« La Samaritaine » ou le souffle génial d’Edmond Rostand

Il y a des instants merveilleux où l’esprit passe comme un souffle apaisant sur nos âmes désenchantées.

Ce fut le cas ce dimanche à l’église Saint Laurent du bon père Ottonello où une poignée de comédiens de talent ont interprété « La Samaritaine » d’Edmond Rostand dans le cadre du festival célébrant le 150eme anniversaire de la naissance de l’auteur de « Cyrano De Bergerac ».

Pourtant, la tâche n’était pas aisée pour les comédiens, Daniel Mesguich (le Grand Prêtre), son fils William (Jésus),  Sterenn Guirriec (la Samaritaine) et Philippe Gueit (l’organiste), de transposer dans le monde actuel un des épisodes les plus fameux de la Bible, celui de l’Evangile de Saint Jean relatif à la Samaritaine.

Cette pièce de Rostand met en scène fidèlement le dialogue qui se noue entre Jésus et la Samaritaine sur la margelle du puits de Jacob en Samarie. Adaptée par Thomas Sertillanges, créateur du festival dédié au grand écrivain marseillais, l’œuvre de Rostand est empreinte d’un mysticisme qui révèle les tâtonnements d’une femme somme toute très moderne. Cette Samaritaine est une pécheresse, certes, mais ses écarts paraissent assez véniels au regard des mœurs de notre époque. Cette femme multiplie les liaisons et traque l’absolu dans l’éphémère mais elle ne paraît pas très différente des femmes actuelles, plutôt décomplexées, qui vont chercher bonne fortune sur des sites de rencontres tels que Meetic.fr ou Tinder…

Photine, la Samaritaine, est volubile, effrontée, mais honnête avec elle-même. Elle cherche sa voie. Les gestes, le regard, les paroles de Jésus la fascinent, surtout lorsque le Messie lui affirme : « il sera sans fin désaltéré celui qui boira l’eau que je lui donnerai ». Cette incroyable promesse de pureté et d’invitation à la satiété, sidère cette femme, elle qui va chercher de l’eau en plein cagnard pour ne rencontrer personne, elle qui est méprisée par les hommes en tant que femme adultère, elle qui est méprisée par les Juifs en tant que Samaritaine car elle brave la loi sacrée en osant parler à un Juif, elle qui est méprisée par les autres femmes qui se méfient de son tempérament volage.

L’eau dont parle Jésus, c’est évidemment celle de l’amour de Dieu, le seul capable de désaltérer l’être humain. Peu importe que Photine ait multiplié les liaisons puisque sa soif d’amour vrai est en voie d’apaisement avec la découverte de l’immensité de l’amour de Dieu pour les pécheurs qu’il relève. Photine éprouve une telle miséricorde dans le regard de Jésus qu’elle boit ses paroles jusqu’à plus soif, comme « une source d’eau jaillissant en vie éternelle ».

La seconde leçon de cette pièce est spirituelle : il n’y pas de lieu sacré pour abriter la vérité divine car elle se niche dans notre for intérieur. Le seul temple de la foi, c’est le cœur de l’homme qui s’ouvre peu à peu à la parole divine.

Nous voilà pris par la magie des vers d’Edmond Rostand dans le vertige de cette « lassitude heureuse » qui entraîne la Samaritaine dans le sillage de Jésus et de ses disciples sur le chemin de la rédemption. « Pour la première fois, j’ai  bu, pour la première ! S’extasie la Samaritaine, Oh, je voudrais pleurer sur tes mains de lumière ». Le Grand Prêtre est dépassé par ce torrent d’enthousiasme qui saisit le peuple de Sichem, converti à son tour.

Cette pièce eucharistique est une forme de transsubstantiation. Elle donne corps à nos croyances enfouies ou éteintes Le cisèlement du verbe et de l’esprit nous détachent du matérialisme ambiant et gagnent nos cœurs assoupis. Thomas Sertillanges, le maître d’œuvre, le chef d’orchestre, a chaleureusement remercié le lieutenant- colonel Constantin Lianos, Alain Storione et Anne Claude Carta sans lesquels ce festival à la gloire du génie français n’aurait jamais pu avoir lieu. Il a bien fait. Les 300 spectateurs qui se pressaient dans l’église l’ont bien compris puisqu’ils les ont applaudis à tout rompre, comme au sortir d’un songe éveillé !

José D’Arrigo 

La Samaritaine, d’Edmond Rostand

Dimanche23 septembre 16h00  

  

Eglise Saint-Laurent, 16 Esplanade de la Tourette Durée 1h30 

 

En partenariat avec Marseille Concerts

 

La Samaritaine est la seconde pièce écrite par Edmond Rostand pour Sarah Bernhardt. Évangile en trois tableaux et en vers, créé le 14 avril 1897 pour le Mercredi Saint – soit huit mois avant Cyrano. 

 

La pièce retranscrit assez fidèlement un épisode de l’Évangile de Jean, l’arrivée de Jésus en Samarie et la conversion d’une pécheresse. Il s’agit sans doute de la pièce où Rostand se fait le plus mystique, où sa pensée tend le plus vers l’idéal. 

 

Adaptée au format d’une durée d’une heure et trente minutes, et à une lecture interprétée dans une église, avec son accompagnement à l’orgue, cette représentation de La Samaritaine est une création originale de

 

Thomas Sertillanges qui permet de retrouver toute la beauté et la lumière des alexandrins d’Edmond Rostand et la musique de l’époque.

 

Oratorio théâtralisé interprété par Daniel Mesguich et Catherine Berriane, Sarah Gabrielle, Sterenn Guirrec, William Mesguich, Rebecca Stella.

 

Accompagnement à l’orgue de Philippe Gueit, concertiste international, titulaire des orgues de la Cathédrale de la Major.

 

Les thèmes musicaux sont signés d’Alexis Rostand, oncle d’Edmond, et de Gabriel Pierné qui composa la musique de scène lors de la création de La Samaritaine.

 

Cet événement, comme tous ceux du Festival, font partie du calendrier officiel des Commémorations nationales du Ministère de la Culture et de la Communication.

 

 

Les membres de l'AACLEMP présents à cette magnifique représentation :

 

Lcl Constantin et Mme Jeanne LIANOS

Col Gérard et Mme Dominique VIDAL,

M.Marcel BENIMELI 

Mme Nicole TOMEÏ,

Professeur José et Mme Daniele d'ARRIGO

Docteur Jean-Baptiste RENUCCI, Délégué du Souvenir Napoléonien PACA 

M. Egon et Mme Sylviane HOLDORF, 

M. Roland et Mme Nicole LANDRE, 

Mme Virna AYALA, Consule Générale du Panama, 

Monsieur Jean BASTIDE, 

Monsieur Daniel BECKER, 

M. Louis CHAMPSAUR, 

Mme Annie LEGRÉ, 

M. et Daniele et Henry ROUX-ALEZAIS, 

Gal Alain et Edvige CHOPIN, 

Mme Rose-Marie VILAFRANCA-GUIRAUD, 

M. Jean-Michel GUIRAUD, 

Mme Danièle GAULTIER-CANNERI,

M. Auguste BERRET

M. et Mme Max de REGGY

M. et Mme Michel DELAAGE

 


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 Texte José d'ARRIGO photos Constantin LIANOS © Monsieur-Légionnaire