le conseil de régence. Cependant, il est un puissant seigneur qui a su manœuvrer sur la fin du règne d'Ivan IV et se placer dans la lutte des régents pour le pouvoir : Boris Godounov commence par être chambellan d'Ivan le Terrible, puis commandant de la garde du Palais. Et à partir de 1588, il exerce de fait la régence pour Fédor Ier. Du point de vue de la dynastie, Dimitri, dernier fils d’Ivan IV quoique très jeune encore apparaît alors comme un concurrent potentiel pour le pouvoir de Boris Goudounov. Et c’est précisément une des raisons pour lesquelles le tsarévitch aurait été envoyé avec sa mère à Ouglitch où le jeune Dimitri disparaîtra « accidentellement » dans des conditions « mystérieuses », voire franchement suspectes … à l’âge de huit ou neuf ans, laissant le champ libre à Boris Godounov une fois Féodor Ier décédé, sept ans plus tard.

La mort de Dimitri, dernier représentant de la dynastie des Riourikides, est l’un des éléments à l’origine du « Temps des troubles » – qui dura une vingtaine d’années – entre la fin de la dynastie des Riourikides, avec la disparition de Dimitri, et l’avènement de la dynastie des Romanov en 1613.

La petite ville d’Ouglitch est située dans la région connue sous le nom de « l’Anneau d’or de Russie », une zone située dans le nord-est de Moscou entre la Volga et un de ses sous-affluents (la Kliazma).  L'Anneau d'or de Russie désigne en fait une région très tôt marquée par la prospérité, originellement due à la fertilité de cette partie de la plaine de la Volga. Cette région, occupée depuis au moins le Moyen Age, a semble-t-il joué un rôle considérable dans le développement économique de la Russie. De par sa position géographique au cœur du bassin de la Volga, sur les routes fluviales, elle fut le lieu d’échanges commerciaux intenses et connut ainsi un essor exceptionnel dont témoignent les nombreux monuments, édifiés au cours du temps entre le XIIème et le XVIIème siècles et que nous pouvons admirer encore aujourd’hui pour certains, notamment la cathédrale de la Transfiguration-du-Sauveur.

La cathédrale de la Transfiguration-du-Sauveur est une cathédrale construite dans le kremlin (*) d'Ouglitch, sur les rives de la Volga. Comme l’indique son nom, elle est dédiée à la Transfiguration, un épisode de la vie de Jésus-Christ transcrite dans les évangiles, notamment relaté dans le Nouveau Testament : ainsi, Jésus aurait changé d'apparence corporelle pendant quelques instants de sa vie terrestre, afin de révéler sa nature divine à certains de ses disciples.

Kremlin 3724

(*) Le kremlin comme nom commun désigne la forteresse ceinturant la ville

Pour le visiteur peu familier des techniques architecturales, cette « cathédrale » présente la particularité de ne pas être soutenue par des piliers apparents à l’intérieur de l’édifice, alors que celui-ci supporte cinq coupoles sans doute de masse importante. Ainsi, de taille extérieure modeste, cette cathédrale donne dans son intérieur une impression d’espace et de lumière inattendue.

Entre 15h et 18h, heure de l’appareillage pour Iaroslavl, nous nous serons promenés moins de trois heures, mais dans un cadre exceptionnel, agrémenté par une météorologie favorable.

Après le départ pour Iaroslavl, la vie s’organise à bord : leçons de russe, atelier de matriochkas, ces poupées gigognes russes, atelier de chant, etc. Et après le dîner à bord, un petit concert classique suivi plus tardivement de la discothèque pour les amateurs, à dire vrai peu nombreux …

5 Septembre 2019  IAROSLAVL    Meteo + 22°C

L'escale de Iaroslavl se justifie principalement par la nécessité pour le navire de procéder à un avitaillement en carburant. Le navire a fait pour cela un « crochet », descendant la Volga vers le sud jusqu’à Iaroslavl, alors que la destination de la croisière, Saint-Pétersbourg, se trouve nettement au nord, vers le lac de Rybinsk.

 Il accoste à 8h ce matin du 5 septembre à Iaroslavl, et le départ pour la visite du lieu est prévu à 9h30.  Comme l’appareillage pour Goritsy l’après-midi même est prévu à 14h, la visite sera courte et il n’est pas question de voir la ville dans ce laps de temps.

Nous visiterons donc une cathédrale située à proximité relative du débarcadère, mais pas n’importe laquelle, une cathédrale du XXIème siècle !

Arrivé au confluent, en dépit d’un ciel couvert et d’une petite pluie fine, une vue magnifique s’offre aux visiteurs sur les jardins jouxtant la cathédrale de la Dormition. Le parterre de fleurs rouges, bien visible sur la photo, affichant « 1.000 », fait référence au récent millième anniversaire de la ville fondée en 1010.

Au loin, on aperçoit les installations industrielles de la ville moderne, construites à bonne distance de l’emplacement de la ville d’origine, dont le centre est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

IAROSLAVL

Vue sur Iaroslavl depuis le confluent, Iaroslav

A Iaroslavl comme dans tous les endroits visités, la ferveur religieuse et les éléments du patriotisme des Russes marquent le paysage urbain par ailleurs agrémentés de beaux jardins.

Cathedrale de la dormition

La cathédrale de la Dormition a été édifiée au confluent de la Volga et du Kotorosl. Depuis une première construction au début du XIIIème siècle, elle a subi de nombreuses restaurations, voire de vraies reconstructions et divers aménagements jusqu’à sa destruction totale en 1937. La plus récente reconstruction, outre celles du XVIème et XVIIème siècles date du début du ... XXIèmesiècle (2004) ! … où, sur l’emplacement d’origine, a été reconstruite une cathédrale nouvelle aux proportions bien plus imposantes que la précédente. 

En effet, l'ancienne cathédrale avait beaucoup souffert au moment de la Révolution de 1917 et de la période qui suivit, notamment au moment du soulèvement de Iaroslavl contre les Bolchéviks, en 1918. La cathédrale fut partiellement restaurée après cet épisode révolutionnaire, puis ses bâtiments destinés à d’autres usages sous le régime soviétique : bourse du travail, grenier à grain et finalement, elle fut totalement détruite en 1937 pour en faire … un parc de loisirs à cet emplacement !

Après bien des tractations, notamment concernant son financement, c’est en octobre 2004 que sur ce même emplacement, celui des origines, les fondations d’une nouvelle cathédrale de la Dormition ont été bâties ; la construction a duré jusqu’au millénaire de la ville en 2010. Le financement de cet édifice a été essentiellement assuré par un mécène, un richissime homme d’affaires moscovite qui a vu grand avec un clocher de 70 m de hauteur et une capacité d’accueil de 4.000 personnes, dit-on. Ce gigantisme relatif a fait l’objet de diverses critiques, notamment de la part de l’UNESCO, du fait de la modification du cachet de la ville ancienne dont les monuments principaux formaient un « ensemble cohérent » reconnu jusqu’alors par l’UNESCO. D’autres critiques ont été émises, sur un plan plus technique, qui laissent entendre que le poids de l’édifice à cet endroit du confluent où le terrain imbibé d’eau ne présente pas une grande stabilité, très supérieur au précédent, pourrait faire céder les berges et entraîner une catastrophe, ce qui ne s’est pas produit jusqu’ici.

Finalement, le premier service religieux récent date de 2010, date à laquelle la cathédrale a été consacrée par un patriarche.

La fête de la « Dormition de la Très Sainte Mère de Dieu », et que les catholiques appellent aussi « Assomption » est célébrée par l’Eglise orthodoxe le 15 août, semble-t-il. Mais en fait, la distinction entre Assomption et Dormition n’est pas aussi simple pour les non spécialistes.

CathedraledelaDormitionIaroslavl 

A ce stade, une information sur la Dormition ne semble pas superflue …

DormitionA l’origine, une seule et même fête.

Si l’Église catholique célèbre l’Assomption de Marie, l’Église orthodoxe préfère parler de Dormition. Ces termes reflètent deux compréhensions différentes de la Vierge Marie. Ils sont Avec Marie, nous sommes cependant invités à grandir dans la foi.

 Texte original édité par la Conférence des Evêques de France

Après l’Ascension du Seigneur Jésus, les Actes des Apôtresmontrent les Apôtres réunis tous ensemble, « avec quelques femmes, dont Marie, la Mère de Jésus » (Ac 1, 14). En prière, ils attendent la Pentecôte et la venue du Saint-Esprit. Marie est citée pour la dernière fois dans un livre du Nouveau Testament. En effet, les récits bibliques ne racontent pas la fin de sa vie terrestre. Aussi des chrétiens ont rédigé des textes pour l’évoquer. On les appelle des écrits apocryphes, et on y trouve toujours les éléments suivants : un ange annonce à Marie sa mort, paisible et sereine, tel un endormissement. De là vient le terme de « Dormition ». Pour y assister, les apôtres, en mission d’évangélisation dans le monde, sont amenés miraculeusement par des anges. Au moment de l’endormissement de Marie dans sa mort, son âme quitte son corps. A cet instant, le Christ apparaît. Il prend dans ses bras l’âme de Marie, représentée sur les images par un bébé en signe de sa pureté. Il amène l’âme dans le Royaume de Dieu. Les apôtres célèbrent les obsèques de Marie. A la fin, les anges emmènent le corps de Marie au Paradis où son corps retrouve son âme.

L’empereur romain d’Orient Maurice (539-602) décide de célébrer le 15 août cette fête de la Dormition. À l’origine, orthodoxes et catholiques honorent la fin de la vie de la Vierge Marie de façon identique. La différence va s’établir progressivement.

Dormition et Assomption :

Une différence marquée par la vision de l’Église et la foi en l’Immaculée Conception de Marie.

L’Église orthodoxe insiste sur la douceur de la mort de Marie. Elle est tournée vers Dieu, comme durant toute sa vie. Elle n’a pas peur de la mort. Elle sait que Jésus l’accueillera dans le Royaume de Dieu. L’Église catholique ne parle pas de sa mort mais d’Assomption. Ce dogme, défini par le pape Pie XII en 1950, explique qu’à la fin de sa vie, elle fut « assumée », corps et âme. Selon la foi catholique, tout être humain vivra cette même assomption, pas au moment de la mort, mais à la Résurrection de la chair.

Là résident deux différences entre la foi catholique et la foi orthodoxe.

La première concerne l’autorité dans l’Église. Pour les orthodoxes, seul un concile œcuménique, une réunion du pape et de tous les évêques catholiques et orthodoxes, est compétent pour définir un dogme. Ils ne reconnaissent pas au pape Pie XII la légitimité de définir le dogme de l’Assomption et ils ne définissent pas un dogme de la Dormition. Ils refusent aussi le dogme de l’Immaculée Conception, défini par le pape Pie IX en 1854, indiquant que Marie n’a pas été touchée par le péché originel.

La seconde différence réside dans la compréhension de la Conception de Marie. Pie XII rappelle en effet les dogmes de la virginité perpétuelle de Marie, définie au concile œcuménique d’Éphèse en 431, donc reconnue par les orthodoxes, et de son Immaculée Conception. Le dogme de l’Assomption est la conséquence de celui de l’Immaculée Conception. Un privilège divin a épargné Marie du péché originel. Elle échappe donc à la mort, conséquence de ce même péché. Pour l’Orthodoxie, il n’y a pas de privilège dans la conception de Marie. Avec l’aide de la grâce, la Mère de Dieu s’est gardée toute sa vie pure de tout péchépersonnel. Elle a néanmoins été conçue avec le péché originel. Marie a partagé le sort commun de l’humanité, y compris dans la mort.

Pour nous, aujourd’hui, grandir dans la foi en Dieu grâce à l’exemple de Marie.

Dormition et Assomption ne recouvrent donc pas la même réalité. Elles sont cependant source d’espérance de la vie éternelle après la mort.

