Hommage aux porte-drapeaux

On leur doit bien cela !

Qu'il vente, qu'il pleuve, qu'il neige, ils sont là, la main sur Ie baudrier, la tête haute, le regard droit, I'attitude fière de celui qu'il sait qu'il porte dignement nos trois belles couleurs. lls en ont de la gueule, ces hommes aux cheveux blancs et au dos, aujourd'hui, un petit peu voûté !

 

Le béret sur la tête qu'il soit vert, noir ou rouge, celui même qu'ils portaient à l'époque où, guerriers, ils avaient tous 20 ans, quand un jour ils partirent loin de leur terre natale puisqu'on leur avait dit, Français d'âme et d'esprit, de rernplir leur devoir...l'insigne du Para, celui du Marsouin, celui du Transmetteur, du Tringlot, du Sapeur, la cravate ajustée sur fond blanc de chemise, la veste noire-deuil où pendent les décos qu'ils sont fiers d'arborer puisqu'ils les ont gagnées !

 

Un jour du mois d'août, je m'en souviens encore, ils étaient quarantaine, alignés tels les gardes qu'ont dits républicains, je les ai vus marcher qertains en boitillant, au pas très harmonieux de la Marche Consulaire. lls avaient fière allure et ils s'enorgueillissaient de rendre un bel hommage aux drapeaux qu'ils portaient !

 

Alors, majestueux, la poitrine redressée, ils avancent au pas lent ! lls oublient un instant la douleur qui les fait se pencher quelque peu en avant, pour soulager un dos qui leur fait des misères.

 

Je crois qu'ils savent tous qu'on guetre leur arrivée, qu'on aime les regarder, s'avancer deux par deux, se séparer un peu pour enfin se rejoindre au pied du monument qu'ils se doivent d'entourer de nos trois belles couleurs.

 

lls font vivre le symbole de notre mémoire commune, en faisant s'incliner la hampe devenue lourde et quand la Marseillaise a enfin retenti, ce sont nos porte-drapeaux que l'on va honorer. La poignée de main qu'ils reçoivent chaque fois, c'est notre remerciement, c'est notre reconnaissance à ces vaillants bonshommes qui ont choisi un jour de porter nos couleurs.

 

Pour rien au monde, ces gardiens de soie tricolore, ne passeraient à l'autre le flambeau de mémoire qu'on leur a confié. Certains l'ont très souvent porté jusqu'au bout... jusqu'au jour où la force les a abandonnés. Gertains n'ont pas pu voir, qu'au milieu de la nef de l'église toujours froide, leurs amis étaient là, avec le même drapeau qu'ils avaient tant porté et qu'ils avaient fait leur. Je suis à peu près sûr, qu'ils préféraient encore, ce petit mètre carré tout au bout d'une hampe à la pointe dorée, à l'immense trois couleurs qui ornait leur demeure de bois posée devant l'autel, où il reposait serein d'avoir servi, après avoir servi d'exemple patriotique!

 

On les aime ainsi, fiers et râleurs, ces courageux bonshommes ! Et quand le mauvais temps les force à serrer les dents en même temps que les mains, pour mieux tenir la hampe toujours glissante du drapeau qui flotte au vent...et quand pour les morts ils inclinent les couleurs, je ne sais si certains qui toujours se souviennent, ne versent pas la larme: celle du souvenir et de l'amitié que peutêtre une balle a fait se terminer au milieu des Aurès ou au Centre du Mékong, dans le Vercors boisé, mais toujours très loin d'eux.

 

Michel RICHAUD

Président UNC 13