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CORDERIE-CORSE : TOME II

Le boulevard de la Corderie et l’avenue de la Corse sont semblables à des poupées russes ; lorsque vous soulevez et ôtez la première enveloppe, vous trouvez une seconde poupée tout aussi belle que la première et parfois même encore plus magnifique.

Ainsi, après la découverte du Trésor de la carrière grecque antique du boulevard de la Corderie, voilà que surgit, avenue de la Corse, à quelques dizaines de mètres à peine, celui de l’Internat du Lycée du Rempart. Ce périmètre du 7° arrondissement de Marseille ancré entre l’Abbaye de Saint-Victor et la Basilique de Notre-Dame de la Garde est comme un jeu de cartes dont le joueur tire à chaque coup une carte majeure. Le site du Rempart s’avère déjà être une carte majeure dans l’étude et la compréhension de la grande histoire de Marseille.

Le Rempart : une carte majeure

Nos archéologues ont, en effet, découvert en tout premier « amuse-gueule » de nouveaux vestiges, principalement un mur antique au pied duquel dort depuis un nombre de siècles à déterminer le squelette d’un homme en parfait état de conservation. Cette découverte, de façon étonnante, prend la suite de celle de la Corderie à l’image d’un feuilleton à rebondissement digne de tenir en haleine les milliers de passionnés par la saga Corderie. L’année 2018 s’ouvre sur un champ archéologique particulièrement prometteur.

Feuilleton à rebondissement mais sans qu’aucun lien, en l’état actuel des constatations, puisse être établi entre les deux sites. Il ne s’agirait ni de la même période, ni de la même activité.

Corderie : fin de parcours

Le site de la Corderie semble avoir livré tous ses secrets aux archéologues. Les fouilles ont été conduites jusqu’au substrat, c’est à dire la roche mère en dessous de laquelle il n’y a plus rien à découvrir. Archéologiquement parlant le site a parlé. Des carottages bien plus anciens (2007/2009) ont permis la datation en remontant des tessons de céramiques antiques, bris d’amphores vinaires, en particulier, ( nos grecs étaient gourmands de la dive boisson de Dionysos), tous ces mobiliers que nos archéologues désignent sous l’appellation de « fossiles de datation ». 

Les études indispensables à la compréhension fine du site sont en cours et seront diffusées dans le rapport scientifique définitif établi par l’INRAP. L’aménagement et la restauration des éléments découverts (y compris les colonnes ou banc de pierre) ont été confiés à l’entreprise Girard, entreprise qualifiée en ce domaine, partenaire de longue date de l’INRAP et dont il convient, au passage, de souligner l’association avec le groupe Vinci.

Si la Corderie peut donc bien être déclarée « en fin de parcours », le Lycée du Rempart mérite, au contraire, d’être qualifié de « point de départ ». 

Le Lycée du Rempart : point de départ d’un site extraordinaire

La richesse potentielle du site n’est contestée par aucun archéologue. La zone est unanimement reconnue comme particulièrement sensible, située dans ce triangle d’or de la rive Sud, à proximité immédiate de Saint-Victor et des nécropoles qui jalonnent l’actuelle rue Sainte vers l’anse des Catalans.

La datation du mur en calcaire de Saint-Victor au pied duquel l’homme a été découvert est sujette, à l’heure actuelle, à des interprétations contradictoires : pour certains il s’agirait d’un mur grec antique par son absence de liant ; pour d’autres il serait plus tardif. Mais la caractéristique majeure du site par rapport à celui de la Corderie est la nature du sol : un sol meuble. Or, un sol meuble, exempt de roches par définition, suscite la joie des archéologues : on y trouve des objets, quantité d’objets conservés en parfait état. Là le substrat sera bien plus profond qu’à la Corderie.

Le site du Rempart s’avère donc extrêmement prometteur. Aux dires mêmes de certains plus intéressant que celui de la Corderie ! Une sépulture a été découverte mais combien d’autres sont demain susceptibles de l’être ?

Le droit sacré à l’information

La convention signée entre le conseil régional et les entreprises en charge du chantier soumet toute communication sur le site à l’accord préalable de la Région. Or, le citoyen possède naturellement et démocratiquement le droit de savoir, le droit de connaître, le droit sacré d’être informé.  Cette information sur le chantier de fouilles, sur son évolution, ses découvertes, ses valeurs archéologiques et historiques, leur nature et leur datation devront être fournies tout au long des travaux et dès le premier « coup de pioche ». Des communiqués de Presse devront être diffusés régulièrement et à des échéances connues. Des visites périodiques devront être organisées au profit des associations représentatives des citoyens.

Sous peine d’enflammer à nouveau le débat, la sagesse invite à tirer les leçons de la gestion du site de la Corderie pour réunir et réussir, enfin, les conditions d’une gestion apaisée et équilibrée du patrimoine exceptionnel découvert, à nouveau, sur la terre marseillaise.

Jean Noël Beverini

Membre et ancien administrateur de la Société Française d’Histoire Maritime