A l’exemple de Marie, nous sommes invités à ne pas craindre la mort. Elle est le passage avec Jésus pour entrer dans l’amour du Père miséricordieux. Avec Marie, nous sommes aussi invités à vivre notre vie d’enfant de Dieu dès à présent.

Père E. Gougaud, Directeur du service national pour l’unité des chrétiens

Iconostase Dormition

Iconostase dans la cathédrale de la Dormition, Iaroslavl

Mais dès le Moyen Age, Kiev accueille un monastère orthodoxe, résidence du Primat de l’Eglise orthodoxe d’Ukraine, et forme en ce lieu les premiers maîtres iconographes russes. Très progressivement, les icônes ont été assemblées en véritables « bandes dessinées » décorant les iconostases, ces cloisons séparant le sanctuaire du reste de l’église, sur lesquelles sont représentées des scènes de la Bible sur des pans entiers : l’essentiel du récit religieux est rassemblé sur des panneaux de bois en rangées ou registres d'icônes superposées et le « lecteur » peut ainsi suivre le récit de bout en bout.

A l’origine, les églises ne pouvaient pas recevoir sur leurs murs intérieurs de bois le programme de fresques que l'art et la théologie de Byzance avaient élaboré pour des murs de briques et de pierres. Une fois la technique au point pour la réalisation d’icône sur bois, inversement la réalisation de tableaux sur bois a permis de décorer les murs de pierre lorsque les murs étaient en pierres, puis plus tard la réalisation d’icônes directement sur la pierre lorsque les constructions de pierre ont supplanté celles en bois. L’iconographie en Russie représente un véritable art et s’accompagne d’un commerce prospère aujourd’hui encore.

Icone cathedrale Dormition Iaroslavl ANACLE 3791

Icône dans la cathédrale de la Dormition, Iaroslavl

Dès notre retour à bord, vers 13h45, le déjeuner nous attend et à 14h, le navire appareille comme prévu pour Goritsy. Encore une matinée chargée …

L’après-midi à bord se passe sereinement.

Certains s’essayeront au chant en langue russe, à la danse, d’autres à la peinture décorative des matriochkas, d’autres encore iront aux salons-bars situés à l’avant du navire, etc. 

Outre les activités proposées dans les divers ateliers, il reste la possibilité de se promener dans les coursives et sur les ponts du navire, car la pluie a cessé et le ciel s’est dégagé. 

De plus, le spectacle de cette Nature immense, cet océan de verdure à l’infini dès que nous avons quitté les banlieues de la ville, ce calme rythmé par le ronronnement des moteurs, ce fleuve majestueux par sa largeur et son eau calme, tout ici suggère la tranquillité et la contemplation, sans aucun rapport avec ces croisières furieuses à plusieurs milliers de vacanciers sur des navires géants, entassés aux bords des piscines ... Et en cette saison d’automne avec les rayons du soleil rasant au coucher, la Nature offre une palette de couleurs extraordinaire !

6 Septembre 2019  GORITSY    Meteo  + 19°C

Nous naviguons depuis le début d’après-midi de la journée précédente et notre arrivée à Goritsy interviendra vers 13h. La météo reste agréable et sans précipitations.

Le village de Goritsy se trouve au bord de la rivière. Le débarcadère nous permet de regagner la terre ferme et la zone d’accès aux autobus. Sur le chemin, c’est un véritable petit marché qui accueille le touriste en lui proposant guides et souvenirs comme il se doit.

Ici, nous sommes visiblement dans une zone rurale encore loin de la frénésie des villes et de leur modernité : beaucoup de verdure, de petits oiseaux qui s’égayent dans les arbres, peu de véhicules sinon les cars pour touristes. Nous sommes « en province » et au premier abord se dégage cette impression de temps « ralenti », de coin paisible.

Mais les consignes sont claires : débarqués à 13h, nous serons de retour à bord à 15h15 au plus tard, transfert vers le monastère inclus et finalement. Dans le temps qui nous est imparti – et qui pour nous n’est pas vraiment « ralenti » - nous nous rendrons au monastère Saint-Cyrille-du-Lac-Blanc.

Monastere Saint Cyrille entreeLe monastère Saint-Cyrille-du-Lac-Blanc se situe au sud du lac Blanc, au bord du lac Siverskoye, à proximité de la petite ville de Kirillov. Ce monastère fut fondé à la toute fin du XIVème siècle par un moine, Cyrille, devenu saint Cyrille du lac Blanc.

La légende raconte que Cyrille était père supérieur au monastère Saint-Simon de Moscou et qu’il cherchait à se consacrer à la prière plutôt qu’au fonctionnement du monastère. Dans sa quête de solitude et de prière intense, il aurait eu une nuit à l’occasion d’une prière, une Révélation lui ordonnant de partir vers le Nord pour fonder un monastère. Malgré son âge relativement avancé pour l’époque, 60 ans, il partit avec un disciple, le moine Pherapont qui connaissait la région.

Tous deux s’installèrent dans un endroit très boisé de la région de l’actuel village de Goritsy pour y fonder une première cellule monastique, en bois, puis Pherapont se sépara bientôt de Cyrille pour fonder son propre monastère une quinzaine de kilomètres plus loin. La date retenue comme date de la fondation du monastère Saint-Cyrille est fixée en 1397, et la première église du monastère, consacrée à la dormition de la Mère de Dieu, fut construite sur le modèle du monastère Saint-Simon de Moscou, avec l'aide des indigènes. 

Dès lors, une communauté monastique s’est progressivement formée et le monastère acquiert peu à peu une grande réputation dans cette région. 

Indépendamment du monastère lui-même, l’environnement semble très agréable, situé en pleine nature et à proximité des cours d’eau et lacs. On imagine néanmoins la rigueur des éléments naturels en hivers à cette époque et la légende rapporte d’ailleurs que grâce au froid dans les cellules, aux jeûnes monastiques et aux herbes, les premières générations de moines auraient vécu centenaires … il y a plus de 600 ans. Saint-Cyrille lui-même serait mort à l'âge de 90 ans.

Un siècle après la construction initiale, à la fin du XVème siècle, un incendie détruit le monastère en bois et celui-ci sera reconstruit en pierres. Progressivement au cours du XVIème et XVIIème siècles ont été édifiés les éléments qui forment l’ensemble architectural impressionnant par sa taille et sa beauté que l’on peut encore visiter aujourd’hui.

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Monastère Saint-Cyrille-du-Lac-Blanc, Goritsy

A partir du XVIème siècle, le monastère devient un lieu de pèlerinage pour les boyards, les princes et les Tsars. Assez naturellement, la fortune des visiteurs de haut rang enrichit le monastère par le biais de dons, dotations et cadeaux divers. Ces moyens financiers et matériels permettent l'expansion de la communauté, l’essor intellectuel et le rayonnement du Monastère, notamment la création d’une bibliothèque parmi les plus grandes du pays – à une époque où l’imprimerie n’existe pas – ainsi que la construction de nouveaux bâtiments

Plan domaine Saint Cyrille
  1. Cathédrale de la Dormition
  2. Palais de l’archimandrite (XVIIe)
  3. Église de la Présentation-de-la-Vierge
  4. Réfectoire
  5. Cuisine (XVIe-XVIIe)
  6. Cellules de la cuisine (1680-1685)
  7. Cellules des moines (XVIIe-XIXe)
  8. Chapitre
  9. Trésor du monastère (XVIe-XVIIe)
  10. Tour-clocher (1758-1761)
  11. Tour de garde
  12. Église Saint-Jean-Climaque (1569-1572)
  13. Église de la Transfiguration (1595)
  14. Tour Vologdskaïa et galerie des fortifications (XVIIe)
  15. Église en bois de la Déposition-de-la-Robe-de-la-Vierge (1485)
  16. Cellules des prêtres (XVIIe)
  17. Monastère diocésain actuel Cyrille-Belozersky
  18. Église Saint-Cyrille (XVIIIe)

Au cours du premier siècle de son existence, le monastère de la Dormition fut construit en rondins, le bois étant naturellement abondant et facile d’accès dans cette région. Après un incendie qui détruisit l’édifice, celui-ci fut reconstruisit pour faire la cathédrale de la Dormition en briques pendant l'été 1496. La cathédrale a connu ensuite plusieurs modifications entre les XVIème et XVIIIème siècles, avec notamment la construction de trois églises annexes. On peut voir dans cette cathédrale, entre autres, cette très belle iconostase.

iconostase Dormition monaster Saint Cyrille

 Compte tenu de la réputation du lieu, de la qualité de ses visiteurs, l’ensemble à vocation religieuse et monastique à l’origine, puis religieuse et intellectuelle, finit par prendre un caractère également militaire pour en assurer la protection et la défense. Peu à peu le monastère prend l'allure d'une place forte et une fonction de protection, notamment pour les princes de Moscovie – l’Etat russe médiéval le plus puissant à l’époque avec la République voisine de Novgorod – contre les incursions de la république de Novgorod. Etant donnée sa situation géographique, il prendra en même temps une fonction commerciale dans les échanges avec les contrées du Nord, surtout pour le sel et le poisson. Et finalement, au XVIème siècle, le monastère Saint-Cyrille s’affirme comme le second monastère de Russie.

Au début du XVIIème siècle, dans la période du « Temps des troubles », les troupes polonaises et lituaniennes envahissent la Russie ; à cette occasion, elles essaieront en vain de prendre le monastère. Les troupes assaillantes pilleront et détruiront les villages environnants, mais ne parviendront pas à s'emparer du complexe religieux en raison de ses fortifications imposantes.

Monastere Saint Cyrille

Monastère Saint-Cyrille-du-Lac-Blanc, Goritsy

Dans la deuxième moitié du XVIIème siècle, en raison de son emplacement stratégique important et par crainte de nouvelles attaques, notamment des Suédois, le Tsar Alexis Ier ordonnera le renforcement des fortifications d'enceinte qui feront de ce monastère et de l’ensemble des bâtiments associés une vraie forteresse. Le monastère a été agrandi, les remparts réparés ou reconstruits à des dimensions extraordinaires de 730 m de long et de 7 m d'épaisseur. 

A cette période d’expansion succédera le début du déclin, marqué notamment par les mesures anticléricales ou anti-monastiques du Tsar Pierre le Grand, puis plus tard par Catherine II qui décrétera la sécularisation (transfert à l'État des biens ecclésiastiques ) de tous ses biens en 1764.

Le déclin se poursuivra à la suite de la Révolution russe de 1917 : les autorités communistes de la région laisseront piller le monastère et l’évêque en place, pour tout secours demandé aux autorités, sera arrêté par l'Armée rouge en septembre 1918 et fusillé en tant qu'ecclésiastique.

Malgré les persécutions, une vie monastique perdurera jusqu'en 1924, date où le dernier père supérieur du monastère sera également assassiné par les communistes, et les moines chassés. Le complexe sera transformé en musée mais subira encore des saccages et des pillages. On raconte en particulier que l'ensemble de cloches du monastère, l'un des plus importants de Russie, vieux de plusieurs siècles, aurait été volé et refondu pendant la période communiste

Après l’effondrement de l’Union soviétique, en 1991, une partie du monastère a été restituée à l'Église orthodoxe russe pour y renouveler une activité monastique et en 1998, le monastère a été inclus par décret présidentiel dans la liste du patrimoine culturel exceptionnel de Russie après six siècles d’existence.

Retour à bord à 13h15, comme prévu et déjeuner à bord. Appareillage à 15h30 pour Kiji, prochaine étape. Après le déjeuner, après-midi à bord, partagé entre repos, ateliers d’artisanat à volonté, leçons de langue russe, leçons de danse au théâtre, etc.

7 Septembre 2019    KIJI   Meteo+ 13°C

La navigation se poursuit tranquillement vers le nord ; ceci est perceptible à la température extérieure qui sans être fraîche a tout de même baissé.

Les activités à bord sont les mêmes que la veille après-midi. Différents ateliers proposent des initiations en langue, en décoration, en cuisine même avec une initiation à fabrication des blinis (petite crêpe épaisse confectionnée la plupart du temps avec une farine de blé et cuite à la poêle).

Ceux qui veulent prendre l’air peuvent profiter de la navigation sur le lac Onega que nous traverserons entièrement du sud au nord pour atteindre en soirée l’archipel de Kiji. Sur ce lac immense, une petite brise s’est levée et des vaguelettes apparaissent. Il paraît d’après l’équipage que lorsque les vents se déchaînent, on navigue sur le lac à peu près comme en mer. D’ailleurs, vers 12h30, l’équipage a convié notre groupe à une visite de la passerelle.

Passerelle navire visite ANACALE 3939

Adoubement Commandant 3944

Adoubement commandant 3945

Le déjeuner est pris entre 14h et 16h à bord et vers 17h le navire accoste sur l’île de Kiji. A cette heure-là de la journée, le soleil déjà bien déclinant donne un éclairage particulier à l’ensemble paroissial qui caractérise l’endroit, et vu depuis le pont du navire à l’approche, cet ensemble « architectural » semble « irréel », tout droit sorti d’un conte pour enfant : la limite entre le rêve et la réalité devient floue.

Le temps de reprendre ses esprits, et le voyageur se dirige vers le débarcadère.

Pogost de Kiji ANACLE 9479

« Pogost de Kiji », vu du navire à l’accostage

Eglisedela Transfiguration Kij ANACLE 3995

Église de la Transfiguration à gauche, église de l’Intercession à droite

L'île de Kiji (ou Kizhi) se trouve dans l'archipel du même nom, dans la partie septentrionale du lac Onega.  Le nom de l’île - d’ailleurs orthographié de différentes manières en alphabet latin – proviendrait du mot carélien « kijat » signifiant « lieu où l’on joue, aire de jeu », sans doute dans la mesure où l’île fut jadis un lieu d’organisation de jeux rituels des tribus finno-ougriennes installées de longue date dans la région.

Pascal Elisabeth 1834

Plusieurs villages se trouvent sur cette île de la République de  Carélie, au sein de la Fédération de Russie. L’île de Kiji est  essentiellement connue du fait de cet ensemble architectural  hors normes constitué de deux églises avec clochers datant du XVIIème et XIXème siècles encore appelé « pogost de Kiji », le terme de « pogost » désignant les enclos paroissiaux entourant les édifices à caractère religieux. Cet ensemble est classé au patrimoine mondial de l'humanité dans la liste établie par l'UNESCO.

Les plus anciens trésors culturels de cette région septentrionale du lac d’Onega sont constitués de monuments d’ancienne architecture en bois, et des productions de l’art décoratif local, les icônes au premier chef, mais également la broderie, le tissage, la sculpture du bois, la bijouterie d’argent. Mais la région est également connue pour son folklore, légendes russes évoquant les temps anciens, chansons épiques transmises de génération en génération. 

 

Technologie

A ce stade, une petite parenthèse technologique s’impose. Les peuples indigènes utilisaient le bois pour la construction, tant des habitations que des monuments, à l’exception des fondations de l’édifice pour les plus importants, fondations alors réalisées en pierres, matériau bien plus rare que le bois. Ce choix résultait d’une analyse pertinente opérés dans les ressources disponibles : ici le « bois du Nord », entre autres espèces utilisées avec le sapin, plus précisément le « tremble d’Europe », une variété de peuplier qui pousse naturellement en abondance dans cette région, et qui présente beaucoup d’avantages.

Ce bois est abondant à proximité, offrent des propriétés mécaniques compatibles avec l’usage que veulent en faire les charpentiers-architectes pour un poids moindre que l’équivalent en pierre.

En outre, dans ces régions particulièrement froides l’hiver, les bactéries susceptibles d’attaquer le bois sont naturellement et systématiquement éliminées par les températures très basses. Du reste, de manière générale, le bois résiste mieux au gel qui fait littéralement éclater la pierre si d’aventure l’eau pénètre dans des cavités ou des microcavités du matériau. Enfin, le bois de tremble présente en plus la particularité naturelle de ne pas gauchir, d’absorber l’humidité lorsqu’il pleut au prix d’un assombrissement de sa couleur extérieure, et de sécher rapidement après les intempéries en prenant alors une couleur argentée, celle qu’on peut observer notamment sur les coupoles des églises, couvertes de « lemekhs », lames de tremble ciselées en forme de soc, tuilées par recouvrement partiels les unes sur les autres pour assurer la couverture des toits, quelles que soient leurs formes, à la manière des tuiles en terre cuite. 

Inconvénient majeur du bois de tremble, il brûle assez facilement, ce qui explique en partie les nombreux incendies, accidentels ou volontaires.

A ce matériau judicieusement choisi, les architectes associaient des techniques de constructions élaborées : par exemple l’absence de joints calfeutrés de mousse ou d’étoupe, l’absence d’utilisation de clous métalliques susceptibles d’endommager le bois et de se dissoudre sous l’action du tanin à la longue. Les nombreuses fentes volontairement laissées dans la construction permettaient d’assurer une ventilation naturelle continue de la construction, la débarrassant d’une humidité latente qui, avec les différences de températures entre extérieur et intérieur, auraient générer une condensation malsaine pour le bois, malsaine également pour le la vie à l’intérieur de l’édifice. En contrepartie, l’édifice ne pouvait pas vraiment être chauffé pour l’habitation.

Les plans verticaux sont principalement constitués de rondins de sapin ajustés, les coupoles recouvertes de « lemekhs », les formes particulières proportionnées idéalement, le tout assemblé avec un art propre à cette région, mariant l’esthétique et la géométrie, la maîtrise dans l’ordonnancement des travaux et la performance dans la conduite de chantier, puisque les chantiers ne pouvaient durer que l’espace de la belle saison, au mieux entre les mois d’avril et de novembre.

Au-delà des considérations techniques, le pogost de Kiji offre une multitude de silhouettes selon l’angle d’observation de l’ensemble. Et quel que soit le point de vue, celui-ci reste esthétique avec les 21 coupoles de la Transfiguration qui semblent en suspension dans l’air, les profils différents de l’édifice selon le panorama en fond de paysage, et selon l’éclairage du soleil.

Pogost de Kiji

« Pogost de Kiji », vu du chemin vers l’embarcadère

KIJI ANACLE Coucherdu soleil 4060

Coucher du soleil sur le lac Onega

19h15, retour à bord et 19h30, fin de cette parenthèse, appareillage pour Mandrogui que nous atteindrons le lendemain à midi, en descendant le Svir, exutoire du lac Ladoga vers le lac Onega.

Après le dîner, la soirée est agrémentée des présentations théâtrales de ceux qui ont participé aux ateliers de théâtres, dans différentes langues. Un moment de communication …

8 Septembre 2019     MANDROGUI     Meteo+ 17°C

Il s’agit là de l’escale la plus « commerciale » de ce voyage. Nous avons quitté l’île de Kiji la veille à 19h. La matinée à bord se passe au calme d’un dimanche matin. Pour le groupe, en dehors des activités habituelles, Monseigneur Ellul invite les fidèles à une messe à bord, dans la salle de théâtre à 9h, suivie d’un exposé sur le Normandie-Niémen à 10 h illustrant la cérémonie des premiers jours.

Monseigneur J-Pierre Ellul en action

Messe Mgr ELLUL

Messe du dimanche 8 septembre 2019

Le général J-Paul Andréoli, Armée de l’air 

ANDREOLI Jean Paul 

Exposé sur le « Normandie-Niémen »

A midi, le navire accoste à Mandrogui, sur le fleuve Svir, en direction du lac Ladoga. Chacun est libre d’organiser sa visite comme il l’entend, individuellement. Cette escale permettra aux amateurs de souvenirs de faire toutes les provisions imaginables en ce domaine. Les seuls points de rendez-vous communs sont le pique-nique sous une « tente » gigantesque – en fait un hangar en forme de tente – pour le déjeuner et l’embarcadère pour l’appareillage pour Saint-Pétersbourg prévu à 15h30.

Maison Mandrogui

Maison stylée, Mandrogui

Mandrogui se situe à mi-chemin entre le lac Ladoga et le lac Onega, les deux plus grands lacs d'Europe. C'est sur la rive gauche de la rivière Svir que des pêcheurs vepses avaient construit ce village, avant que celui-ci ne soit totalement détruit lors de l'occupation finlandaise à la fin de la Seconde guerre mondiale. En 1990, un riche entrepreneur russe a racheté les vestiges de Mandrogui afin de « ressusciter » ce village, pour en faire un village-musée à ciel ouvert.

Les meilleurs artisans de Russie travaillant le bois ont redonné vie au village de manière à y montrer les richesses de l'architecture russe traditionnelle, à base de bois, les savoir-faire ancestraux mais également les richesses de l’artisanat de cette région. Aujourd'hui, un vrai village existe : signe des temps, une crèche et une école ont été ouvertes, preuve de la vitalité de cet ensemble resurgi du passé et qui emploierait plus de 200 personnes vivant essentiellement du tourisme, car Mandrogui semble le point de passage obligé des croisières entre Moscou et Saint-Pétersbourg, et plus généralement des visites du nord de la Russie.

Le travail des Matriochkas...

Matriochkas

Le travail des matriochkas, Mandrogui

Ce  musée de la vodka rassemblerait environ 2.500 variétés de vodkas, l’alcool national russe connu dans le monde entier, mais également une grande collection de machines utilisées pour sa fabrication, de nombreuses bouteilles originales et toutes sortes d’objets insolites gravitant autour du thème de la vodka. Plus culturel, on y trouve aussi l'histoire de cette boisson traditionnelle ainsi que celle de l'art de la déguster.

Musee Votka

Le musée de la Vodka, Mandrogui

Et tout naturellement, dans une ambiance chaleureuse et conviviale, on y goûte différentes sortes de vodka accompagnées de Zakouski, hors d’œuvres traditionnels russes composés le plus souvent de hareng, de cornichons, d’oignons ou encore de champignons…

Musee Votka 2398

Désolé pour le cadrage de la photo ! c'est suite aux éffets secondaires de la surconsommation mocale... 

Appareillage pour Saint-Pétersbourg à 15h30, comme prévu, soirée à bord habituelle …

Constantin LIANOS Mgr ELLUL Bernard MEYRAN 1928

La Neva est un fleuve récent à l’échelle géologique. Depuis quelques millénaires, la mer Baltique s’est progressivement retirée avec le soulèvement du bouclier baltique, les changements climatiques associés et l’abaissement résultant du niveau de la mer, laissant apparaître sur son empreinte après la fonte des glaces un lac, l’actuel lac Ladoga, désormais la plus grande étendue lacustre du continent européen, dont la Neva constitue depuis l’exutoire vers la Baltique.

Rebert et Antoinette 1512

Le lac Ladoga constitue lui-même l’émissaire du lac Onega, relié directement à la mer Blanche au Nord par le canal Baltique-mer Blanche, à la mer Caspienne et à la mer Noire par la Volga, à la mer Baltique par le Svir. Toutes ces voies navigables permettent un important trafic

Carte Russie NO

Carte Russie nord-ouest (source Internet

La Neva est un fleuve de faible longueur, environ 75 km, qui relie le lac Ladoga à la Mer Baltique, dans l’extrême est du Golfe de Finlande. Ce fleuve offre une largeur entre 400 et 600 mètres sur tout son cours, un débit variant entre 1.000 et 4.000 m3/seconde avec une profondeur minimale d’environ 8 mètres, permettant la navigation de navires à fort tonnage, mais se trouve pris par les glaces en hiver jusqu’ici.

Le fleuve constitue un bras système des Cinq-Mers, le réseau unifié de voies navigables de grande profondeur en Russie d'Europe reliant, grâce à l’hydrographie naturelle et aux différents canaux artificiels et systèmes d’écluses en place, la Mer Baltique et la Mer Blanche au nord, la Mer Caspienne – qui n’a plus ni le statut de mer ni le statut de lac après la « convention de 2018 » entre les pays riverains – au sud-est, et la Mer Noire via le Mer d’Azov au sud-ouest. 

Le delta de la Neva – qui comporte environ une quarantaine d’îles – a été profondément transformé et aménagé par la construction de Saint-Pétersbourg au XVIIIème siècle et l’urbanisation de cette ville depuis maintenant plus de trois siècles.

9 Septembre 2019    ST-PÉTERSBOURG    Meteo  +17°C

Ce matin au petit déjeuner, le bateau a accosté sur les bords de la Neva, à Saint-Pétersbourg. Une petite pluie accompagne notre arrivée alors que nous nous préparons pour la visite de la forteresse Pierre-et-Paul et de la cathédrale de Saint-Pierre et Paul en cette matinée.  

Mais avant de se lancer dans le flot des touristes, quelques éléments sur cette ville au passé extraordinaire, au sens propre du mot.

Plan Saint Petersbourg

Saint-Pétersbourg (Source Internet)

ST PETERSBURG ANACLE 9533

Saint-Pétersbourg

Saint-Pétersbourg, située dans le Nord-Ouest de la Russie au milieu l’embouchure de la Neva, sur les bords de la mer Baltique, au fond du golfe de Finlande, est la deuxième ville d'Europe par sa superficie et la cinquième par sa population – près de six millions d’habitants aujourd’hui (2019), un million au sortir de la Deuxième guerre mondiale – deuxième ville de Russie après Moscou, la capitale actuelle. Saint-Pétersbourg, ancienne capitale de la Russie impériale, a le statut de ville d'importance fédérale, enclavée dans l'oblast de Léningrad, mais en est administrativement indépendante.

Une forteresse – la forteresse de Nyenschantz – marquait la frontière de l’Ingrie, telle que les Suédois appelaient cette contrée, disputée de longue date entre la principauté de Novgorod et le royaume de Suède, et fut l’objet d’âpres combats jusqu’au XVIIème siècle. C’est en 1703 que les troupes du tsar Pierre Ier, plus connu sous le nom de Pierre le Grand, finirent par s’emparer de cette forteresse et poursuivirent leur chemin de conquête le long de la Neva jusqu’à l’embouchure du fleuve dans le golfe de Finlande. C’est là que Pierre le Grand trouva l’endroit « idéal » pour bâtir sur une petite île du delta de la Neva une nouvelle forteresse et c’est à proximité qu’il décida d’ériger les premiers bâtiments de la future capitale, dès le printemps 1703, avec pour ambition d’ouvrir une « fenêtre sur l'Europe » et contribuer par là même à hisser la Russie au rang des grandes puissances européennes. Moins de dix ans après, en 1712, la ville nouvelle fut déclarée capitale de la Russie, puis capitale de la Russie impériale à partir de 1721, date à laquelle Pierre le Grand prend le titre « d’Empereur de toutes les Russies », et la cour dut quitter Moscou pour s’installer à Saint-Pétersbourg, géographiquement excentrée dans la Russie européenne du début du XVIIIème siècle. 

Le centre-ville fut construit sur les directives des souverains russes successifs depuis la date origine, notamment Pierre le Grand, le fondateur de la ville, ainsi que Catherine II la Grande (1729-1796), « autocrate éclairée », mais en fait chacun des souverains pendant deux siècles a marqué la ville de son « empreinte » en y imposant un style architectural à la fois reflet de sa personnalité, de sa politique, des influences subies ou recherchées, et des événements de son époque. Et finalement, à la fin de l’empire en 1917, la ville présente une architecture unique, mélange de styles baroque et néo-classique venus d’Europe, œuvre d’architectes et d’artisans d'origine hollandaise, allemande, italienne et française pour l’essentiel. 

ST PETERSBURG ANACLE 9522

En outre, au XIXème siècle, la ville s’est affirmée comme le principal port commercial et militaire de la Russie et le deuxième centre industriel du pays, après Moscou, et depuis sa fondation jusqu’au début du XXème siècle, Saint-Pétersbourg a été, outre la capitale officielle de la Russie impériale, le principal centre intellectuel, scientifique et politique du pays. Il se trouve d’ailleurs que les révolutions russes de 1905 comme de 1917 ont pris leur origine dans de ce port. Capitale de de la Russie impériale de 1721 jusqu'en mars 1917, puis de la Russie dirigée par les deux gouvernements provisoires entre mars et octobre 1917, Saint-Pétersbourg a conservé de cette époque un ensemble architectural unique. 

Deuxième port russe sur la mer Baltique après Primorsk, Saint-Pétersbourg reste aujourd’hui un centre majeur de l'industrie, de la recherche et de l'enseignement russe, ainsi qu'un important centre culturel européen. 

Le centre-ville de Saint-Pétersbourg est inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1990. Un certain parallèle a été établi avec les villes de Venise en Italie ou Palmyre l’ancienne en Syrie, et les surnoms de « Venise de la Baltique » pour ses canaux et rivières bordés de palais ou de « Palmyre du Nord » pour ses colonnades et perspectives de palais, de bâtiments, de parcs et d'avenues, lui ont été attribués.

Enfin, pour des raisons directement liées à son histoire, Saint-Pétersbourg a changé plusieurs fois d'appellation : elle a été rebaptisée Pétrograd de 1914 à 1924, puis Léningrad de 1924 à 1991, avant de retrouver son nom d'origine à la suite d'un referendum après la disparition de l’URSS en 1991. Nicolas II avait remplacé le nom allemand « Petersburg » par le nom russe de « Petrograd » pendant la Première guerre mondiale avec l'Allemagne, et Petrograd resta la capitale de la Russie jusqu'au 11 mars 1918. La ville de Petrograd fut par ailleurs le théâtre des soulèvements à l’origine des révolutions russes de 1917 et de l'émergence des institutions gouvernementales soviétiques. Après la mort de Vladimir Lénine, l’inspirateur idéologique de la Révolution d'Octobre 1917, lors du deuxième Congrès des Soviets le 26 janvier 1924, il fut décidé de changer le nom de Petrograd pour Léningrad, afin de perpétuer la mémoire du grand dirigeant du prolétariat, fondateur et premier chef de l'Etat soviétique, changement soutenu par les résolutions du prolétariat de Petrograd. Ainsi, le nom de Leningrad a été définitivement associé à la Révolution russe, mais il l’est également au blocus de neuf cents jours de septembre 1941 à janvier 1944 pendant la Grande guerre patriotique – terme par lequel l'Union soviétique désigne le conflit qui l'oppose à l'Allemagne nazie dans la Deuxième guerre mondiale à partir du 22 juin 1941– au cours de laquelle environ 800.000 habitants de Leningrad sont morts essentiellement de la faim, de froid et de maladies, et accessoirement des combats. Le siège de Leningrad sans parvenir à prendre la ville constitue l’un des revers militaires majeurs de l’armée allemande engagée dans l’opération Barbarossa, et par le courage et l'héroïsme de sa population dans sa résistance, Leningrad est devenue la première cité héroïque soviétique. La ville et ses sites importants ont survécu malgré tout, et à l'époque soviétique après la guerre, Leningrad était redevenue une capitale culturelle du pays. Les monuments de l'architecture, dont certains furent détruits pendant la guerre ont été restaurés, de nouveaux monuments glorifiant la victoire ont été édifiés et la ville a repris son développement, avec notamment la construction d’un métro dans les années 1950. Enfin, le nom historique de Saint-Pétersbourg a été rendu à la ville en 1991, après la chute de l’URSS. La politique mise en œuvre depuis par les autorités locales et centrales a permis de redonner progressivement à la ville des moyens significatifs pour l’entretien et la restauration de son patrimoine exceptionnel.

Nous avons commencé la visite de Saint-Pétersbourg par la forteresse Pierre-et-Paul, après un transfert en autocar entre le navire à quai et le centre-ville.

Forteresse St Petersbourg

Forteresse Pierre-et-Paul, Saint-Pétersbourg (source Internet)

Cette forteresse, lieu de fondation de la ville en 1703 par Pierre le Grand, abrite plusieurs bâtiments, dont notamment la cathédrale Pierre-et-Paul où sont inhumés presque tous les empereurs russes depuis Pierre le Grand ainsi que le musée municipal de Saint-Pétersbourg. Construite pendant la Grande guerre du Nord contre les Suédois, cette forteresse devait avoir une fonction militaire à l’origine. Reconstruite en pierres, sa fonction militaire est finalement restée symbolique, et elle a abrité essentiellement des lieux de détention dès l’origine, notamment pour des personnalités, et jusqu’aux révolutions de 1917.

La visite s’est poursuivie par celle du mausolée des empereurs, la cathédrale Saint-Pierre-et-Paul.

Cathedrale Saint Pierre et PaulLa cathédrale Saint-Pierre-et-Paul se trouve située dans la forteresse Pierre-et-Paul à Saint-Pétersbourg. Construite de 1712 à 1733 sur les directives de Pierre le Grand en remplacement d'une église en bois, elle devrait à l’origine servir de collégiale, mais elle deviendra par finalement la nécropole de la famille impériale russe des Romanov. C’est que sous le règne de Pierre le Grand, le lieu d'inhumation des membres de la famille impériale n'était pas encore bien établi, mais plusieurs de ses enfants y ont été enterrés avant même l’achèvement des travaux, et de fait par la suite, pratiquement tous les empereurs et impératrices de Russie furent inhumés dans cette cathédrale, à quelques exceptions près. Les tombeaux sont en marbre blanc avec une croix orthodoxe et généralement ornés des aigles bicéphales impériaux, à l’exception de ceux d’Alexandre II et de son épouse.

C’est en juillet 1998 que le dernier empereur Nicolas II de Russie, son épouse, ses enfants et quelques fidèles, tous exécutés le 17 juillet 1918 à Iekaterinbourg en Sibérie occidentale, jetés dans une fosse commune à l’époque – dont les restes furent retrouvés par les autorités russes en 1990 – ont été finalement inhumés dans cette cathédrale.

Cette cathédrale a été fermée en 1919 après la Révolution puis rouverte en 1924, alors convertie en musée, avant de reprendre une fonction religieuse seulement en 2000.

Dans la même matinée, nous avons vu également la cathédrale de la Résurrection.

Elisabeth Ière, plus connue sous le nom d’Elisabeth la Clémente, fille de Pierre le Grand née en 1709, héritière du trône impérial, fut impératrice de Russie pendant vingt ans, de 1741 à 1761, la dernière des Romanov de pure souche russe. Privée de l’accession au trône impérial par diverses factions dans un premier temps, elle décida qu’elle terminerait une vie calme dans un lieu monastique. Et c’est ainsi que la future impératrice décida de faire construire un couvent comprenant une église, un clocher et un institut de jeunes filles pour l’aristocratie, à la place de la « maison de Smolny », le palais dans lequel elle avait passé sa prime jeunesse à Saint-Pétersbourg. Elle confia les travaux de construction à un architecte italien de renom, Bartoloméo Rastrelli – celui-là même qui construisit également, avec d’autres, le Palais de Peterhof et le Palais d’Hiver à Saint-Pétersbourg – et les travaux commencèrent en 1748.

L’Institut Smolny – plus connu comme quartier général de Lénine pendant la révolution de 1917 que comme couvent – fut achevé en 1764 et la cathédrale de la Résurrection seulement en 1835.

Cathedrale de la Resurrection Saint Petersbourg ANACLE 2019 4097

Cathédrale de la Résurrection, Saint-Pétersbourg

Et après le déjeuner en ville, départ pour la visite – du moins l’aperçu – des jardins du Palais de Peterhof, une municipalité de l’agglomération de Saint-Pétersbourg connue pour sa série de palais et de jardins, construits sur ordre de l'empereur de Russie Pierre le Grand dans les années 1720 et surnommée la « Versailles russe ». 

Pour un Français, les jardins de Peterhof ne manquent pas de rappeler ceux du Palais de Versailles dans leur conception, notamment pour ce qui concerne fontaines et jets d’eau, sauf bien sûr que ces jardins donnent sur les bords de mer, de la Baltique, à la différence de Versailles. L’affluence touristique y est également comparable en tous points. Mais on retiendra une architecture et des jardins magnifiques, tout en imaginant le calme et la beauté du lieu à l’époque, sans les hordes de touristes.

Palais de Peterhof, Saint-Pétersbourg  

Le palais de Peterhof se situe dans le district de Peterhof à environ 25 km du centre de Saint-Pétersbourg, sur la rive sud du golfe de Finlande, en bord de mer Baltique. Compte tenu du temps imparti, nous n’avons pas eu l’occasion de visiter le Palais lui-même, mais « seulement » ses jardins.

Peterhof 

Saint-Pétersbourg de nuit

Après cet après-midi consacré à la visite de ces jardins magnifiques du Palais de Peterhof, jardins prolongés par un parc boisé très agréable jusqu’au bord de la mer Baltique, retour au navire à notre port d’attache pour le dîner à bord, avant – pour les plus courageux compte tenu de la fatigue de cette longue journée – la visite de Saint-Pétersbourg de nuit, pour ses illuminations et la fameuse « levée des ponts ». Le déplacement, certes un peu tard dans la nuit, valait la peine, pour le plaisir des yeux et pour cette ambiance presque « festive » particulière au centre-ville sur les grandes places, avec beaucoup moins de touristes à ces heures avancées de la nuit que dans le reste de la journée. Car la ville de Saint-Pétersbourg, comme celle de Moscou, accueillent des visiteurs en nombre, peut-être même en trop grand nombre, venus du monde entier admirer le meilleur de la Russie.  

Palais Hiver Saint Petersbourg 

 Ouverture du pont Saint Petersbourg 4178 

LePalaisdeletat Major Saint Pétersbourg ANACLE 4169 

Saint-Pétersbourg, ville maritime, port de commerce, port militaire et ville de garnison sur la Baltique

L’Aurore est un croiseur de la flotte de la Baltique de la Marine impériale russe, ancré sur les bords de la Neva à Saint-Pétersbourg. Il fut nommé ainsi en l'honneur de la frégate à voile Aurore qui se distingua lors de la bataille de Petropavlovsk pendant la guerre de Crimée, en 1854. Ce croiseur a participé à la guerre russo-japonaise en 1905 et également à certaines opérations navales lors de la Première Guerre mondiale. Mais il est surtout connu comme un symbole de la révolution d'Octobre, réputé avoir tiré le coup de canon « signal » de l'attaque imminente du palais d'Hiver, siège du gouvernement provisoire, lors de la Révolution octobre 1917.

Lecroiseur Aurore Saint Petersbourg ANACLE 4184

Pont Saint Petersbourg ANACLE 2019 4196

10 Septembre 2019     ST-PÉTERSBOURG    Meteo  + 17°C

Cette deuxième journée passée à Saint-Pétersbourg fut consacrée à la visite du centre-ville et en particulier de l’Ermitage. C’est dans la matinée que l’autocar a déposé le groupe à proximité de l’entrée publique du Musée de l’Ermitage, dans une foule de touristes denses et quelque peu désagréable. Mais c’est là sans doute le signe de l’extraordinaire attraction que représente le Musée de l’Ermitage et le complexe architectural autour de la place du Palais, à la fois célèbre et chargée d’Histoire, pour les touristes du monde entier. Car dans la file d’attente pour l’entrée au Musée, on entend toutes langues du monde et bien peu le russe.
Ce n’est qu’après une longue attente que notre groupe a enfin été en mesure de franchir l’entrée du Musée, avec les tickets obtenus de haute lutte par nos guides.

 

La Place du Palais

Le musée de l’Ermitage est un des plus grands musées du monde, si ce n’est le plus grand. En fait, ce musée fait partie d’un complexe architectural édifié autour de la Place du Palais, une des principales places de Saint-Pétersbourg, située à une des extrémités de la perspective Nevski, non loin du pont du Palais qui mène à l'île Vassilevski, l’île des Douze collèges, l’une des plus importantes de la ville par sa surface comme par sa fonction originelle, les douze ministères ayant été bâtis sous le règne de Pierre le Grand, puis cédés à l’Université d’Etat de Saint-Pétersbourg à partir de 1830.
Cette place est très connue en raison des événements de portée mondiale qui s’y sont déroulés, en particulier le Dimanche rouge lors la Révolution de 1905, avec la répression sanglante d'une manifestation populaire sur la place du palais d'Hiver par l'Armée impériale, qui marque le début de la révolution russe de 1905. De même avec l’assaut des Gardes rouges, les détachements ouvriers armés conduits par les bolcheviks au début de la révolution d’octobre 1917, qui prennent sans résistance le contrôle du port, des ponts, des gares, des centres névralgiques de Pétrograd, avant de lancer un assaut final sur le palais d'Hiver (assaut dont le signal aurait été donné par le tir au canon du croiseur Aurore, ancré un peu plus loin sur la Neva …).

Place duPalais nuit Saint Petersbourg

La Place du Palais, de nuit, Saint-Pétersbourg (source Internet)

Le complexe architectural a été bâti progressivement, avec un sens de la perspective exceptionnel.
Le plus ancien des bâtiments encadrant la place est le Palais d'Hiver, celui-là même qui abrite aujourd’hui la partie publique du musée, édifié par sous le règne des impératrices entre 1754 et 1762 dans un style baroque.
Les bâtiments qui font face au Palais d’Hiver de l’autre côté de la place n’ont été construit qu’une cinquantaine d’années plus tard. C’est Alexandre Ier qui a souhaité ériger un monument à la gloire de la victoire de la Russie sur les Armées de l’empereur français Napoléon Ier. Le bâtiment a été dessiné et réalisé en forme d’arc de cercle, avec en son milieu un double arc de triomphe surmonté d'un quadrige romain, pour accueillir l’Etat-major (à cette époque, Saint-Pétersbourg est la capitale de la Russie impériale).
Les bâtiments côtés est et ouest ont été construits plus tard encore, autour des années 1840, pour conforter l’Etat-major avec respectivement un édifice pour abriter l'état-major de la Garde impériale et un autre pour l'Amirauté.
Au centre de la place a été érigée dans les années 1830 la « colonne d’Alexandre », destinée à commémorer la victoire d'Alexandre Ier sur les Armées napoléoniennes et cette place est devenue le lieu des manifestations mémorielles militaires. C'est notamment sur cette place qu'ont lieu les défilés militaires de la Victoire dans la Grande guerre patriotique – la guerre contre l’Allemagne nazie entre 1941 -1945.
Bien que construits à des époques différentes, par des architectes d’origines diverses, sous les directives des souverains successifs et dans des styles propres à chaque époque et à chaque architecte, cet ensemble présente une harmonie exceptionnelle et constitue une des plus belles places de la ville de Saint-Pétersbourg, de jour comme de nuit, grâce à un éclairage approprié et généreux qui met en valeur cet ensemble.

Le Musée

Au tout début du XVIIIème siècle, le fondateur de Saint-Pétersbourg, le tsar Pierre le Grand, ambitionnait de faire de cette ville nouvelle non seulement la capitale politique de la Russie, mais également une ville d’art et de culture, à la fois tournée vers l’Europe et vitrine du meilleur de la Nation russe.
Le Musée de l’Ermitage occupe aujourd’hui un imposant complexe architectural comprenant successivement – le long de la rive gauche de la Neva – le Palais d’Hiver, le Petit Ermitage, le Vieil Ermitage (ou Grand Ermitage) et le théâtre de l’Ermitage. Le Nouvel Ermitage ainsi que le Palais de l’Etat-major, bâtiments attenants vers l’intérieur des terres en direction de l’Est sont postérieurs au complexe de l’Ermitage et ne sont pas visibles depuis les berges. Le Musée expose encore des collections dans les bâtiments de l’ancien Etat-major.
Historiquement, le premier bâtiment de l’Ermitage fut le Palais d’Hiver, construit en 1711 sous le règne de Pierre le Grand, initialement résidence principale des empereurs de Russie, puis reconstruit en 1721, puis en 1754 sous le règne d’Elisabeth la Clémente, avec pour ambition d’incarner avec plus de faste et de grandeur la puissance de la dynastie impériale russe. Le Palais d’Hiver fut par la suite ravagé par un grave incendie, en 1835, et reconstruit à l’identique sous le règne de Nicolas Ier. C’est ce bâtiment qui constitue aujourd’hui la partie principale des salles du Musée actuel. Car le Palais d’Hiver prit réellement sa fonction de musée à partir de 1764, lorsque l’impératrice Catherine II, l’autocrate éclairée, décida de transférer les chefs-d’œuvre acquis et accumulés dans le Petit Ermitage voisin vers les salles du Palais d’Hiver aménagées dans ce but. La place manquant pour abriter ces collections toujours plus étoffées, un nouveau bâtiment, le Grand Ermitage, fut construit et aménagé entre 1771 et 1787 pour y entreposer les collections non encore exposées.
De même, le théâtre de l'Ermitage fut bâti entre 1783 et 1787. Il fut à l’époque le premier théâtre de la troupe impériale à Saint-Pétersbourg, à l’origine conçu pour des représentations privées au profit de la famille impériale.

Le Palais d’Hiver, Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

Le Musée de l’Ermitage est un des plus grands du monde avec le Musée du Louvre à Paris ou le Metropolitan Museum of Art de New-York. En termes d’objets et d’œuvres exposés, l’Ermitage abriterait la plus grande collection de peintures et de sculptures au monde. Outre des bâtiments somptueux, environ 2.500 personnes travaillent au Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg.
Le complexe de l’Ermitage constitue un des principaux ensembles du centre de Saint-Pétersbourg, classé au patrimoine mondial de l’Unesco.
La visite de l’Ermitage était la dernière visite de groupe du voyage. Le reste du séjour à Saint-Pétersbourg était « libre », à chacun d’organiser son temps et ses visites individuellement.

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NOTRE GUIDE ACCOMPAGNATRICE PRINCIPALE « KATIA »

En remerciement à Katia, notre guide tout au long de ce voyage, ainsi qu’à notre guide russo-marocain à Saint-Pétersbourg (à gauche sur la photo ci-après), l’insigne de l’ANACLE leur fut remise au nom du groupe, à l’issue de la visite de l’Ermitage, sur la Place du Palais, par le président de l’association et organisateur de ce voyage, Constantin Lianos … insigne que nos guides portent sur leur chemise.

Katia Patrick DAUBAN

Katia est une jeune femme russe de vingt-cinq ans, originaire de Biélorussie, qui a choisi de travailler dans la filière du tourisme, au moins provisoirement. Cette industrie est appelée à un bel avenir si le pays s’ouvre à l’international et s’organise pour exploiter le formidable potentiel touristique de la Russie, de la plaine de Russie à l’extrême Est de la Sibérie.

 Elle a étudié cinq années durant le français qu’elle parle couramment et a fait quelques séjours en France pour améliorer sa pratique de la langue française.  Mais elle parle également anglais, et un peu l’espagnol.

 Actuellement elle enseigne par vacations à l’Université à Moscou et réalise ponctuellement des prestations de guide touristique, semble-t-il administrativement limitées à la ville de Moscou. Elle poursuit par ailleurs une formation de… psychothérapeute et un projet musical personnel. En bref, une jeune femme très active !

Hommage à la jeunesse

Vous aurez noté qu’elle a ému plus d’un voyageur de notre groupe relativement âgé par rapport à elle, dont notre « Cosaque » qui lui a dédié une chanson bien connue de Georges Brassens … au cours d’une animation de soirée à bord où chacun des groupes de touristes et quelques « individuels » se sont essayés à la chanson, en russe et en français !

 

Il pleuvait fort sur la grand-route
Elle cheminait sans parapluie
J'en avais un, volé, sans doute
Le matin même à un ami
Courant alors à sa rescousse
Je lui propose un peu d'abri
En séchant l'eau de sa frimousse
D'un air très doux, elle m'a dit « oui »

Un petit coin de parapluie
Contre un coin de paradis
Elle avait quelque chose d'un ange
Un petit coin de paradis
Contre un coin de parapluie
Je ne perdais pas au change, pardi

Chemin faisant, que ce fut tendre
D'ouïr à deux le chant joli
Que l'eau du ciel faisait entendre
Sur le toit de mon parapluie
J'aurais voulu, comme au déluge
Voir sans arrêt tomber la pluie
Pour la garder, sous mon refuge
Quarante jours, quarante nuits

 

Un petit coin de parapluie
Contre un coin de paradis
Elle avait quelque chose d'un ange
Un petit coin de paradis
Contre un coin de parapluie
Je ne perdais pas au change, pardi

 
 

Mais bêtement, même en orage
Les routes vont vers des pays
Bientôt le sien fit un barrage
À l'horizon de ma folie
Il a fallu qu'elle me quitte
Après m'avoir dit grand merci
Et je l'ai vue toute petite
Partir gaiement vers mon oubli
 

Un petit coin de parapluie
Contre un coin de paradis
Elle avait quelque chose d'un ange
Un petit coin de paradis
Contre un coin de parapluie
Je ne perdais pas au change, pardi

 Georges Brassens

Remise des insignes , adoubement et investitures à l"ANACLE

 ANACLE RUSSE 2019 KATIA 4201

 Remise des insignes ANACLE aux guides, fin du voyage, Saint-Pétersbourg,

quartier libre après la visite jusqu'au 11 Sepetmbre 19 h 00,

RDV sur le navire pour le dîner et préparation voyage retour sur Marseille.

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ANACLE SAINT PETERSBOURG 2019 4213

Ce premier contact avec le Musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg rappelle l’accès au Musée du Louvre à Paris ou du Château de Versailles et les excès du tourisme de masse, qui finissent par rendre désagréable une visite a priori attractive, avec un parcours « superficiel » et trop rapide dans son contenu, pesant dans son déroulement matériel.
Aussi a-t-il paru pertinent de proposer un lien permettant une visite virtuelle beaucoup plus complète que ce qui peut être réalisé sur place en temps limité, comme notre groupe le fit en cette deuxième journée passée à Saint-Pétersbourg. Pas de queue à la billetterie, pas de bousculade, pas de bruit, pas de « traversée » des salles au pas de course, pas d’obsession de perdre le groupe et le guide, et la possibilité de voir et revoir les salles, bref beaucoup d’avantages.
Bien sûr, si la visite virtuelle présente un côté calme et apaisant, elle ne propose aucun commentaire, ne permet pas d’apprécier la somptuosité de ce Musée dans son ensemble, ni de mémoriser un vécu dans cet univers presqu’irréel et dans le contexte d’un voyage d’agrément.
Attention : la visite virtuelle en vidéo dans son intégralité dure cinq heures et vingt minutes, avec une image de bonne qualité, mais en l’absence de tout commentaire ; elle est gratuite et libre d’accès, mais « sponsorisée » par un célèbre fabricant d’ordinateurs et de smartphones américain.
https://www.beauxarts.com/videos/le-musee-de-lermitage-rien-qua-soi-et-pendant-5-heures/

La visite du Musée de l’Ermitage invite à s’intéresser à la vie culturelle dans cette ville de Saint-Pétersbourg et plus généralement en Russie, pays qui dans nos sociétés occidentales « libérales avancées » nous est trop souvent présenté comme un régime autoritaire invivable, voire une dictature un peu sous-développée. La réalité est sans doute beaucoup plus nuancée.

Saint Peterbourg10

 11 Septement 2019   ST-PETERSBOURG Meteo+ 17°C

NOTES SUCCINCTES SUR LES ARTS  

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La veille fut essentiellement consacrée à la visite de l’Ermitage et au spectacle folklorique en soirée pour ceux qui avaient choisi cette option. Cette troisième et dernière journée à Saint-Pétersbourg laissait libre chacun de participer à des sorties « optionnelles », de visiter la ville à son gré, ou de se reposer à bord, avant un voyage retour qui commencera la nuit suivante.

Il n’y a donc aucun compte-rendu de groupe pour cette journée, sinon une mention des options proposées :

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En outre, le retour vers Marseille est prévu pour le lendemain 12 septembre avec un décollage plus que matinal, à 6h00 locale, c’est-à-dire une présentation à l’aéroport de Saint-Pétersbourg Pulkovo – situé à environ 25 km du centre-ville – au moins trois heures avant, soit un départ depuis le navire à quai vers deux heures du matin, en pleine nuit.

Il reste à préparer les bagages, restituer le matériel et les laisser-passer à bord de notre navire, pour un départ vers 1h du matin jeudi 12 septembre et un transfert en bus jusqu’à l’aéroport.

En attendant cette échéance et en qualité de rédacteur de ce récit/compte-rendu, la dernière journée aura été consacrée à commencer à rassembler quelques éléments relatifs aux arts en Russie.

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Notes succinctes sur les arts

Contexte

Dans le domaine des arts, la Russie occupe une place particulière ; les terribles épreuves endurées par le peuple russe n’ont jamais empêché la floraison d’œuvres artistiques dans tous les domaines : arts plastiques, littérature, musique, cinéma, etc.

La question de la religion est un élément essentiel de leur évolution : en 988, le prince de Kiev Vladimir se convertit à la religion chrétienne orthodoxe : la principauté avait en effet de nombreuse relations, commerciales ou guerrières, avec Byzance (plus tard Constantinople, puis Istamboul après la prise de la ville par les Turcs en 1453) ; le grand schisme de 1054 aboutit à la création de l’Eglise orthodoxe russe tournée vers Byzance, tandis qu’une partie des Slaves, Polonais, Tchèques, etc. restait catholique, ainsi que les Baltes ou les Finlandais, plus tard protestants : c’est pourquoi l’art religieux byzantin a influencé alors les mosaïques, et les œuvres de nombreux peintres de fresques et d’icônes, comme le célèbre Andrei Roublev. 

Mais tout changea à partir de 1682, avec le tsar Pierre le Grand, qui orienta vigoureusement vers l’Europe occidentale la politique et les mœurs du pays : il s’habillait « à l’occidentale », et les boyards avaient le choix entre couper leur barbe traditionnelle ou payer un impôt très lourd !

En Russie comme ailleurs à l’époque, la langue française devenait la langue internationale des classes cultivées et de la noblesse, régie par des règles différentes de celles de la noblesse d’Europe occidentale (la « Table des Rangs », ou « tchin », et ses 14 classes). Saint-Pétersbourg, construite à l’initiative du tsar avec la participation d’artistes français et italiens, devint la nouvelle capitale de la Russie, au lieu de Moscou, qu’on appelait jusque-là la « troisième Rome » (Rome latine, Byzance, Moscou) ; l’art sacré ancien laissa la place à un art profane « moderne » sur le modèle de l’Ouest européen, quoique sans rompre complètement avec les traditions russes (architecture du bois) : mais une pareille révolution devait laisser des traces profondes.

Peinture

Nous avons pu admirer le musée de l’Ermitage, un des plus grands du monde, qui rassemble à la fois des collections de très belles icônes, et des toiles de peintres russes, mais aussi français, italiens, allemands… Les œuvres de ces derniers sont opposées par l’esprit et par les techniques à celles de l’art religieux ; elles ont été acquises surtout par Catherine II ou ses successeurs, sans compter les collections privées confisquées par les révolutionnaires en 1917. Comme on sait, l’Ermitage emploie une foule de spécialistes, de gardiens, dont… une race sélectionnée de chats pour éviter les dégâts que provoqueraient les rongeurs !  Les plasticiens russes des XVIIIème et XIXème siècles sont assez peu connus hors de leur pays, où ils sont très populaires et attirent beaucoup de monde dans les expositions : pour citer quelques noms, Karl Brioullov, surnommé le « tsar de la peinture », auteur de grands tableaux d’histoire comme Vassili Surikov, le réaliste Ilya Répine qui fit scandale avec « Les bateliers de la Volga », les impressionnistes Chichkine, Serov, Aïvazovski, Savrasov… Mais ce sont les écoles russes du début du XXème siècle, celles des modernistes : fauvisme, futurisme, cubisme, suprématisme, art abstrait etc., qui emportent la faveur du public des pays d’Europe occidentale ; leurs peintres, émigrés ou non, figurent dans les grands musées de tous les pays : Kandinsky, Marc Chagall, Malévitch (le « Carré blanc sur fond blanc »)… ; sans compter, pendant la période soviétique, l’école dite du « réalisme socialiste », controversée en peinture comme dans les autres arts.

Musique

   Au début, la musique russe se réduisait à la musique vocale, d’ailleurs très belle : la musique savante était mal reçue par le clergé orthodoxe ; là encore, le changement a été initié sous le règne de Pierre le Grand, et à la différence des peintres, les compositeurs et musiciens russes sont appréciés depuis longtemps par les mélomanes et les amateurs, en Russie et dans le reste de l’Europe ; leurs opéras surtout sont goûtés du public de la même manière que les opéras français ou italiens, en particulier les opéras du XIXème siècle, ceux de la période romantique, qui prennent souvent leur racine de l’histoire de la Russie ; les musiciens russes de cette époque ont formé le « Groupe des Cinq », attaché aux traditions,  avec Borodine (Le Prince Igor, Les Steppes de l’Asie Centrale dont tout le monde a entendu les airs), ou Moussorgski (Boris Godounov). Mais l’auteur le plus célèbre est sans doute Piotr Tchaïkovski, plus réceptif aux pratiques musicales de l’Ouest européen, sans pourtant se séparer de la culture de son pays (2 de ses 11 opéras, Eugène Onéguine  et La Dame de pique sont inspirés des nouvelles de même titre de Pouchkine), et on lui doit la musique du Lac des Cygnes , dont le ballet a été mis au point par Marius Petipa, né à Marseille (1818) et mort en Russie (1910), où il s’était installé, au contraire de Serge de Diaghilev, devenu très vite un artiste « occidental » parisien. Au XXème siècle, après 1917, le principal compositeur de cette époque est un musicien de premier ordre, Dmitri Chostakovitch. Sans rompre avec le régime, il a su conserver ses orientations personnelles : à la fin des années 20, il participait à la critique des nouvelles classes moyennes et de la bureaucratie issues de la révolution (opéras Le Nez, d’après la nouvelle de Gogol, et La Punaise en collaboration avec le poète Vladimir Maïakovski) ; en 1934, son opéra Lady Macbeth de Mtsensk, accusé de « formalisme », s’attira les critiques du pouvoir en dépit, ou à cause, de sa vogue auprès d’un public « bourgeois ». En revanche, au cours de ce que les Russes appellent la « Grande Guerre Patriotique », il composa en 1942 la Symphonie no 7 « Leningrad », œuvre grandiose à la gloire de la ville qui résistera de 1941 à 1944 à un terrible siège de 900 jours. Un autre compositeur soviétique de premier plan est Sergueï Prokofiev : très indépendant, il garde une grande liberté par rapport à l’écriture classique, et il collabore avec le réalisateur Sergueï Eisenstein pour Alexandre Nevski et Ivan le Terrible ; ses opéras (Roméo et Juliette d’après Shakespeare, ou Guerre et paix, illustration du roman de Tolstoï) comme son ouvrage pédagogique, Pierre et le loup, écrit pour un théâtre d’enfants, ont eu beaucoup de succès. Les compositeurs soviétiques sont nombreux (Rachmaninov, Khatchatourian, etc.), car le peuple russe, comme les peuples du nord ou les Allemands, sont imprégnés de musique.

Littérature

La littérature russe est certainement l’une des grandes littératures européennes ; ses débuts en langue slave sont complexes, et les documents en vieux-russe ou slavon sont rares ; mais déjà, au XVIIème siècle, se dessinait une évolution, encouragée par Pierre le Grand, vers l’usage littéraire d’une langue russe modernisée. Pourtant, les chefs-d’œuvre majeurs accessibles au public d’Europe occidentale datent principalement du XVIIIème siècle, à la naissance du romantisme russe, porté vers la tentation mystique plus encore que celui de Byron ou de Lamartine, mais inséparable d’une ironie critique qui ne pouvait que déplaire aux tsars : la conspiration « décembriste » (1825) qui échoua eut pour résultat la répression de la classe intellectuelle et le renforcement de la censure sous le tsar Nicolas Ier. Deux écrivains, les poètes Alexandre Pouchkine et Mikhaïl Lermontov, appartiennent à la génération des fondateurs, et il faut noter la communauté de leur « étrange destin » : tous deux sont morts jeunes, le premier à 37 ans, le second à 26 ans, et tous deux à l’issue d’un duel, épisode courant chez les militaires dans la Russie de l’époque… Lermontov, poète célèbre (Le Démon), est l’auteur du roman réaliste désenchanté, Un Héros de notre temps : on retrouvera une tendance comparable dans les années suivantes chez Gontcharov (Oblomov, 1859-69) ou, moins accentuée peut-être, dans le théâtre de Tchékhov : s’agit-il d’un trait spécifique de « l’âme russe » ? La renommée de Pouchkine a été immédiate, et dès le XIXème siècle, les traductions de son œuvre se sont multipliées ; beaucoup de ses drames, Boris Godounov, tragédie historique (1825), Mozart et Salieri (1830), La Roussalka (1832), Le Chevalier avare (1836), et certains de ses nouvelles ou romans, La Dame de pique (1833), Eugène Onéguine (roman en vers, 1823-1831), ont fourni des livrets d’opéra dans le courant du siècle. Pouchkine parlait parfaitement le français : au lycée, on l’avait surnommé le « Frantsouz », et Dostoïevski a dit de lui (« Discours sur Pouchkine » 1880) : « Pouchkine a su admirablement incarner en lui l’âme de tous les peuples. C’est un don qui lui est particulier ; cela n’existe que chez lui, comme aussi ce don prophétique qui lui fait deviner l’évolution de notre race. Dès qu’il devient un poète entièrement national, il comprend la force qui est en nous et pressent quelles grandes destinées peut servir cette force. C’est là qu’il est prophétique ». Il a été un modèle pour les écrivains russes, par exemple Nicolas Gogol (Les Âmes mortes) : on peut se faire une idée du style et de la pensée de Gogol en lisant une courte nouvelle (40 pages), Le Manteau, qui, au terme d’une critique de l’administration russe, très finement réaliste et pleine d’ironie, s’ouvre sur un élan vers le fantastique mystique.

Mais c’est dans la seconde moitié du siècle que se révèlent les deux géants de la littérature russe : Léon Tolstoï et Fiodor Dostoïevski ; on se bornera à de très sommaires indications sur leurs œuvres immenses. Tolstoï (1828-1910) peut être considéré comme un maître du roman historique : Guerre et paix est un vaste tableau de la société russe au moment de l’invasion puis de la déroute de la Grande Armée de Napoléon en 1812 ; les derniers chapitres, à la gloire de Koutouzov, sont une méditation philosophique sur la fatalité de la guerre et la recherche de lois de l’histoire ; ce qui n’empêche pas que Tolstoï soit aussi un profond analyste de l’âme slave et de l’âme humaine (Anna Karénine…). Sa réputation mondiale, à la fin de sa vie, a fait de lui une sorte de prophète chrétien, apôtre de la non-violence à l’égal d’un autre grand utopiste, Ghandi, avec qui il a d’ailleurs brièvement correspondu ; il lui écrit : « Quant à la solution, il n’y en a qu’une, celle de la reconnaissance de la loi d’amour et du refus de toute violence ». Dostoïevski (1821-1881) attribue à la brutalité de la réforme imposée par Pierre le Grand la division entre « slavophiles » et « occidentaux », à ses yeux un gigantesque malentendu que le peuple russe est destiné à dissiper.  Il accorde peut-être un peu moins de place à l’histoire de la Russie  : bien entendu, il ne la néglige pas, mais il la transmet plutôt à travers ses personnages, qui surprennent par leurs réactions inattendues : ils passent brusquement d’un sentiment à son contraire sans que pourtant leur unité en souffre, parce que, pour lui, « l’âme russe » est assez large pour contenir et unifier les tendances les plus diverses ; et il ne découvre pas l’âme russe chez les intellectuels occidentalisés qui prétendaient agir au nom du peuple (Pierre Verkhovenski dans Les Démons, ou l’étudiant Raskolnikov dans Crime et châtiment), mais dans les profondeurs de ce peuple qu’ils sous-estiment ou méprisent. Dostoïevski consacra un de ses grands romans aux anarchistes russes (Les Démons, autre titre, Les Possédés) ; l’anarchisme est une des philosophies politiques du XIXème siècle (le Français Proudhon, le Russe Bakounine…), mais elle a été poussée à l’extrême par une fraction de « l’intelligentsia » en plein désarroi, et elle est allée jusqu’au nihilisme de sociétés secrètes fascinées par la destruction (organisation « Narodnaïa Volia » en 1879, et assassinat du tsar « progressiste » Alexandre II en 1881). Cependant, la fin du XIXème siècle et le début du XXème siècle sont beaucoup plus marqués par le théâtre et les courtes nouvelles au pessimisme modéré d’Anton Tchékhov, ainsi que par une très vive activité intellectuelle, suscitant le renouvellement des formes poétiques (symbolisme, futurisme, dans leur version russe) : des auteurs inédits se révèlent (Maïakovski, Alexandre Blok, Essénine, Pasternak…), noms que l’on retrouvera dans les controverses et les luttes de la révolution d’Octobre et de ses suites.

   Parmi ces suites, il convient sans doute de traiter à part la parenthèse représentée par ce qu’on a appelé le « réalisme socialiste » dans les arts ; un ouvrage on ne peut plus accessible du « réalisme socialiste » concerne l’architecture et la sculpture : c’est le métro de Moscou ! … et chacun, dans la vie quotidienne, est libre d’en admirer ou non le résultat… Le parti communiste, Lénine et Staline, donnaient la priorité à la politique, même dans les arts (ou les sciences) : la théorie officielle du « réalisme socialiste » avait pour but de produire un art émané du peuple, en proscrivant les recherches purement formelles, celles qui justement passionnent les artistes soucieux de la spécificité de leur art : ils se heurtaient alors aux directives du parti. Instituée dans les années 1930 par le célèbre écrivain Maxime Gorki (la trilogie des « Maxime », La Mère…), cette théorie « stalinienne » fut réaffirmée en 1947 sur la base du rapport Jdanov, qui prenait acte de la division du monde en deux blocs opposés, le bloc des pays capitalistes et le bloc des pays socialistes. Les artistes étaient donc conduits à accepter les thèses officielles, ou à les rejeter, ou à s’arranger avec elles ; dans le premier cas, les œuvres risquaient de devenir de simples illustrations de mots d’ordre politiques ; dans le second cas, les artistes étaient menacés de se voir exclus d’organismes dont l’« Union des écrivains de l’URSS », et de subir des sanctions éventuellement très lourdes, parfois les camps ou l’exécution ; certains ont préféré l’exil (Ivan Bounine, prix Nobel de littérature 1933, mort à Paris en 1953), ou le suicide (Maïakovski. Marina Tsvetaïeva).

Quant à la recherche d’un compromis, elle était possible, mais laborieuse, et compliquée par les réactions dans une partie de l’Europe occidentale : les « samizdat » (écrits clandestins manuscrits) de la plupart des écrivains ouvertement dissidents, Ossip Mandelstam, Anna Akhmatova, Boris Pasternak, Alexandre Soljenitsyne et d’autres moins connus, y étaient traduits, publiés, étudiés et commentés dans les journaux littéraires, ce qui exposait ces auteurs à l’accusation de trahison.

Mais comment se faire une opinion sur la valeur des œuvres d’artistes qui avaient choisi un chemin différent ? En France, à quelques exceptions près, comme celles du presque Français Ilya Ehrenbourg (expulsé néanmoins du territoire national en 1921…), elles sont pratiquement ignorées : on achètera dans n’importe quelle librairie le roman Août 14 de Soljenitsyne ; situé à une date similaire, Le Chemin des tourments d’Alexis Tolstoï, parent du grand écrivain, mais resté communiste, est chez nous une rareté éditoriale (traduction en 2018). On couvre de louanges, avec raison, Le Docteur Jivago, excellent roman du dissident Boris Pasternak, prix Nobel de littérature en 1958 : il a été porté à l’écran par le réalisateur britannique David Lean ; mais qui a lu Sur le Don paisible – soutenu par Staline en personne – de Mikhaïl Cholokhov, prix Nobel 1965 (traduction et circuits commerciaux en 2018) ?

Certains, dont Soljenitsyne, ont même tenté de le déconsidérer : est-ce pour des motifs politiques, ou littéraires ? De plus, la Russie soviétique n’avait pas l’exclusivité de la censure : en France, jusqu’en 1952, en Angleterre jusqu’en 1954, Le Cuirassé Potemkine (muet, 1925), pourtant considéré comme l’un des sommets du cinéma, n’a pu être projeté qu’en séances privées et dans les ciné-clubs. 

Le cinéma

Le cinéma russe, né 20 ans avant la révolution d’octobre, connut tout de suite une grande vogue dans le pays : sans compter les innombrables petits courts métrages distrayants ou d’actualité, Alexandre Drankov et Vassili Gontcharov ont tourné le premier vrai film russe, Stenka Razine, en 1908 ; Vladimir Gardine adapte Anna Karenine (1914), Protazanov La Dame de pique (1916) et Le Père Serge (1917), etc.

Les bolchéviks, après Tolstoï, ont très vite compris l’importance de cet art pour l’éducation d’un peuple encore en partie illettré, et pour la propagande du nouveau régime, comme le montre la phrase de Lénine, « le cinéma est pour nous, de tous les arts, le plus important » : c’est pourquoi, dès 1919, la production cinématographique a été nationalisée, une école de cinéma a été créée à Moscou, et on a encouragé l’élite intellectuelle à développer la théorie et la pratique du 7ème art.

Dans le bouillonnement extraordinaire des années 1920, trois maîtres se distinguent parmi une foule de grands talents : Sergueï Eisenstein, Vsevolod Poudovkine (Tempête sur l’Asie), Alexandre Dovjenko (La Terre). La carrière d’Eisenstein donnera un exemple des péripéties qu’ont traversées le cinéma et les arts de la période soviétique ; ses films ne sont jamais de simples reconstitutions historiques, mais les constructions d’une esthétique que d’autres, comme Dziga Vertov (le « cinéma-œil ») ne partagent pas nécessairement. Âgé de vingt-six ans, il tourne La Grève (1925), puis Le Cuirassé Potemkine, accueilli comme un chef-d’œuvre par la critique internationale. Les plus notables séquences de ce film - les funérailles du matelot Vakoulintchouk, la mutinerie, la répression par les troupes cosaques sur les marches de l’escalier d’Odessa … – font le bonheur des cinéphiles quand ils peuvent les voir… Octobre (1927) est réalisé pour le dixième anniversaire de la révolution de 1917.

Mais l’atmosphère va changer dans les années 30, avec le durcissement de la répression et de la censure en URSS, la dictature stalinienne, et les tensions internationales autour du jeu des alliances (accords de Munich, pacte germano-soviétique) qui ont conduit à la guerre en septembre 1939. Entre-temps, Eisenstein avait fait un long voyage à l’étranger, en particulier aux États-Unis et au Mexique : travaillant avec l’écrivain Upton Sinclair, il avait refusé le contrat que lui proposait Hollywood, et était retourné en URSS sans parvenir à récupérer les bobines de son film Que viva Mexico ! (Elles seront utilisées par Sol Lesser et d’autres, sous le titre de Tonnerre sur le Mexique). En 1938, il réalise Alexandre Nevski, sur et contre, en même temps, une menace orientale, mais avant tout une agression allemande : dans le récit, qui se déroule au XIIIème siècle, les chevaliers de l’Ordre Teutonique, précurseurs des troupes nazies du XXème siècle, sont écrasées à la bataille du lac Peïpous. Pour ce film, Prokofiev a écrit la musique, et par la suite une sonate ; le rôle du prince Alexandre a été confié à l’acteur communiste Nicolas Tcherkassov, qu’on retrouve dans Ivan le Terrible. Ivan le Terrible, le dernier film d’Eisenstein, tourné en 1942-44 dans des conditions très difficiles, devait comporter trois parties ; aucun résumé ne peut donner une idée de la complexité de ce chef-d’œuvre qui n’a rien de schématique. La première partie fut effectivement réalisée, et approuvée par Staline : cette méditation sur la solitude du pouvoir montrait le tsar réformateur, soutenu par le peuple russe, faisant face à ses ennemis intérieurs et extérieurs : le « prix Staline » 1945 fut donc décerné au metteur en scène ; mais Staline décida d’interdire la seconde partie, qui montre le passage du tsar de la monarchie à la tyrannie : il affronte les trahisons et les complots en mobilisant sa garde personnelle, les opritchniki. Quand Eisenstein mourut en 1948, la réalisation de la troisième partie était évidemment problématique… 

La disparition de Staline, chargé par Khroutchev de tous les crimes du régime, s’accompagna d’une détente sur le plan politique ; le cinéma russe et les autres arts, sans être affranchis de la censure, profitèrent d’une une plus grande liberté de création : Ilya Ehrenbourg, auteur de La Chute de Paris, du Neuvième flot…, écrivit Le Dégel, Tarkovski réalisa L’Enfance d’Ivan, André Roublev… plus tard vint Nikita Mikhalkov.

Les successeurs de Khroutchev poursuivirent dans tous les domaines la politique routinière imposée par la « guerre froide », pendant que les prises de position contestataires se multipliaient, surtout dans les milieux intellectuels (affaire Sakharov, années 70). A partir de 1985, la tentative politique de Gorbatchev (« perestroïka » et « glasnost ») induisirent un changement radical, et affecta les artistes et les lecteurs ou spectateurs : les livres ou les films les plus demandés par un public fatigué d’idéologie étaient les romans policiers… Alexandra Marinina obtient dans ce domaine une réputation nationale et même internationale, comme Boris Akounine, Tatiana Tolstaïa ou Lïoudmila Oulitskaïa, ou Dmitri Gloukhovski dans la science-fiction : sans compter les écrivains russes présents dans les pays « occidentaux »…

Mais des cinéastes semblent résolus à reprendre les traditions de leur pays : le Franco-soviétique Pavel Lounguine (Taxi Blues prix de la mise en scène au Festival de Cannes 1990, La Noce, Tsar…), ou mieux, Alexandre Sokourov (Mère et fils, Père et fille…, Francofonia, tourné en France en 2015, et reconstituant le temps de l’Occupation) ; il a signé en 2002 l’extraordinaire Arche russe, Palme d’or à Cannes en 2002 : extraordinaire, parce que se mêlent, au Musée de l’Ermitage (!), 400 ans d’histoire et d’art européens dans une éblouissante fiction ; extraordinaire au point de vue technique, parce que le film est un plan séquence de 96 minutes, grâce à la  vidéo numérique à haute définition…   

    Tout cela à suivre ; mais il n’est pas exclu que dans un proche futur s’accomplisse le vœu du général de Gaulle : l’Europe de l’Atlantique à l’Oural…  

***    

Le 11ème jour l'organisateur du voyage a accordé le quartier libre: Ceux qui ont gardé les options pour le 11 après midi devraient les honorer. Rendez-vous pour tous à 19 H 00 à bord du navire. 

Comme vous en doutez, l'ensemble du groupe est sorti toute la journée du 11 Septembre à Saint Petersbourg :

Des visites insolites, du shopping et agappes non stop !

ST PETERSBURG ANACLE 9552

Cliquez sur la photo pour visiter le musée de Mikhaïl Kalachnikov, simple soldat soviétique qui se rêvait poète avant de dessiner son célèbre fusil d'assaut aux qualités inégalées. Pour l'occasion, l'on a fait venir à Moscou la collection du musée Kalachnikov d'Ijevsk (Oural), où se situe l'usine éponyme et où est né l'ingénieur.

fleche Cliquez sur ce lien ou sur la photo suivante pour la visite du musée 

ST PETERSBURG ANACLE 9509  

ST PETERSBURG ANACLE 4505

ST PETERSBURG ANACLE 4403   

ST PETERSBURG ANACLE 4461

D'autres sont partis visiter la gare de Saint Petersbourg

ST PETERSBURG ANACLE 4337

12 Septembre 2019     ST-PÉTERSBOURG - MARSEILLE    Meteo+ 25°C

 Saint-Pétersbourg, ville de culture et ville d’arts 

   Voyage retour Saint-Pétersbourg-Marseille via Francfort-sur-le-Main, sans encombre.

Départ à l’heure de Saint-Pétersbourg, arrivée en avance à Marseille Provence vers 11h locale, avec des conditions météorologiques « idéales », après un vol de routine et une brève escale.

La Russie que nous avons vue à travers une croisière n’est sans doute pas représentative de la réalité de cet immense pays, fascinant, mais elle est bien différente de celle que nos médias « habituels » nous présentent en France et plus généralement en Occident.

La Russie, un pays à l’origine d’un autre modèle de société après la Révolution de 1917, modèle en principe « plus social » que celui dans lequel nous vivons, modèle qui, tel qu’il fut introduit dans la société du début du XXème siècle après le régime impérial et dans un monde déjà dominé par le libéralisme, s’est montré décevant et n’est pas parvenu à s’imposer jusqu’ici, ni en Russie, ni ailleurs, mais qui mérite qu’on s’y intéresse, d’autant que le modèle libéral montre chaque jour un peu plus ses limites. La citation suivante de Dostoïevski, extraite des « Frères Karamazov » –publié en 1880 – le résume ainsi : 

 Le monde a proclamé la liberté, ces dernières années surtout ; 

mais que représente cette liberté ! 

Rien que l'esclavage et le suicide !

Car le monde dit : Tu as des besoins, assouvis-les, 

tu possèdes les mêmes droits que les grands, et les riches. 

Ne crains donc pas de les assouvir, accrois-les même ; 

voilà ce qu'on enseigne maintenant. 

Telle est leur conception de la liberté.

Et que résulte-t-il de ce droit à accroître les besoins ?

Chez les riches, la solitude et le suicide spirituel.

Chez les pauvres, l'envie et le meurtre, car on a conféré des droits, 

mais on n'a pas encore indiqué les moyens d'assouvir les besoins

Fiodor Dostoïevski

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En conclusion, ce fut un très beau voyage, très bien organisé, avec des moments « très forts », duquels nous devrions tous garder un excellent souvenir avec le recul.

Au nom du groupe, remerciements au Président de l'ANACLE, organisateur de ce magnifique voyage.

Général (Air) Jean-Paul ANDREOLI

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Mes remerciements : 

flechebleueCe voyage a été mis sous la protection de Saint-Augustin et Sainte-Monique. J'ai conçu le programme de ce voyage suite à la mise à l'écart de la Russie du G8 ! Tout a été fortement calculé avec un plan B en permanence non utilisé tout au long du vaoyage; 

flechebleueNotez que à qu'une demi-heure avant la cérémonie, je n'avais pas l'autorisation de faire chanter la Marseillaise qui est aussi le chant révolutionnaire de la Russie. C'est vrai que nous sommes arrivés en pleine période électorale et les manifestations quotidiennes de l'opposition n'ont facilité les affaires du gouvernement;

flechebleueLa présence des autorités gouvernementales russes et la cérémonie au cimetière russe étaient un grand honneur pour nous tous;

flechebleueCe geste d'amitié est gravé dans nos cœurs depuis le 3 Septembre 2019 !

flechebleueLe groupe a suivi le programme dense et les activités annexes sans difficultés; 

flechebleueJe tiens à remercier tous ceux qui m'ont aidé dans la conduite locale ce voyage. La croisière a été choisie pour éviter les changements d'hôtels quotidiens; 

flechebleueMes remerciements particuliers le Général Jean-Paul ANDREOLI pour ce rapport type École de guerre ! Lire ce rapport permet aux participants de refaire ce magnifique voyage, merci aussi pour son exposé, animé par un diaporama sur Normandie-Niemen à bord du Navire; 

flechebleue A Mgr le Chanoine Jean-Pierre Norbert ELLUL pour son éternel humour, sa gentillesse et ses pertinentes homélies; 

flechebleue Au Lieutenant-colonel (air) Fleur TARDIF de la Mission Militaire de l'Ambassade de France à Moscou et son équipe; 

flechebleueAu Docteur Jean-Paul et Madame Anne-Marie BRESSIN pour les soins et conseils prodigués à nos membres et aussi aux autres ressortissants français à bord du navire; 

flechebleueAu Docteur Stéphane SEMENOV, Directeur du Centre d'Etudes et de Recherches Francophones, Moscou, Russie;

flechebleueAux autorités Préfectorales et de la Mairie du secteur de Lefortovo;

flechebleue Au Président et aux membres de l'Association des pilotes et anciens combattants et veuves de guerre russes du secteur de Fedor Poletaev où ils ont installé récemment un MIG-29;

flechebleueA l'encadrement et aux élèves de l'école française.

flechebleue A Monsieur Pascal LALLE, (serre-file général) et Madame Elisabeth LALLE, pour les très esquises faites à main levée,

flechebleueAu  Lieutenant-colonel Bernard MEYRAN pour ses très belles prises de vues;

flechebleue Aux guides quotidiens et au guide accompagnatrice générale;

flechebleue Au Commandant du navire, son équipage et son personnel de service;

flechebleue Au tour opérateur Mélodie : Mesdames Nathalie FENEUL et Martine SAVALLI;

flechebleue À Jeanne, mon épouse pour son soutien depuis 45 ans et le suivi du «dress code» !

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Pour terminer avec notre périple je vous propose deux liens : 

fleche Lien du film de la cérémopnie au cimetière russe et au Monuments aux Morts de Normandie-Niementourné par l'équipe russe  (à voir absolument ! mettez le son et grand écran lecture directe)

fleche Les églises de Russie (des merveilles ! un diaporama à telecharger, mettez en mode grand écran et le son) 

Lieutenant-colonel Constantin LIANOS, Président de l'AACLE et de l'ANACLE, organisateur du voyage 

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Lien de la cérémonie du 3 Septembre 2019 devant le Monuments aux Morts dédié au Régiment de Normandie-Niemen

Lien du programme initial du voyage proposé par votre serviteur du 1er au 12 Septembre 2019 en Russie : Moscou Saint Petersbourg

Liens et contacts :

-  Guide et accompagnatrice générale 

-  Ambassade Russe en France :

 - Ambassade de France en Russie : 

-  Notre Tour opérateur : 

-  Guide à Moscou :

-  Guide à St-Petersbourg :


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 Texte et photo © Monsieur-Légionnaire